Bahia/Disques/Rio

Les Jours et les nuits de Lucas Santtana

Disque du jour, disque des nuits, de l’été* puis maintenant de l’automne, d’ici et de là-bas, Sobre Noites e Dias, le nouvel album de Lucas Santtana traverse aussi facilement les saisons que les frontières.

Lucas Santtana sobre noites

Après que sa carrière internationale ait été lancée depuis Londres par Mais Um Discos, le label de Lewis Robinson aka Mais Um Gringo, c’est désormais supporté par Nø Førmat!, label français, qui vient de lancer Sobre Noites e Dias, son sixième album, que Lucas Santtana poursuit la diffusion de son œuvre hors du Brésil. Tandis que chez lui, où il fit appel au crowdfunding pour boucler ce dernier projet, il dit être lui-même son propre label !

Il est amusant de lire quelques critiques brésiliennes, notamment celle de Silvio Essinger dans Globo, qui y voient un disque para exportação quand, vu de ce côté-ci de l’Atlantique, les choses sont beaucoup plus incertaines. En effet, si Lucas Santtana est un artiste de son temps dont la culture et les influences brassent les époques et les univers et donc éminemment international, il ne rentre pas non plus dans les stéréotypes que peut se faire le public européen du musicien brésilien. Bien sûr, la musique de Lucas Santtana parce qu’elle se nourrit aussi de pop et d’électronique peut très bien toucher un public curieux à Paris, comme à Tokyo mais, avec lui, nous sommes loin des clichés, à moins que la notion d’anthropophagie culturelle chère aux Tropicalistes n’en soit devenu un lui-même…

Après les percussions bahianaises du premier album, le dub du troisième, le format voz e violão subverti de Sem Nostalgia, le premier a être distribué à l’étranger, et les samples symphoniques de O Deus…, Lucas Santtana a-t-il imposé une nouvelle mue à sa musique ? L’album semble plutôt synthétiser divers aspects de ses œuvres antérieures : l’utilisation de percussions électroniques, des cordes (jouées par l’Oslo String Quartet), une délicieuse ballade à la guitare-nylon… On est en terrain familier et on ne risque pas de s’en plaindre…

Le fait d’avoir signé avec Nø Førmat! ajoute même une french touch inédite (quoique discrète) à l’ensemble. On ne s’étonnera pas de la participation de Vincent Segal, il a déjà signé des albums pour le label (il avait même, en son temps, participé à l’enregistrement du premier album de Carlinhos Brown Alfagamabetizado). Plus surprenante, la présence de Fanny Ardant. C’est Lucas lui-même, en cinéphile admirateur de François Truffaut, qui avait lancé son nom quand il lui fut demander s’il souhaitait quelque invité !  Si notre diva vient dire un texte . Plus étonnant encore que notre diva qui fait entendre sa belle voix grave, on retrouve Féfé sur un titre**. Sur fond de guitare rock mandingue avec une vibe reggae roots (vraiment ?), l’ancien Saïan Supa Crew s’y montre véhément sur « Diary of a Bike », un de mes morceaux préférés, une ode à la petite reine et aux sensations de liberté qu’elle procure…

Est-ce l’album le plus accessible de Lucas Santtana ? Souhaitons qu’il lui offre un public plus large mais que les amateurs se rassurent, sa musique n’a rien perdu de sa richesse ni de sa complexité. La belle vidéo de « Particulas de Amor » devrait les en convaincre…

 

Lucas Santtana sera à Paris le 3 décembre, au Café de la Danse pour les dix ans de Nø Førmat!

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* J’ai eu la chance de recevoir un exemplaire du CD début juillet et l’ai beaucoup écouté durant l’été…
** Uniquement dans l’édition française de l’album, au Brésil, c’est Da Leve, également rappeur, qui participe au morceau…

Une réflexion sur “Les Jours et les nuits de Lucas Santtana

  1. Bonjour

    J’ai découvert Lucas Santtana grâce à votre blog. Je l’ai beaucoup écouté : j’avais été très très impressionné par la production de l’album précédent (O deus…).

    Je suis allé au concert de mercredi 3 à Paris : grande déception.
    On était totalement dans le format « para exportação » comme le dit l’article du Globo.
    L’objectif était visiblement de mettre en avant la spontanéité et l’aspect électro de l’artiste, et cela a conduit à un véritable massacre de certains morceaux de l’album ‘O deus…’

    Triste (d’autant plus qu’il y a quelques mois à la Bellevilloise, alors qu’il était sideman de luxe de Marcos Valle, Lucas Santtana avait joué certains de ses morceaux dans un registre beaucoup plus délicat et fin)

    Ca sera mieux la prochaine fois, mais je suis sorti avec un goût amer et de la rancune envers No Format

    Espérons que Criollo ne tombera pas dans le travers et gardera sa spontanéité magique (quasi mystique) lors de son concert de janvier prochain

    Martin

    PS : et merci d’avoir repris du service
    PSS : seul l’excellent guitariste sauvait la baraque mercredi soir, surtout quand il tricotait dans un registre bahianais

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