Documentaires/Rio

Partido Alto, de Leon Hirszman : tous ensemble pour le samba

 

« O sambista não precisa ser membro da academia
Ao ser natural em sua poesia o povo lhe faz imortal« 
Candeia, « Testamento de Partideiro »
Alors que sort en salles Benda Bilili, le film de Renaud Barret et Florent de la Tullaye, nous vous présentons un autre film musical dont le protagoniste principal est en fauteuil roulant, j’ai nommé : le grand, l’immense Candeia.

Il s’agit de Partido Alto, un documentaire absolument extraordinaire tourné en 1976 et sorti en 1982 où, là encore, il est question pour le cinéaste de saisir des moments intenses, spontanés. D’être là où ça se passe et s’effacer pour mieux rendre compte de l’ambiance. S’effacer oui, à part le micro qui se trouve assez fréquemment dans le champ !

Partido Alto est un film de Leon Hirszman. Celui-ci fut une figure importante du cinéma brésilien, un des pionniers du Cinema Novo, lauréat d’un Grand Prix du Jury à la Mostra de Venise, en 1981, pour son film Eles Não Usam Black-Tie. Cinéaste engagé, Hirszman réalisa plusieurs documentaires ancrés dans la réalité sociale du pays (métallurgistes en grève avec ABC da Greve, ouvriers agricoles nordestins, avec Maiora absoluta, etc…). Il consacra également plusieurs films à la musique populaire.

Dont Partido Alto, qui fut réalisé avec la collaboration de Paulinho da Viola. Ce film est un formidable témoignage de cette pratique collective du samba. Le partido alto est, en effet, un genre de samba qui repose sur l’improvisation. Les sambas de partido alto alternent ainsi refrains repris en choeur et paroles improvisées à tour de rôle par les participants. Dans le film, Candeia rappelle qu’on peut lui trouver quelque ressemblance de principe avec l’art des repentistas nordestins et leurs fameuses joutes verbales. Pour autant, le partido alto est une forme de samba. Une expression authentique du samba.

C’est également un moment festif où prime le plaisir de se retrouver et jouer, chanter, danser ensemble (et boire des bières ou du limão)… Aniceto do Império (un des fondateurs de l’Ecole de Samba Império Serrano) avait coutume de dire du partido : on sait quand ça commence, on ne sait pas quand ça finit ! (« partido tem hora para começar, mas não para acabar« ). C’est exactement ce que l’on constate dans le film d’Hirszman. Il faut préciser que Partido Alto est, en quelque sorte, le pendant solaire d’un autre film documentaire de Leon Hirszman : Nelson Cavaquinho, portrait d’un autre sambiste de légende, sur lequel nous reviendrons dans le prochain message.

Partido Alto se divise en deux parties. Dans la première, on retrouve le légendaire Candeia qui mène le bal. Autour de lui, quelques percussionnistes dont Wilson Moreira, et un joueur de cavaquinho. Et même quelques choristes qui dansent, vêtues de robes aux motifs 70’set, curieusement, aux couleurs de la Mannschaft…

Dans la lumière dorée d’une fin d’après-midi, dans une arrière-cour, propice aux rassemblements, Candeia est entouré, parmi les percussionnistes, de plusieurs membres de l’école de samba Quilombo qu’il avait fondé un an auparavant.

En regardant ce film, on est frappé par l’autorité qui se dégage de cet homme. Du geste et de la voix, il en impose. Autour de lui, les musiciens font tourner le rythme sans faillir, cavaquinho en tête. Pendant que les musiciens jouent en sourdine, entre deux morceaux, Candeia explique ce qu’est le partido alto, et c’est bien là le seul détail qui peut rappeler qu’il s’agit d’un tournage.

On le voit également demander à ses musiciens quelques pas de danse. C’est Wilson Alicate qui se colle au miudinho, puis Tantinho, celui qui gratte son prato, son assiette, qui nous donne une petite démonstration d’amoladinho. Bon, avec ses pattes d’eph’, on ne voit plus ses pieds mais on a quand même une idée générale de la chose, tout en petits pas glissés.
Mais c’est peut-être quand il interprète son « testament », le morceau « Testamento de Partideiro », que la plus belle définition du samba et de son amour du peuple brésilien transpire de Candeia : « le sambiste n’a pas besoin d’être membre de l’Académie, en étant naturel dans sa poésie, le peuple le rend immortel« . Histoire de rappeler que c’est aussi l’âme des poètes qui s’incarne à travers le samba…La deuxième partie du film se déroule là-encore dans une arrière-cour, celle de Manacéa, un sambiste de la Portela. Parmi les partideiros, on retrouve le jeune Paulinho da Viola, Argemiro, Casquinha et quelques autres… C’est le soir, et tous les invités semblent finir dans un bel état d’ébriété joyeuse.

Sur la fin, on entend ces quelques mots pleins d’émotion de Paulinho de Viola : « quand j’étais enfant, je voyais le partido alto comme une forme de communion entre les gens du samba. C’était pour rire, blaguer, flâner, c’était brincadeira et vadiagem. Tout le monde participait comme il pouvait, comme il voulait. L’art le plus pur réside dans l’expression de chacun, à sa façon, et seul le partido alto offrait cela. (…) La ronde du partido est un moment de liberté« .

1ère partie :

2ème partie :

3ème partie :

Ce beau film illustre à merveille les propos de Paulinho da Viola.

3 réflexions sur “Partido Alto, de Leon Hirszman : tous ensemble pour le samba

  1. Ah ah, je cherchais des infos sur ce film et je tombe sur ton blog, comme toujours 🙂
    Et sinon, ça fait longtemps qu’on a pas eu d’articles nouveaux, j’espère que tout va bien, ça me manque les découvertes faites grâce à ton blog!

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