Bahia/Disques

Les Conquérantes de Larissa Luz

Dans le puissant cri d’affirmation qu’est Território Conquistado, Larissa Luz remet les femmes noires au centre des luttes. Se réclamant aussi bien de l’afrofuturisme que de l’afropunk, à grand renfort de beats tendus et de guitares tranchantes, la chanteuse dépoussière la musique bahianaise pour faire entendre sa voix et celle de ses aînées. Dix chansons pour dix femmes puissantes !

Elza Soares, par exemple, aurait pu être une de ces femmes. Elle fait mieux que ça, elle participe au morceau qui donne son nom à l’album et sa seule présence confère à tout le projet une force décuplée.

Larissa Luz Território-Conquistado

Avec ce deuxième album, l’évolution artistique de Larissa Luz est pour le moins radicale. La jeune femme est une authentique Soteropolitana, une Bahianaise de Salvador. Sa carrière a véritablement décollé quand elle est devenue la chanteuse du bloco afro Ara Ketu, véritable institution locale depuis près de quarante ans. Son premier album Mundança ne laissait pas deviner cette suite. Pour les premiers pas de sa carrière solo, elle signait un album très soul. Même si sa production était un peu trop lisse, il marquait l’émergence d’une nouvelle artiste bahianaise à suivre. J’avais d’ailleurs acheté le CD lors de mon dernier passage par Salvador (par contre son format 20×20 le rend difficile à ranger dans ma discothèque).

Território Conquistado voit Larissa Luz franchir un sacré cap. Le propos s’est étoffé et aboutit à ce qui ressemble à un concept album : chacune des dix chansons est dédiée à une femme forte, qu’elle soit poètesse, militante ou simplement la mère de Larissa elle-même. Pour l’aider dans ce travail de réflexion, elle s’est tournée vers Goli Guerreiro, une anthropologue bahianaise qui a consacré ses recherches aux diasporas africaines et à la musique*. À l’exception d’une Nina Simone, ces femmes mises à l’honneur sont souvent inconnues du grand public. Il y a Makota Valdina, figure du candomblé angola de Bahia et militante incontournable de la cause des femmes et des mouvements noirs mais aussi des femmes de lettres, qu’elles soient péruvienne comme Victória Santa Cruz, américaine comme Bell Hooks, nigériane comme Chimamanda Ngozi Adichie, ou évidemment brésilienne comme Carolina de Jesus.

Pour porter haut et fort le propos, Larissa s’est entourée d’un équipage réduit : Pedro Itan, déjà partenaire de Mundança, aux guitares et compositions, Michelle Abu aux percussions et Pedro Tie à la synth-bass. L’album est produit par Jr. Tostoi. Celui-ci longtemps guitariste incendiaire de Lenine a dégraissé l’album de toute scorie pour ne garder que sa tension.

Alors que le Brésil subit des assauts réactionnaires d’une rare violence, ce territoire conquis est, pour les femmes noires (mais pas seulement), avant toute chose l’affirmation de soi libéré de l’aliénation, première étape nécessaire pour combattre les inégalités, le racisme et le sexisme. Plutôt que de longs discours, Larissa Luz préfère la tension festive mais conscious du rock, trap, Bahia bass. Le premier album de l’année qui nous donne envie de monter le son !

L’album ayant bénéficié du soutien de Natura Musical est en téléchargement gratuit sur son site et sur celui de l’artiste. Ou en suivant directement le lien officiel ci-dessous…

Larissa Luz, Território Conquistado (2016)

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* Il y a quelques années, nous avons réalisé un entretien avec Goli Guerreiro à propos de son livre A Trama dos Tambores, à lire ici.

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