Bahia/Portrait

Batatinha on line !

Des années durant, Oscar da Penha a concilié deux vies, celle de typographe la journée et celle de sambiste le soir ou, comme il le disait, pendant ses « horas vagas ». Cette vie-là ne nourrissait pas son homme, ni encore moins ses neuf enfants, mais elle le fit entrer à la postérité sous le nom de Batatinha. Si cette postérité est déjà entretenue sur la toile grâce à quelques blogs et de rares vidéos, un site officiel est désormais consacré au « diplomate du samba » de Bahia afin d’offrir à tout un chacun la possibilité de consulter ses archives et découvrir sa vie et son œuvre.

Batatinha

Si l’homme était souriant et d’un naturel blagueur, Batatinha demeure aujourd’hui encore la figure marquante du samba de Bahia par la profonde mélancolie qui se dégage de ses chansons. À ce titre, il est même fréquemment considéré comme l’égal de Cartola et Nelson Cavaquinho. Né en 1924 à Salvador, le jeune Oscar da Penha fut contraint de travailler très jeune pour aider sa famille. Comme beaucoup de sambistes, c’était un bohème mais, à la différence de beaucoup d’autres, il travaillait le jour. Il se décrivait donc comme « gráfico de profissão, sambista nas horas vagas« . Aussi, toute sa carrière, jusqu’à sa retraite dans les années soixante-dix, il la fit au journal Diário de Notícias où il était linotypiste. Le journal appartenait au Grupo Diários Associados de Assis Chataubriand également propriétaire de la Rádio Sociedade da Bahia. C’est sur ses ondes, dès les années quarante, que sa voix se fit connaître et qu’il gagna, sans avoir été consulté, le surnom de Batatinha.

Comme compositeur, il dut attendre 1960 pour voir une de ses chansons, « Fora de lugar », gagner le concours municipal de sambas pour le carnaval, essayant des déceptions pendant toutes les années cinquante. Même si son répertoire compte quelques morceaux légers et plein d’humour, ces chansons tristes n’étaient visiblement pas du goût des jurés. Avant d’enregistrer lui-même, c’est donc comme compositeur que Batatinha se fit un nom. Si, hormis ses amis sambistes de Bahia, le Carioca Jamelão fut le premier a enregistrer une de ses chansons, avec « Jajá de Gamboa » en 1954, c’est Maria Bethânia qui contribua grandement à le faire connaître en intégrant à son répertoire plusieurs morceaux (« Diplomacia », « Hora da Razão », « Imitação », « Toalha da Saudade »…), interprétés sur scène et sur disque. Caetano Veloso, quelques années plus tard, comme sa sœur, chanta « Hora da Razão » sur l’album Muitos Carnavais (1977).

La discographie de Batatinha, en écoute et commentée brièvement sur le site Acervo Batatinha, est des plus sommaires. Elle ne compte que cinq disques, depuis un 45Tours quatre-titres (1969) où il ne chante pas lui même à Diplomacia (1998), sorti quelques mois après sa mort. En passant par le cultissime Samba de Bahia (1973) qu’il partage avec Riachão et Panela, Toalha da Saudade (1976) et 50 anos de Samba (1994) sorti pour ses soixante-dix ans. Chacun d’entre ses disques mériterait qu’on y consacre une chronique…

À vrai dire, ce site offre peu de détails que l’on ne connaisse déjà. Si nous avons déjà présenté Batatinha ici, nous n’en avons pas dit plus aujourd’hui qu’alors. On aurait pourtant aimé pouvoir le faire grâce à ce projet de site officiel. D’autant qu’il a été conçu sous la direction éclairée de la famille, en particulier de son fils Artur. On espérait plus de documents et témoignages inédits quand bien même il existe peu d’images ou de films de lui.

La famille a pourtant mis à disposition quelques photos. On y découvre notamment cette fameuse rencontre avec le Pape Jean-Paul II au Vatican, en 1983, quand Batatinha, Dorival Caymmi, Gal Costa ou encore Moraes Moreira étaient invités à participer à un festival*.

On y découvre aussi un extrait du documentaire Samba não se aprende no colégio, réalisé par Tuna Espinheira en 1978, et qui sont les seules images filmées où l’on voit Batatinha en famille…

En fait, le grand mérite d’Acervo Batatinha est de proposer le songbook Batatinha, à savoir les partitions d’une trentaine de se ses chansons. Dommage qu’il ne soit absolument pas pratique car conçu avec ISSUU et qu’il ne propose même pas la possibilité d’en imprimer directement les pages. On notera que toute son œuvre n’y figure pas. À l’époque où il travaillaient sur l’album Diplomacia, Paquita et J. Velloso, les producteurs à l’origine du projet, passèrent des dizaines d’heures à interroger Batatinha. Il n’avait rien noté de ses compositions, sur aucun carnet, il les avait encore moins déposé chez un éditeur. Ainsi, ils collectèrent auprès du maître environ soixante-dix chansons alors qu’il les chantait pour eux. Leur but étant de transmettre cet héritage, ils disaient rendre disponible ce recueil. Peut-être reste-t-il encore à l’harmoniser ? En effet, Batatinha composait uniquement en s’accompagnant de son inséparable caixa de fósforos, la simple boîte d’allumettes avec laquelle il jouait le rythme, et laissait à ses compères le soin d’ajouter les harmonies…

Annoncé depuis longtemps, le site Acervo Batatinha est enfin en ligne. Tant mieux pour un artiste de sa trempe. Même s’il nous laisse un peu sur notre faim, le site vaut aussi pour la reconnaissance qu’un tel projet offre à un artiste de sa trempe, surtout s’il est encore trop méconnu. Et puis, la personnalité de Batatinha est si attachante qu’on a malgré tout l’impression de l’y côtoyer un peu…

Les archives de Batatinha, c’est ici :

Acervo Batatinha

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* Leon Hirszman en a tiré un documentaire Bahia de Todos os Sambas

 

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