Bahia/Disques

Les Afrorismes de Gilberto Gil : Refavela

Alors que s’ouvre sur les Afro-Sambas.fr la célébration du soixante-dixième anniversaire de Caetano Veloso, on ne saurait clore l’hommage à Gilberto Gil, devenu lui aussi septuagénaire, le 26 juin dernier, sans l’évoquer à travers une part de son œuvre, un de ses albums. L’homme ne manque pas d’être toujours très occupé mais, comme pour Jorge Ben, dès lors qu’il s’agit d’un hommage, c’est vers une période de sa carrière plus ancienne que l’on se tourne. Choisir un album dans une carrière si longue est chose difficile si l’on se place à l’aune critique mais si on choisit l’angle sentimental, ce sera vite vu. Et c’est Refavela qui servira de biais pour évoquer la démarche et les aspirations de Gilberto Gil.

Gilberto Gil refavela

Sorti en 1977, Refavela est rarement mis en avant parmi les nombreux albums de Gil, il n’est peut-être pas le meilleur de sa riche discographie mais occupe une place très significative dans son œuvre. A cette époque-là, Gil a déjà quinze ans de carrière. Il sortit en effet son premier 45Tours en 1962. Il y eut ensuite, en 1967, la révolution tropicaliste dont il était un des fers de lance, si brillant, avec son ami Caetano Veloso. Deux artistes dérangeants que la dictature militaire emprisonna en 1969 avant de les envoyer en exil à Londres. C’est en 1972 qu’ils purent rentrer au pays et que Gil signait son chef d’œuvre Expresso 2222. Les années suivantes, il sortit principalement des 45Tours jusqu’en 1975 où il lançait le premier volume de sa Trilogie en Re, Refazenda.

Refavela est le deuxième volet de cette trilogie, le troisième Realce. N’en fait pas partie Refestança, l’album en duo avec Rita Lee malgré ce que son titre pourrait laisser croire. Des trois albums de cette trilogie, c’est Realce, sorti en 1979, qui a connu le plius gros succès commercial, notamment parce qu’on y trouve son indémodable et irrésistible tube « Toda Menina Baiana ». C’est là qu’il reprend aussi pour la première fois Bob Marley*, chantant « No Woman No Cry ». Peut-être y devine-t-on aussi les prémices de sa période « Earth Wind », pas la plus heureuse de sa carrière même si, là encore, il balance des tubes hyper-efficaces, « Palco » par exemple, repris encore aujourd’hui en chœur par des salles entières.

Un événement va déclencher le processus de création de Refavela, Gil est invité au 2ème FESTAC, le Festival Mondial d’Art et de Culture Noire qui se déroule en janvier 1977 à Lagos. « L’idée d’enregistrer un nouvel album est venue au Nigéria »**, reconnait-il. Caetano Veloso, également invité du FESTAC, sera lui aussi très inspiré par cet épisode nigérian sur l’album Bicho (1977), le morceau « Two Nairas Fifty Kobos » y faisant directement référence…

Dans le cas de Gil, la plupart des morceaux furent d’ailleurs composés lors du séjour. C’est le cas, par exemple, de « Aqui e Agora », « Refavela » ou « Balafon ». Pour ce dernier, « j’ai rapporté un balafon typique du Golfe de Guinée et j’ai écrit le morceau », raconte-t-il.

Figurent également sur l’album des titres composés un peu plus tôt. « Era Nova », écrit pour Roberto Carlos qui ne l’enregistra finalement jamais, et « Sandra ». Si c’est le nom de sa femme, appelée à la fin du morceau, celui-ci est une évocation à mots couverts du moment où, quelques mois plus tôt, il fut emprisonné dans un sanatorium pour possession de marijuana lors d’une tournée des Doces Barbaros. Quant à « Babá Alapalá », il était retenu pour le film Tenda das Milagres de Nelson Pereira dos Santos, adapté du roman de… Jorge Amado ! Pour prolonger l’hommage rendu ces derniers jours au grand romancier bahianais, belle coïncidence.

Quand le premier volume de la Trilogie en Re, Refazenda était plus « rural », la fazenda, et ancré dans les racines nordestines de son auteur, le suivant est urbain, la favela, et on ne s’étonnera pas, vu le contexte de sa création, qu’il soit, lui, clairement orienté vers le funk et les musiques africaines, ou afro-brésiliennes. « C’était l’époque du mouvement Black Rio, explique Gil, quand le funk commençait ici et j’ai voulu enregistrer ce disque pour rendre compte des afrorismes d’alors, comme pouvaient en être la juju music de « Balafon » et les blocos afro-baianos de « Ilê Aiyê »« .

Patuscada Gil

Portés par une basse qui sonne funk et pas mal de percussions, ce sont ces afrorismes de Gil qui donnent sa couleur à Refavela tout en ouvrant de nouvelles perspectives à sa musique. La relecture du morceau de Camafeu, véritable hymne du bloco Ilê Aiyê, y fait office de manifeste. « Patuscada de Gandhi », en hommage à l’afoxé Filhos de Gandhy auquel est très lié Gil, est un bel exercice pour faire découvrir les instruments de percussion du samba, appelé un par un pour rentrer dans la danse. « Balafon » convie un « vrai » morceau d’Afrique et « Babá Alapalá », dédié aux ancêtres, tourne élastique emmené par une grosse basse alors que Gil chante une boucle entêtante. Dans la vidéo ci-dessous, on retrouve Gil l’interpréter seul avec sa guitare. Et même si ce n’est pas la version de l’album, c’est un témoignage que de le voir en 1977, année de sortie de Refavela.

[youtubehttp://www.youtube.com/watch?v=cXOe-aGxaSY?rel=0]

Outre qu’il est un de mes préférés de sa discographie, Refavela est un des premiers albums de Gil que j’aie acheté, un beau 33Tours trouvé d’occasion, il m’est donc aussi cher pour ce motif sentimental. Sachant Gil assez ouvert sur les problématiques liées au téléchargement, je vous propose de découvrir cet album charnière de sa riche carrière. Il ne s’agit pas d’un vinyl rip, contrairement à ce que l’artificiel découpage par face pourrait laisser croire mais d’une version trouvée sur la Toile, peut-être sur Flabbergasted Vibes

Pour boucler l’hommage des soixante-dix ans à ce grand homme, rien de tel que quelques extraits du meilleur de sa musique. On attendra les quatre-vingt pour en partager d’autres… Axé Gil !

Gilberto Gil, Refavela (1977) (mp3 320 kbps)

Face A :

1. « Refavela »
2. « Ilê Ayê »
3. « Aqui e Agora »
4. « No Norte da Saudade »
5. « Babá Alapalá »

Face B :

6. « Sandra »
7. « Samba do Avião »
8. « Era Nova »
9. « Balafon »
10. « Patuscada de Gandhi »

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* En 2002, Gil consacrera un album entier au répertoire de Bob Marley, Kaya N’Gan Daya
** Les citations sont extraites du texte de Marcelo Fróes sur le site officiel de Gilberto Gil.

 

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