Disques/Rio/São Paulo

Après elle le déluge : Elza Soares

Est-ce une ode à la résilience ? Un manuel de survie à l’usage de ceux qui subissent le chaos urbain au quotidien ? Une chose est sûre, ce retour d’Elsa Soares, entourée de la bande à Cabral et Kiko Dinucci, est une des sensations fortes de l’année et son boucan apocalyptique en fait, accessoirement, un très grand disque à la beauté crépusculaire.

Elza Soares A Mulher do Fim do Mundo

A Mulher da Fim do Mundo : La Femme de la Fin du Monde. Pouvait-il exister un titre qui trace portrait plus juste de son auteur que celui-ci ? Presque octogénaire, toujours là quand tout s’effondre, Elza Soares est une légende encore vivante, une survivante même tant son enfance et son adolescence cumulaient tous les handicaps de la misère profonde. D’où vient-elle ? De la « Planeta Fome« , de la Planète Faim, comme elle le dit un jour, gamine effrontée de treize ans, à Ary Barroso lors d’un radio-crochet où elle fit entendre une voix déjà forte et éraillée. À cette âge, elle était déjà mariée et mère de famille. À vingt ans, elle avait cinq enfants et était déjà veuve.

Pourtant toute sa vie n’est qu’un pied-de-nez à cette fatalité sociale. Portée par son tempérament explosif et une voix incroyable, Elza Soares s’affirme dans le samba comme dans tous les genres qu’elle approche, véritable Vanguarda instinctive et permanente à elle toute seule. Elle scatte sans jamais connaître le jazz, comme si c’était sa propre invention. Elle est, selon la BBC, la « Voix du Millénaire », et une Muse nationale qui aura transcendé les standards les plus usés de la musique brésilienne en même temps qu’elle inspirera des générations d’artistes comme Caetano Veloso ou, aujourd’hui, la bande à Kiko Dinucci et Rodrigo Campos.

Aujourd’hui, plutôt que de rappeler pour la énième fois qu’elle fut la femme du footballeur Garrincha, on rapportera une autre anecdote de sa légende : elle est divorcée depuis peu d’un mari près de cinquante ans plus jeune qu’elle. Aujourd’hui, elle se remet tant bien que mal d’opérations chirurgicales aux cervicales et aux lombaires, presque méconnaissable tant son corps semble minuscule et sa tête énorme, mais elle chante encore et toujours de toute son âme.

elza-02

Alors que sa carrière semblait entre parenthèses depuis le magnifique Do Cóccix até o Pescoço, en 2002, et l’hyper-cheapouille Viva Feliz, l’année suivante, c’est sur scène, il y a quelques années, que la Carioca Elza Soares a fait connaissance avec cette jeune génération de São Paulo, à l’occasion d’un hommage à Itamar Assumpção. Aujourd’hui, cette rencontre s’immortalise avec un album, le premier de toute la carrière d’Elza à être composé exclusivement de titres inédits ! Kiko Dinucci, Rodrigo Campos, Romulo Fróes, Celso Sim ou encore Douglas Germano ont écrit et composé pour elle. Et ils n’ont pas pris de pincettes ! Sous la direction de Marcelo Cabral, également auteur des arrangements de cordes, et de Guilherme Kastrup, les cuivres de Bixiga 70 ne craignent pas les dissonances tandis que les dialogues en boucles de guitares et cavaquinho de Kiko et Rodrigo plongent toujours plus avant dans les distorsions acides.

Nos adeptes du samba esquema noise ont trouvé en Elza Soares leur âme-sœur la plus punk. Si sa voix est fatiguée, elle éructe, menace et gueule comme si sa vie en dépendait. « Eu vou cantar até o fim » : sur le morceau-titre, elle gueule qu’elle chantera jusqu’à la fin, le répète en boucle et sur tous les tons comme un cri du cœur. Comme un chant du cygne qui serait encore un cri rauque. Sur « Maria de Vila Matilde », contre les violences faites aux femmes, elle menace : « tu vas regretter d’avoir levé la main sur moi » (« cê vai se arrepender de levantar a mão pra mim« ) et on la croit !  Sur « Pra Fuder », de Kiko Dinucci, où elle éructe que c’est « pour baiser » (« pra fuder« ), elle est louve, de feu et de lave comme Iansã à qui elle aime s’identifier ! En duo avec Rodrigo Campos sur la chanson « Firmeza ?! », lapidaire, elle chante : « é a life, meu irmão« . C’est la vie, oui, mais la vie d’Elza Soares n’est pas la vie de tout le monde.

Chant du cygne à la beauté crépusculaire et abrasive, A Mulher do Fim do Mundo est le fidèle portait d’une légende à la peau dure en même temps que le reflet sur fard d’une époque qui a des allures de derniers jours…

Le disque est en écoute sur le site de Natura Musical, partenaire du projet :

http://www.naturamusical.com.br/ouca-mulher-do-fim-do-mundo-novo-disco-da-elza-soares

 

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