Ao Vivo/Bahia

Instantanés de Salvador (octobre 2014)

Quand on débarque à Salvador après plus de dix ans, on se met tout de suite dans l’ambiance en allant déguster les délicieux vatapá et caruru de Tia Lu, accompagnés de l’inévitable feijão com arroz. Si je suis là, ce n’est pas pour alimenter mon bloc des dernières tendances musicales animant Bahia, c’est pour faire connaissance avec la belle-famille, spécialement nombreuse. Mais, comme c’est samedi, on consulte tout de suite le programme des sorties en ville.

Un samedi soir dans le Pelourinho

Pour ce premier soir, 18 octobre, nous n’avons que l’embarras du choix… Plusieurs options se présentent, toutes dans le Pelourinho, le quartier historique qui présente la particularité d’être à la fois touristique et populaire. Au programme : la Rinha dos MC’s animée par DJ Dan Dan, le Fela Day ou un concert de Márcia Castro. Puisque c’est aussi l’occasion de retrouver des amies que je n’avais pas vu depuis quelques années et qu’elles allaient au concert de leur amie Márcia, va donc, rendez-vous au SESC du Pelourinho…

Márcia Castro vient de Salvador mais elle a fait le choix de s’installer à São Paulo où elle trouvera un public plus attentif à sa musique. Ce soir, elle est contente de débuter sa nouvelle tournée dans sa ville pour y présenter son nouvel album, le troisième, Das Coisas que surgem dont le répertoire semble plus intimiste. Il faut donc attendre les derniers morceaux pour voir l’ambiance monter… Même si le son est mauvais, voici quelques images du concert…

Dans la foulée, on file à quelques rues de là, au Largo Tereza Batista. On a juste le temps de d’y apercevoir sur scène la fin de la Rinha dos MC’s. Ces battles de rappeurs ont été lancées en 2006 dans les périphéries de São Paulo par Criolo et DJ Dan Dan. Organisées autour de plusieurs lieux de la mégapole, elles ont ensuite commencé à se délocaliser. Ce soir-là, dans le Pelourinho, de jeunes rappeurs forgent leurs armes en s’affrontant sur scène. Ce soir, c’est DJ Dan Dan, le fidèle compère de Criolo, qui est le véritable maître de cérémonie. Nous arrivons pour les derniers couplets de quelques participants avant que Dan Dan ne conclue en vantant les mérites des filles à l’œuvre… Le temps de finir une bière et on repart. Alors que DJ Dan Dan traîne au milieu de l’audience déjà dispersée, je le vois se faire accoster par de belles demoiselles. Tant pis, je ne lui demanderai pas si, dans le docu-fiction Profissão MC, sa rencontre avec Criolo qui sortira ce dernier du mauvais chemin qu’il empruntait était une métaphore de la voie positive du hip-hop ou véritablement autobiographique…

Un peu plus loin, sur le Terreiro de Jesus, attablés et déjà bien imbibés quelques sambistes vétérans enchaînent bon gré mal gré quelques airs. Un peu plus loin, des taxis à l’arrêt attendent les passagers pendant que la samba finit de se dissoudre dans l’alcool et les chamailleries. Retour vers le Fela Day au Largo Pedro Archanjo où I.F.À Afrobeat finit ses rappels devant ce qui semble le public le plus joyeux du quartier. Le temps de regretter de n’être pas passés plus tôt, on se console d’une énième bière bem gelada

Le dimanche, malgré ma curiosité anthropologique, nous n’irons pas prendre une loge VIP à 100R$ pour assister au Baile Imperial de funk animé par Mr. Catra. Quelques jours plus tard, non plus nous n’assisterons à la soirée d’Electro Thai (sic) qui mêle sonorités électro aux combats de boxe thaï, tout un programme…

Un mardi soir dans le Pelourinho : Gerônimo na Escadaria do paço

Les mardis soirs dans le Pelourinho sont le jour de la Benção, de la Bénédiction. De nombreux groupes se produisent dans le quartier. Chaque semaine, c’est aussi le jour où Gerônimo sort de chez lui et traverse la rue pour donner un concert gratuit. Juste en face de sa maison, aux pieds des escaliers qui montent jusqu’à l’Igreja do Paço. Le cadre est magnifique et a été immortalisé dans le film d’Anselmo Duarte, le très buñuelien O Pagador de Promesas (La Parole donnée, en version française), la seule Palme d’Or jamais remporté le cinéma brésilien.

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Gerônimo Santana est une figure majeure de la musique de Bahia. Il est notamment l’auteur de deux tubes historiques que nous avons présentés ici-même : « É d’Oxum » qui associe les Soteropolitanos (les habitants de Salvador) à cette orixá, et « Eu sou Negão », véritable manifeste afro du carnaval. Sa musique est un heureux creuset où se brassent influences caribéennes et du candomblé.

