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Le Jour où j’ai posé trois questions à Caetano Veloso

Je ne saurais conclure cet hommage à Caetano Veloso, nouveau septuagénaire, sans évoquer ce jour de 1998 où, une fois dans ma vie, j’ai pu lui parler. Nulle familiarité dans cet échange, il était en tournée promotionnelle pour présenter son album Livro. Lors de cet exercice, les rencontres avec les journalistes se déroulent généralement dans les salons cossus de beaux hôtels parisiens, dans une ambiance tamisée où l’intervieweur espère grappiller quelques confidences en off, ou simplement une parenthèse détendue avec l’impression qu’entre quatre-z-yeux, l’artiste s’adresse bien à lui et à lui seul. Seul vient perturber ces instants le tohu-bohu de confrères attendant leur tour ou, plus rarement, celui de l’entourage de l’artiste. Ce n’est pas ainsi que les choses se déroulèrent lors de la venue de Caetano. Point d’échange bien calé dans un profond fauteuil club mais carrément une conférence de presse.

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Non seulement, Caetano Veloso n’avait pas le temps de recevoir les journalistes individuellement mais sa conférence était visiblement la seule prévue en Europe. Ainsi, les journalistes venaient d’un peu partout sur le continent et l’échange se déroulerait donc en anglais. Nous étions une bonne trentaine rassemblés pour le questionner et, dans ce contexte très cadré, je me disais que ce serait déjà bien de pouvoir poser ne serait-ce qu’une question.

Tout le monde avait pris place sur les chaises disposées en rangées face à l’estrade quand il est arrivé : magnifique. Elégant, costume noir et chemise blanche : c’était avant qu’il veuille s’habiller comme un jeune avec des t-shirts informes et des blousons en jean. A cette époque, il savait déjà qu’il était Caetano Veloso, LE Caetano Veloso, celui qui est le point de convergence de TOUTE la musique brésilienne, passée, présente et future. Au jeu des six degrés de séparation, Caetano est trop fort : avec n’importe quel musicien brésilien, qu’il soit mort, vivant ou à naître, il n’est toujours séparé que d’un seul degré ! Enfin, c’est à peu près ce qu’il essaie de faire comprendre à ses interlocuteurs, façon understatement bien sûr, parce qu’il ne faudrait quand même pas avoir l’air de trop se la péter.

Le type qui est monté sur l’estrade ce jour-là était alors mon idole, ou ce qui se rapprochait le plus d’une idole pour un type comme moi sans dieu ni maître (ouais, c’est moi qui me la pète, ça s’est vu ?), juste admiratif. Caetano occupe une place particulière pour moi, comme je l’ai déjà expliqué, c’est lui qui m’a ouvert les portes de la musique brésilienne dès que j’ai entendu sa voix.

Alors, bien sûr, j’avais des choses à lui demander. Curieusement, parmi les journalistes présents, la plupart là ne bronchèrent pas. J’espère qu’ils n’étaient que les correspondants à Paris de leur journal parce que sinon, leur payer le voyage pour ne rien dire… Il y avait bien sûr, comme dans toute conférence de presse, voire dans n’importe quel séminaire ou colloque, le type qui essaie de jouer la connivence en parlant de sujet que seul son interlocuteur est susceptible de comprendre ou connaître, quand il n’est pas lui-même le seul à comprendre ce qu’il dit, voire même pas : la proportion de gens qui ne savent même pas ce qu’ils racontent est toujours surprenante. Le type en question était cette fois-ci un Brésilien qui n’entendait parler que portugais et à qui Caetano, blasé, lâcha un tranchant : « in english, please« , ce qui suffit à lui clouer le bec.

Je n’ai pas la prétention d’avoir posé des questions révolutionnaires qui auraient amené Caetano Veloso à faire des révélations sur son art ou dont la réponse jette un jour nouveau sur celui-ci. J’étais juste très content de m’adresser à lui et, curieusement, c’est moi qui lui en ai posé le plus. Je vous propose donc de découvrir dès demain cette interview exclusive (même si pas à 100% inédite, je vous expliquerai)….

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