France/Portrait

« Blaisil » de Cendrars

 

« La sérénité ne peut être atteinte que par un esprit désespéré 
et pour être désespéré, il faut avoir beaucoup vécu 
et aimer encore le monde »
Blaise Cendrars

Aujourd’hui marque le cinquantenaire de la mort de Blaise Cendrars, survenue le 21 janvier 1961. Même sans être un grand lecteur de son œuvre, nous profitons de cette date anniversaire pour évoquer cet écrivain atypique, qui n’aura jamais séparé sa vie de l’écriture et qui, dès la jeunesse, portait en lui l’écriture. Agé seulement d’une vingtaine d’années, il déclarait avec aplomb : « je me rendrai célèbre par un mauvais coup ou par l’écriture ».

Quand vous étudiez Cendrars au cours de votre scolarité, l’homme impressionne, fait un peu peur : on vous apprend qu’il a perdu son bras droit pendant la guerre de 1914-18. Vous découvrez qu’il était tout le contraire d’un « salonard », plutôt du genre dur à cuire, un de ces écrivains voyageurs. Et la fascination qu’il exerce encore aujourd’hui, le respect qu’il inspire tient à cette sincérité, ce type-là, vous le sentez bien, ne trichait pas, qui disait : « je ne trempe pas ma plume dans un encrier, mais dans la vie« . Bon, je concède aux cyniques, ça sonne bien mais c’est un peu grandiloquent… Il n’empêche, il a vraiment bourlingué et si nous lui consacrons ces quelques lignes, c’est aussi en raison de son amour du Brésil.

Le Brésil, il le découvre en 1924, invité par Oswald de Andrade, l’auteur du très fameux Manifesto Antropófago, qui estimait que la poésie de Cendrars était une source d’inspiration pour le Modernisme brésilien. Et pourtant, Cendrars faillit être refoulé à la douane, au motif que le Brésil n’avait pas besoin de handicapé et qu’il lui manquait un bras ! L’intervention de son ami Paulo Prado dénoua cet imbroglio ridicule mais qui témoigne des tracas qu’infligeaient, déjà à cette époque, la bureaucratie et l’administration brésiliennes. Il en aurait fallu plus que ça pour déstabiliser Cendrars, n’a-t-il pas choisi ce nom pour symboliser sa renaissance, celui qui comme un phénix renaît de ses cendres ? Cendres sous lesquelles brûle encore la braise…

Ses amis, pour dire son attachement au Brésil, le surnommaient « Blaisil ».  Il visita le pays, découvrit fasciné les très célèbres œuvres d’Aleijadinho, et fut encore plus fasciné d’apprendre qu’il réalisa ces sculptures malgré la lèpre qui lui avait déjà rongé les membres. Il entreprit même de lui consacrer un livre, resté inachevé…

En lisant Le Brésil. Des Hommes sont venus, publié en 1952, on se fait cependant la remarque : heureusement que Cendrars n’était pas urbaniste car sa vision et ses projets auraient peut-être défigurée la baie de Rio !

« Je suis peut-être le seul de mon avis, mais je trouve les gratte-ciel de Rio beaucoup trop petits et pas à l’échelle du tout d’un site aussi grandiose. Dans le décor du Corcovado, du Pain de Sucre, de la Gavéa, de la chaîne des Orgues, du Doigt de Dieu on pourrait construire des gratte ciels de 1 000 étages sans déparer le paysage. (Je connais des photographies où cette capitale de deux millions d’habitants se cache derrière les mornes, on ne voit pas une maison.) ».

Si ce petit livre tient du carnet de voyages, avec les commentaires qu’il associe aux photos de Jean Manzon, il est aussi pour Cendrars une occasion de revisiter en poète l’origine du Brésil…

« Des Hommes sont venus chassés par la tempête…
Des hommes sont sortis de la mer…
Des hommes sont venus…
Des Blancs.
Des Portugais.
« Croissez et multipliez », dit l’Ecriture.
Autrement : Débrouillez-vous !…
C’est ce qu’ils ont fait. »

Et de « ce qu’ils ont fait », Cendrars, comme nombre de visiteurs qui découvrent le pays, est fasciné. Frappé par le mélange des peuples et des races. Et, comme tant d’autres, ils voit sortir de ce peuple, un homme d’avenir. En écrivant Le Brésil. Des Hommes sont venus, pour dire son amour du peuple brésilien dans toute sa diversité, il revient sur cette représentation trompeuse du Brésil comme Paradis terrestre aux paysages si fabuleux.

« Non, il n’y a pas de paradis possible hors la présence de l’homme, et l’homme est un loup pour l’homme.

Mais j’aime l’homme. Le Rouge. Le Blanc. Le Noir. L’homme brésilien d’aujourd’hui en qui tous les sangs se marient : le caboclo, le sertanejo, le jagunço, le catingueiro, le tabaréa, le caipira, le mamaluco, le mulato, le cafuso, le zembo, le parob, le carioca, le Blanc de Rio de janeiro, la capitale prestigieuse, et le paulista, le natif de Sao Paulo, qui a fait l’unité du pays en le compénétrant, puis sa richesse en le débroussant.

Ces noms ne vous disent rien ?

Ce ne sont pas seulement les appellations des nuances variées dans la coloration de la peau, mais des types d’homme en pleine évolution mentale, donc d’habitat.

L’Homme Nouveau.

Le Brésilien. »

Pendant longtemps, pourtant, cette vision a tenu du mythe. Ce Brésil, Terre d’Avenir également décrit par Stephan Zweig, n’était pas autre chose qu’un horizon et un horizon, vous le savez bien, est cette ligne qui s’éloigne à mesure que l’on s’en approche. Seulement aujourd’hui, peut-être, le Brésil a-t-il rattrapé son horizon, alors qu’à l’inverse nous avons dépassé le nôtre et qu’il s’éloigne loin derrière nous. Certainement que le Brésil d’aujourd’hui plairait toujours à Blaise Cendrars. La France ? C’est moins sûr…

2 réflexions sur “« Blaisil » de Cendrars

  1. Ecrivain atypique ?non ! niet ! no !seulement et"vraiment" écrivain cad capable d'écrire " Dans le décor du Corcovado, du Pain de Sucre, de la Gavéa, de la chaîne des Orgues, du Doigt de Dieu on pourrait construire des gratte ciels de 1 000 étages sans déparer le paysage"il aurait écrit 12 étages ou 65 , là okay ! ça n'aurait pas été un écrivain(note : ai découvert ce blog via une "requête" CODONA chez master Gloogleuh

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