Bahia/Portrait

Magary Lord, jamais sans sa fille ?

Kalinde sera-t-elle là ? Telle est la grande question que pose la venue de Magary Lord à Paris pour la soirée de clôture du Lavage de la Madeleine.

Cette année encore, Robertinho Chaves, son fondateur, a redoublé d’effort pour faire du Lavage de la Madeleine un événement. Cette transposition parisienne du lavage du Bonfim est déjà la plus grosse manifestation brésilienne de rue en Europe. Déjà présent l’an dernier, lors de sa dixième édition, Carlinhos Brown revient participer et se prête au jeu d’être le parrain bienveillant de la manifestation. Cette année, Robertinho Chaves, Bahianais de Santo Amaro da Purificação, a sorti un autre lapin de son chapeau : la dernière sensation venue de Salvador, Magary Lord !

Magary_com_Kalindy

Signalons que si Magary Lord est assurément l’attraction du Lavage de la Madeleine 2012, samedi dernier 1er septembre, il était également celle du Lavagem da Rua 46, sur Times Square, pour son équivalent new-yorkais.

Si vous n’avez jamais entendu parler de lui, que cela ne vous freine pas pour aller le découvrir le 23 septembre, au Barrio Latino : sa musique est une invitation à la danse, sans autre prétention. Dans une région où la musique festive commerciale est hégémonique, où axé et pagode laissent peu de place médiatique aux autres styles, Magary Lord a imposé le sien propre, le black semba.

Francisco Pereira Chagas, né il y a trente-cinq ans dans le quartier d’Ogunjá, à Salvador, a commencé par la percussion mais lui, le gentil, a choisi tout gamin un nom de méchant. Dans la série tokusatsu japonaise Jaspion, c’est le vilain MacGarren qu’il préférait :  soit prononcé avec l’accent bahianais, Magary.

En 2005, il fonde Afro Black Semba Bahia, avec l’idée de proposer une musique fédératrice et légère, « je voulais faire quelque chose de différent que les enfants, les adultes ou les vieux, tous puissent danser. Une musique joyeuse, divertissante, avec des paroles positives et qui racontent des histoires heureuses de manière spontanée »*.

Bien sûr, Magary Lord ne se pose pas trop de questions et sa musique est d’accès facile mais elle traduit un phénomène très fort dans le Brésil d’aujourd’hui, la découvertes des musiques africaines. Si les groupes qui s’approprient et digèrent de façon originale l’afrobeat de Fela Kuti sont légion, les autres régions du continent africain sont rarement explorées par les musiciens brésiliens. Exceptées les références directes aux musiques angolaises et qui ne sont pas le seul fait de la lusophonie : on retrouve une vraie curiosité pour le semba, que Magary lui-même décrit comme « le père du samba« . Pour autant, son black semba n’est pas franchement une quête des racines : « j’ai pris la batida d’Angola, des trucs d’Afrique, la danse, les costumes, la black music, soul, funk, samba-rock, j’ai pris tous ces éléments, j’y ai ajouté le samba, la chula, la ciranda, le maxixe et j’ai agrégé tout ça en un seul truc. C’est comme ça que j’ai créé le black semba ». A écouter Magary, ça a l’air simple mais c’est plus facile à dire qu’à faire.

On n’oubliera pas d’ajouter que ce black semba possède une couleur typiquement bahianaise, laquelle est déjà fondamentalement afro. D’ailleurs, libre à lui d’appeler ça du black semba mais la musique de Magary Lord est, pour reprendre un terme générique utilisé là-bas, de l’afro-pop.

Lors du dernier carnaval, Magary Lord a enfin connu le succès, porté par son tube « Inventando Moda ». Un verrou a sauté car, encore l’an dernier, on pouvait lire dans Terceira Diaspora – O Porto da Bahia, le livre de l’anthropologue Goli Guerreiro, qu’il était victime du « racisme institutionnel des médias locaux », qu’il n’était que très peu diffusé à la radio, et que son black semba « comme toutes les musiques noires de qualité était ghettoïsé » (propos de Maurício Ramos cités par l’auteur, p. 36).

Malgré les épreuves, Magary Lord s’est imposé sans laisser percevoir la moindre trace d’amertume alors qu’arrive le temps de la reconnaissance : Ivete Sangalo, plus grande star commerciale de la musique bahianaise, ainsi que le groupe Cidade Negra de Toni Garrido viennent d’annoncer qu’ils allaient enregistrer des compositions de Magary Lord, la meilleure façon de lui offrir une audience nationale.

Sa musique est toujours aussi festive et légère. Si son album Escutando Magary, sorti en 2012, est sympa et contient quelques morceaux très réussis, c’est sur scène que Magary Lord s’est imposé et qu’il a conquis les audiences par son charme et sa bonne humeur.

Pourtant, s’il se montre particulièrement à l’aise sur scène, ou en haut d’un trio elétrico, il se fait régulièrement voler la vedette, en victime consentante, par son irrésistible brin de fille : Kalinde Maiara. Une brindille de neuf ans qui chante, danse et assure comme une pro sur cet hommage à Michael Jackson. Sans perdre l’innocence de l’enfance : elle joue et s’amuse. On sent chez Magary une telle fierté paternelle qu’on a du mal à trouver une version de son tube « Inventando Moda » où elle ne soit pas à ses côtés. Comme ici, lors de l’enregistrement de son DVD…

A me ravir du plaisir partagé du père et de la fille, à avoir « Billie Jean, Billie Jean, Bille Jean My Love » qui me trotte dans la tête, dois-je en conclure que je ne suis pas blasé des plaisirs simples alors que les grincheux se diront : « mais comment, à cette heure-là, elle n’est pas encore couchée, cette enfant ?« . On ajoutera à leur intention  que Magary Lord parraine également les Black Semba Kids. Menés par Kalinde, le groupe comprend deux autres enfants de Magary, Francine Morena et Junior Lord, et est complété par des cousins…

Magary à Paris ? « Wepa Wepa !!!« . Mais Kalinde sera-t-elle de la partie ? J’en doute, hélas, elle a quand même école, la petite… Quoiqu’il en soit, pour participer à cette grande fête de clôture du Lavage de la Madeleine 2012, le 23 septembre, ne tardez pas…

Pour les infos pratiques, voyez la page Facebook du Lavage de la Madeleine

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* Les propos de Magary Lord sont extraits de l’article de Luciano Matos, « Um Novo Balanço Afro Pop na Bahia »Revista Bequadro n°1 (2012)

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