Disques/São Paulo

A Curva da Cintura, África Brasil ! (2/2)

Toumani Diabaté fait partie des rares musiciens à avoir révolutionné la pratique de leur instrument. Griot d’une famille de joueurs de kora depuis soixante-et-onze générations, sans interruption depuis le XIIIe. siècle, il est un héritier qui a approfondi ce patrimoine ancestral en développant une technique originale qui lui permet de jouer simultanément la basse, le rythme et le solo. La moindre de ses apparitions est donc en soi un événement. Sauf que sur celui-ci, A Curva da Cintura, il est en retrait, au service des compositions des deux Brésiliens Edgard Scandurra et Arnaldo Antunes.

A Curva da Cintura

On ne présente plus Arnaldo Antunes, trente ans de carrière, ancien chanteur des Titãs, poète rock, tiers de la triplette merveilleuse qu’il forme avec Marisa Monte et Carlinhos Brown. Sa voix est immédiatement reconnaissable, très grave et agréable mais au registre limité. Edgard Scandurra est lui aussi un rockeur, fondateur notamment du groupe Ultraje a Rigor. Il est par ailleurs un grand amateur de Serge Gainsbourg auquel il a dédié un spectacle composé uniquement de chansons de son répertoire, une passion dont on retrouve d’ailleurs trace ici avec la reprise de « Elisa », traduit en « Meu Cabelo »…

Alors que les musiciens brésiliens à s’intéresser aux musiques africaines, et notamment à l’afrobeat, sont nombreux, comme nous l’évoquions précédemment, on n’a jamais senti semblable attirance chez Arnaldo et Edgard. Mais ils ont rencontré Toumani Diabaté à Rio, en 2010, à l’occasion du festival Back2Black. Toumani les a par la suite invités au Mali, dans son Africa Studio de Bamako pour enregistrer le fruit de leurs échanges.

[youtubehttp://www.youtube.com/watch?v=9XQAxDjCyQo?rel=0]

Leur album A Curva da Cintura est une curieuse réussite : Arnaldo Antunes y fait du Arnaldo Antunes, tel qu’en lui-même. Et Toumani et ses musiciens se plongent avec une facilité déconcertante dans l’univers et les chansons rock des deux amis. Son fils Sidiki également, qui a électrifié sa kora et y a branché une pédale wah-wah. Mais puisqu’un des talents de Toumani Diabaté est de savoir s’ouvrir à l’Autre, on reste avec l’impression que les styles cohabitent ici plus qu’ils n’échangent. Nous ne retrouvons, par exemple, pas la magie de sa rencontre avec Ketama, en 1988, dont les deux albums Songhaï inventaient un flamenco mandingue parfaitement fluide. Non plus celle de sa collaboration avec Roswell Rudd sur Malicool, en 2001, et son invraisemblable version de l’ « Ode à la Joie » de Beethoven.

A Curva da Cintura offre un bel écrin aux chansons d’Arnaldo Antunes et Edgard Scandurra et aura le mérite d’éveiller la curiosité des Brésiliens à la musique mandingue mais si l’on cherche la véritable richesse musicale de Toumani Diabaté, on réécoutera plus volontiers ses New Ancient String ou ses Mandé Variations.

 

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