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Le Fela Day au Brésil : afrobeat partout !

Le Fela Day qui commémore la naissance de Fela, le 15 octobre 1938, est célébré ce week-end. L’occasion est rêvée pour évoquer l’afrobeat au Brésil en forme d’atlas.

L’afrobeat inventé par Fela Kuti, secondé par Tony Allen, son batteur qui en vaut quatre, se porte bien. Sa diffusion mondiale, près de vingt ans après la mort de Fela, est spectaculaire. On ne compte plus les artistes qui, le temps de quelques morceaux empreint d’afrobeat, se revigorent de sa pulsation tandis que d’autres s’y dédient de toute leur âme, même si leur musique s’ouvre à d’autres influences. Dans tout le Brésil, ont éclos des groupes perpétuant la flamme, de Rio à São Paulo, ou de Salvador à Belo Horizonte… Sans oublier Abeokuta à Récife, Zebrabeat à Bélem, etc…

Bixiga 70 et AfroElectro à São Paulo

Bien sûr, de par sa reconnaissance internationale, Bixiga 70 est le fer de lance de ce mouvement. « La seule chose dont nous étions sûrs, avant même notre première répétition, c’est que nous voulions ce type de son. Rituel, de transe, mantrique. Et on a tout de suite senti que les gens étaient captivés par la danse« , expliquait récemment Daniel Gralha, le trompettiste du groupe. Avec son troisième album, composé collectivement par ses dix membres, Bixiga 70 continue d’affirmer ce credo et d’enfoncer son clou de groove.

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Point n’est besoin de proclamer une république indépendante pour s’enraciner : quand Fela créait Kalakuta, Bixiga 70 se contente de dire son attachement à son quartier de Bixiga, à São Paulo, où se sont succédé les vagues migratoires, depuis les anciens esclaves jusqu’aux Boliviens et Nigérians, en passant par les Italiens ou les Nordestins et dont il tire son identité et une musique ouverte aux influences que l’on nommera par défaut afrobeat.

Formidable artificier, le groupe est du genre à taper une after-party délirante jusqu’à 5 du mat’ ! Pourtant, il est difficile de retrouver sur disque l’énergie des concerts où Bixiga 70 s’est taillé sa solide réputation.

Hypothèse : et si, en studio, Bixiga 70 n’était jamais meilleur que quand il joue en backing-band de luxe pour Bruno Morais ou Pipo Pegoraro. En 2011, c’est d’ailleurs pendant les sessions d’enregistrement de l’album de celui-ci (l’excellent Taxi Imã) que le groupe s’est constitué et où leur pulsation afrobeat était mise au service de vraies chansons. Mais le meilleur est peut-être à venir : Bixiga 70 traîne en studio avec João Donato, la légende bad de la bossa nova… Sinon, c’est quand la prochaine tournée ?

Également établi à São Paulo, fondé en 2009 par Sérgio Machado, batteur de Criolo et Metá Metá, et le guitariste Michael Ruzitchka, AfroElectro suit une voie, sans section de cuivres, où l’influence des traditions régionales brésiliennes côtoie celle du tradi-moderne congolais. Assez loin de l’afrobeat stricto sensu mais néanmoins associé à sa veine pour l’accent rythmique de sa musique. Après un album remarqué en 2012, AfroElectro a sorti cette année le EP Mocambo, offert en téléchargement gratuit.

À noter qu’à São Paulo, le Fela Day  aura cette année l’accent français. La Casa da Luz accueille en effet le groupe Gadiamb fondé par deux Français depuis longtemps installés au Brésil, Matthieu Hébrard (déjà initiateur du projet Quebrante) et Chris Hidalgo…

Abayomy Afrobeat Orquestra à Rio

À Rio, c’est Abayomy Afrobeat Orquestra qui, depuis 2009, entretient la fièvre. Regroupé autour de Gustavo Benjão (guitare et chant), Alexandre Garnizé (percussions et voix) et de Thomas Harres (batterie et chant), pour ne citer qu’eux, le groupe et sa bonne douzaine de membres est visiblement ravi de s’être formé puisqu’il a pris pour nom un mot yoruba signifiant « rencontre heureuse » !

Il y a deux jours, Abayomy sortait deux nouveaux morceaux dont un « Mundo sem Mémoria » avec Otto. Peut-être justement pour fêter le Fela Day ?

