Ao Vivo/Bahia

Impressions du Carnaval de Salvador (1) : Karl Marx et les derniers préparatifs

Croyez-le ou non, cette année, je ne suis pas venu à Salvador pour le Carnaval. C’est la première fois que j’y suis à cette période mais malgré cette heureuse coïncidence, ce carnaval, je comptais le suivre en dilettante. La seule chose que je voulais vraiment, c’était vivre l’expérience des défilés de BaianaSystem au milieu de son public…

Arrivé tard dimanche soir, 19 février, j’ai raté le Furdunço, la pré-abertura du carnaval. BaianaSystem à bord du Navio Pirata, son trio elétrico, s’y produisait. Je n’ai pu que voir qu’une immense foule sur le retour se pressant vers les arrêts de bus, l’ambiance post-festum d’une soirée qui déjà semblait avoir été particulièrement intense. J’ai juste aperçu le Navio Pirata stationné devant le Farol da Barra et j’étais déjà impatient de le voir retrouver ses occupants pour déambuler dans la ville et délivrer leur « thérapie du son qui fait du bien »…

Dès le lundi matin, dans le quartier Barra, le plus frappant était de voir les vendeurs de rue camper et dormir sur des cartons à même les trottoirs défoncés pour garder leur emplacement parce qu’ils vivent trop loin en périphérie de Salvador. Installés en famille, ils allaient rester là toute la semaine. Avec un stoïcisme et une bonne humeur qui laissent pantois mais interrogent forcément sur leurs conditions de vie le reste de l’année.

À Barra, comme sur tous les autres circuits des défilés, tout est jaune. Pas jaune Brésil, non : jaune Skol, la bière officielle du Carnaval, même pas faite avec du malt mais avec du maïs (transgénique). Tout le long de l’Avenida Oceânica, des centaines de glacières géantes jaune sont alignées de chaque côté et la foule de vendeurs s’active à faire marcher les affaires, organiser le réapprovisionnement constant, la livraison par dizaines de kilos des sacs de glaçons indispensables pour maintenir la marchandise bem gelada. Le Carnaval est ainsi un phénomène caractéristique du capitalisme contemporain où les conglomérats n’imaginent pas un instant partager les miettes. Ils veulent le monopole. Skol et rien d’autre. Uniformisation générale.

Le 22 au soir, je suis descendu vite fait voir l’ambiance au Farol da Barra, point de départ des trios elétricos. Ce soir-là, ce n’était pas encore les débuts officiels mais déjà des fanfares et baterias défilaient dans l’allégresse. J’ai eu la surprise de tomber sur le Bloco Filhos e Filhas de Marx.

Un bloco qui ne comprend encore que quatre personnes mais affichait fièrement sur leur tenue « Fora Temer ». J’ai discuté un moment avec eux pour savoir s’ils ne se faisaient pas insulter par une partie des fêtards tant l’agressivité de la droite brésilienne est devenue d’une violence hallucinante, en même temps que d’une triste banalité. J’avais pu le constater la veille au soir après que ma compagne, fidèle à elle-même, ait acheté et revêtu un t-shirt rouge portant l’inscription « Fora Temer ». La minute suivante, elle était déjà agressée verbalement par un type bourré à la terrasse d’un café. Heureusement qu’elle a du répondant. Puis, en rentrant dans son propre immeuble, un voisin a cru bon lui affirmer, à la vue du fameux t-shirt, de toute sa bravache inculte qu’il était fier d’être d’extrême droite. Cette intolérance est un sacré indice que le fascisme est déjà dans les têtes de certains… Bon, les Filhos et Filhas de Marx ne se plaignaient pas de l’agressivité, peut-être parce que les coxinhas ignorent qui est Karl Marx…

Au prochain épisode, on parlera du Carnaval, promis. D’ici là : Fora Temer !!!

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