Bahia/Disques

Quand le douanier Russo ouvre les frontières

Après dix ans de carrière, le premier album en solo de Russo Passapusso, chanteur de Baiana System, était attendu avec impatience. A l’instar de Criolo, le MC révèle ses talents de mélodiste et s’impose d’emblée comme une des plus belles découvertes de l’année.

Russo Passapusso est certainement un illustre inconnu pour la plupart, pour d’autres, c’est une figure omniprésente que l’on n’aura de cesse de croiser au gré de ses apparitions et participations, de Bemba Trio à Curumin, en passant par Baiana System et Goma-Laca.

russo-passapusso-paraiso da miragem

Bahianais de l’intérieur, né il y a une trentaine d’années à Feira de Santana, c’est à Salvador que Roosevelt Ribeiro de Carvalho commence à s’investir dans les sound-systems de la ville et à s’y faire un nom, celui qu’il a choisi de Russo (comme diminutif plus facile à mémoriser de son prénom) Passapusso (pour « passar a pulso pelas adversidades » : s’affirmer sans faiblir dans l’adversité). Au sein de Ministereo Público et de Bemba Trio, Russo s’affirme comme un MC incandescent qui chevauche les riddims jamaïquains pimentés à la sauce bahianaise, avant de poursuivre l’aventure au sein de Baiana System, le projet de Robertinho Barreto qui propulse la guitarra baiana dans le XXIe siècle.

D’avoir attendu si longtemps, on aurait pu craindre quelque appréhension de l’artiste au moment de sauter le pas de l’épreuve individuelle, il n’en est rien. Au contraire, Russo n’avait pas programmé de sortir un album en solo et le projet a germé à l’improviste, au gré d’échanges avec Curumin. Convié par celui-ci à participer à son dernier album en date, Arrocha, Russo Passapusso s’y était fait remarquer en offrant deux de ses compositions, « Afroxoque » et « Passarinho », que Curumin avait accueilli les bras grands ouverts. Ce sont ces mêmes couleurs que l’on retrouvera sur Paraíso da Miragem. Sans en être étonné car c’est Curumin, accompagné de Lucas Martins et Zé Nigro, qui a produit l’album. Celui-ci a d’ailleurs été enregistré chez Curumin, dans la décontraction bohème de son home studio et n’aurait probablement pas vu le jour sans la camaraderie et la complicité artistique liant Russo et Curumin.

russso

Pour présenter cette nouvelle facette de Russo Passapusso, c’est un parallèle avec Criolo qui s’impose, d’ailleurs l’écoute de l’album l’évoque incontestablement. Comme lui, Russo marque là une rupture en ouvrant son horizon à d’autres styles musicaux sans trahir un ancrage profond dans les cultures urbaines du hip hop ou des sound systems. Et en restant fidèle à leur credo : « keep it real« , à savoir témoigner sans fard des réalités sociales, ce qui dans son cas l’incita à s’installer au cœur de Salvador, dans le Pelourinho, quartier certes touristique mais aussi point de convergence de toutes les périphéries de la ville.

Comme Criolo, Russo mêle le flow et les mélodies, le canto falado et le chant tout simplement. Alors qu’il a enregistré à São Paulo et y a présenté pour la première fois sur scène son album, Russo Passapusso avouait quelque appréhension quant à la réception par le public de Bahia de ses nouvelles chansons car, dit-il, on a l’habitude de l’y entendre chanter en criant alors que sur le disque il ose désormais le falsetto…

Très varié, Paraíso da Miragem passe d’un style à l’autre sans perdre sa cohérence, habité par la voix de Russo Passapusso et la patte de Curumin : rock, reggae, samba… De ce bouquet, « Paraquedas », le premier titre de l’album, lancé il y a quelques mois en téléchargement gratuit sur le site de Natura, mécène de poids de la musique brésilienne, s’impose comme le plus entraînant de tous. Poli d’un lustre vintage, le morceau n’est pas sans rappeler une fameuse dupla de Bahianais, Antônio Carlos & Jocáfi.

Entouré d’invités de choix (Anelis Assumpção, BNegão, Edgard Scandurra, Thalma de Freitas, Rael Primeiro…), Russo ose tout mais a choisi de conclure par le seul morceau rap de l’album, « Autodidata », où il se réclame « filho do Bambaataa« , manière de rendre hommage à celui qui a ouvert le hip hop sur l’universel sans jamais y perdre ses racines.

L’album est en téléchargement gratuit sur le site de l’artiste :

Russo Passapusso, Paraíso da Miragem 2014 (mp3 320)

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