En bas des marches est dressée la scène. Accompagné de son groupe, la Banda Mon’t Serrat, Gerônimo et son trombone y revisite les grands succès de son répertoire, la plupart datant des années quatre-vingt, avant de convier de jeunes musiciens à les rejoindre. Le public lui aussi est jeune, branché, tendance afro, l’ambiance bon enfant. En remontant les escaliers, on sent le bon fumet de la maconha à tous les étages. En France, après toutes ces années d’interdiction de fumer, d’hygiénisme débile allant jusqu’à afficher dans certaines salles le nombre de décibels de la musique, on en avait presque oublié ce plaisir convivial. Le jour où on racontera à nos enfants qu’auparavant on pouvait fumer allègrement dans les concerts et que nous y faisions tourner les joints, ils en resteront probablement incrédules.

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En haut de l’escadaria, devant l’église du Paço, on a l’impression que le concert se transforme en meeting politique. À quelques jours du deuxième tour des élections présidentielles, tous les revendeurs de bière sont de francs partisans de Dilma Rousseff opposée à l’héritier néo-libéral Aécio Neves. On distribue des autocollants représentant la candidate et présidente ou le 13 du PT que doivent désigner les électeurs dans les urnes.

Ces concerts de Gerônimo na Escadaria do Paço sont un rendez-vous devenu rituel, une offrande de bonne musique faite au peuple dans la bonne humeur.

Un jeudi soir dans le Pelourinho : quelques vicissitudes dans la vie des percussionnistes bahianais

Autre ambiance deux jours plus tard, de retour au Largo Tereza Batista. Habitué des lieux mais aussi de l’excellence et des tournées internationales, Gustavo di Dalva s’y présente en artiste vedette devant une audience clairsemée. Un sacré contraste pour le fidèle percussionniste de Gilberto Gil. Ce n’est pas la première fois qu’il s’essaie au chant. Déjà, il y a une quinzaine d’années, il formait le trio Umbillical avec deux autres percussionnistes bahianais Boghan Costa et Leo Bit-Bit, une réussite dans le genre afro-pop, à savoir à la fois funk et mélodique, hélas sans succès commercial.

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Autour de lui ce soir : bassiste, guitariste, saxophoniste, batteur et trois percussionnistes ! Sa musique est dans cette veine bien bahianaise qu’on pourra qualifier de façon générique d’afro-pop : à savoir légère mais toujours dansante. Mais les morceaux ont beau s’enchaîner, l’ambiance peine à décoller. La salle est encore vide… C’est le moment d’aller chercher une bière bem gelada dans un des bars intégrés au lieu, au fond à droite. Je commande au comptoir et je remarque que les quelques clients n’écoutent pas le concert mais regardent la télé. À l’écran, Carlinhos Brown fait son intéressant, à fond dans son rôle de juré de l’émission de télé-crochet The Voice. Vicissitudes de la vie de percussionniste bahianais…

Heureusement, pour Gustavo di Dalva, le public est maintenant plus nombreux à défaut de remplir la salle, offrant la diversité typique des soirées du Pelourinho : des touristes en goguette, des habitants du quartier ayant un p’tit coup dans le nez, des militants du Movimento Negro… Au fil du concert, certains se lâchent et ont tout l’espace rêvé pour les pas de danse. Et pour cause : pour avoir une salle pleine, Gustavo di Dalva devra attendre de retourner accompagner Gilberto Gil !

Toujours un pied dans la cuisine…

Bon, on l’aura compris, ces quinze jours trop brefs n’étaient pas une course aux concerts. De passage par le Recôncavo, je n’ai pas assisté à une réunion bien roots de samba de roda et de chula à Cachoeira ou Santo Amaro. Non, j’étais à São Felipe, fief de la belle famille, où la seule musique qu’on entend dans les rues est l’arrocha craché à donf’ par les méga-hauts parleurs de nombreux conducteurs qui semblent tenir le haut volume de leur équipement automobile pour une fierté principale… Et, en la matière, je ne me suis pas précipité pour assister à un concert de Pablo do Arrocha, une des vedettes du genre, en tournée dans le coin, écumant tous les patelins alentour : si vous avez eu la curiosité de cliquer sur le lien, vous comprendrez pourquoi…

Le séjour s’est conclu comme il a commencé, attablé devant un vatapá, un caruru et un bobo de camarão. Sauf que cette fois-ci, Tia Lu, réputée comme meilleure cuisinière de la famille, avait passé la matinée pour m’en apprendre les recettes…

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