Disques/Rio

Black Alien, le retour de Gus (MC’s d’attaque 1/3)

Trois artistes historiques du hip hop brésilien ont sorti un album cette année, parfois que l’on n’attendait plus. BNegão, Black Alien et Rodrigo Brandão sont des vétérans qui ont contribué à définir les contours du hip hop national en signant des œuvres qui font date. Des MC’s d’attaque, authentiques et pas en toc, comme l’aurait dit MC Solaar il y a presque vingt-cinq ans !

Dans le hip-hop, les saisons passent parfois aussi vite que des jours et le temps peut se montrer plus fatal pour un rimeur que l’automne pour une cigale. Si quelques uns se bonifient avec l’âge comme Oxmo Puccino chez nous, on y est souvent vieux avant même que d’être sage.

En lançant Babylon By Gus – Vol. II: No Príncipio Era o Verbo, Black Alien n’a pas seulement sorti un disque et donné une suite à un album essentiel du rap brésilien, il a effectué un retour depuis longtemps différé. Car Black Alien est un survivant aux dépendances qui faillirent lui être fatales et dont il vient seulement de s’affranchir.

Black Alien Babylon by Gus 2

Même si vous êtes rétif au hip-hop, vous n’aurez certainement pas échappé à Black Alien : « Quem Que Caguetou » qu’il interprétait avec Tejo et Speed Freaks a servi de bande-son à un film publicitaire Nissan qui nous montrait les participants à un marathon urbain courir dans la boue et les rues de São Paulo. Le morceau a ensuite été adapté et remixé par Fatboy Slim sous le titre « Follow Me, Follow Me ».

Issu d’une famille plutôt aisée de Niterói, Gustavo de Almeida Ribeiro Junior, aka Black Alien, traverse sa scolarité dans les meilleurs établissements. Il est passionné de skate et évolue en semi-professionnel jusqu’à ce qu’il fasse la connaissance de Cláudio Márcio, aka Speed Freaks, avec qui il commence à faire de la musique dès le début des années quatre-vingt-dix. C’est l’opportunité d’intégrer le groupe Planet Hemp, véritable phénomène du moment, à la place de BNegão, qui lui permet d’asseoir sa notoriété. En sortant du groupe, il retrouve Speed Freaks et c’est alors, au début des années deux-mille, qu’ils sortent « Quem Caguetou ».

En 2004, Black Alien lance son premier album en solo, le désormais classique Babylon By Gus – Vol I: O Ano do Macaco. Un album marquant riche de quelques pépites dont « Mr Niterói », « Umaextrapunkprumextrafunk » ou même « Como Eu Te Quero », façon ballade reggae…

La suite fut plus difficile. Derrière le succès, des mauvais habitudes commencent à peser. Sa consommation de drogues et d’alcool enfoncent Gustavo dans la dépression. Il mettra longtemps avant de sortir la tête de l’eau. « Mon problème avec les drogues est de notoriété publique (…). J’ai déjà essayé de me tuer, j’ai déjà rempli un caddie d’alcool et j’ai tout bu, style Nicholas Cage dans Leaving Las Vegas. Mais je suis toujours allé en cure de désintoxication de mon propre chef. Et je ne veux plus être Nicholas Cage« , témoigne aujourd’hui Black Alien.

Pour autant, l’enregistrement de ce nouveau Babylon By Gus ne s’est pas fait sans mal et a été maintes fois ajourné, repoussé. Alexandre Basa, ancien du Mamelo Sound System, l’accompagne dans le processus et se lance dans la production de l’album. En 2010, alors que son ancien partenaire SpeedFreaks venait d’être assassiné, Black Alien et et Basa sentent de mauvais vibrations dans la maison où ils se sont installés pour travailler : elle était hantée ! Ni l’intervention du prêtre et ni celle du père des saints ne purent en triompher…

Finalement, quand on n’y croyait plus, voici enfin ce Babylon By Gus – Vol. II : No Príncipio Era o Verbo, au sous-titre biblique, et pour cause, sa lecture a beaucoup aidé Gus quand il était au plus bas et qu’il luttait contre ses addictions…

À son lancement, en septembre dernier, l’album était en téléchargement gratuit sur le site de OneRPM. Pas de bol, ce n’est plus le cas, j’ai beaucoup tardé à écrire cette chronique d’une résurrection… Néanmoins, vous pourrez au moins écouter l’album dans son intégralité sur YouTube ci-dessous. Même pas de Soundcloud, un détail qui trahit le fait que Black Alien semble avoir repris les choses où il les avait laissé… il y a une dizaine d’années. Malgré quelques invités notables, Céu, Luiz Melodia, Edi Rock (des Racionais MC’s, Kamau…), ce Vol. II réserve assez peu de surprises mais se montre efficace, un peu convenu, et surtout d’une profonde sincérité. On retrouve son goût pour le rock sur certains titres mais surtout un flow identifiable qui avait besoin de sortir et c’est bien là l’essentiel…

 

 

 

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