Pour l’édition 2015 du Fela Day, à Rio, ce soir, sur la scène du Circo Voador, c’est Abayomy et Aláfia qui auront l’honneur de rendre hommage au maître pour ce Fela Day 2015.

Iconili à Belo Horizonte

Moins connus que Bixiga 70 ou Abayomy, le groupe Iconili de Belo Horizonte a enregistré Piacó, son premier album, en prise directe, dans les conditions d’un live. Sans perdre les fondamentaux du genre, à base de percussions et cuivres, Iconili réussit à développer un style propre en maîtrisant les phases de tension et de détente. Sur « Jorge Botafogo » par exemple, le premier titre, quand les autres instruments s’effacent pour laisser la basse, on semble s’échapper vers une house minimaliste.

Même si le morceau ne figure pas sur l’album, pour illustrer la musique d’Iconili la vidéo de « Mulato » est une réussite visuelle qui nous rappelle que la vibration musicale est d’abord, au sens propre, celle des cordes et des peaux.

Iconili (2015), en téléchargement gratuit. Et en écoute ci-dessous.

IFÁ Afrobeat à Salvador

C’est de Salvador qu’est originaire la formation qui pratique avec bonheur l’afrobeat le plus orthodoxe : IFÁ Afrobeat. Où IFÁ est l’acronyme de Ijexá Funk Abrobeat. Et puisqu’il n’est pas dit que le genre est instrumental, IFÁ a eu la bonne idée d’inviter la chanteuse nigériane Veronny Okwei Odili. Le groupe vient de sortir son premier E.P. que l’on peut écouter ci-dessous.

I.F.A

 

IFÁ a commencé comme un simple trio. Jorge Dubman à la batterie, Fabricio Moto Baico à la basse et Áttila Santtana à la guitare. « Une des raisons principales qui nous a incité à former IFÁ, raconte Dubman, est que Salvador a tant à voir avec l’afrobeat mais qu’il n’existait aucun groupe pour le représenter. On avait bien des DJs comme Riffs et le Sistema Kalakuta mais aucun groupe ». Un constat qui vient contredire ce que disait, y a quelques années, Letieres Leite à la Revista Bequadro : « Que des Noirs soient loin de l’afrobeat, c’est un fait. Cela se produit à Rio et à São Paulo mais moins à Salvador. Les gens qui font de l’afrobeat à Salvador vivent à la périphérie. C’est un phénomène qui date de la fin des années soixante-dix, dans le quartier de Liberdade, à Salvador, où il y avait quelques musiciens. C’est le contraire à São Paulo où seule la classe moyenne y avait accès« .  À en croire Dubman, il n’y a plus de groupe d’afrobeat à Salvador, même dans le quartier Liberdade. Et l’aventure IFÁ a commencé modestement : « les débuts étaient très simples et on jouait des petits lieux car on était en petite formation. Puis, on a réussi à intégrer des cuivres« .

Pour autant, si l’afrobeat « à la Fela », le vrai, a disparu des scènes locales, la majeure partie des musiques de Bahia est forcément et trouve toujours mille façons d’exister. Que ce soit dans l’underground hip hop ou dans l’utilisation du semba angolais par quelqu’un comme Magary Lord mais tout ça ce sont d’autres nombreuses et longues histoires.

Pour en revenir à IFÁ, j’avoue un grand regret. Les avoir ratés à Salvador l’an dernier. Ayant choisi d’assister au concert de Márcia Castro dans le Pelourinho pour retrouver des amies, je suis arrivé, quelques rues plus loin, au Largo Pedro Arcanjo, au dernier instant des rappels, en ce même Fela Day, et j’ai seulement eu le temps de sentir que j’avais raté quelque chose ! Cette année, même lieu et même occasion, IFÁ revient fêter le Fela Day. Il invite cette fois-ci DJ Riffs, André Sampaio, le maestro Letieres Leite (Orkestra Rumpilezz) et le formidable percussionniste Gabi Guedes. Sans compter que Veronny Okwei Odili sera également de la partie alors qu’elle n’avait eu qu’une journée pour enregistrer ses parties vocales avant de devoir repartir pour Lagos le lendemain…

 

 

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