Portrait/São Paulo

Corinthians, de Rivelino à la Libertadores 2012

On sait les musiciens brésiliens assez démonstratifs dans leur attachement au club de football de leur cœur. Ainsi, pendant la moitié de son concert au Cabaret Sauvage, Criolo avait à la main, sur l’épaule ou contre la poitrine, un petit drapeau des Corinthians, historique club de São Paulo. Quelques jours plus tard, en battant Boca Juniors 2 à 0, les Corinthians gagnaient pour la première fois de leur histoire la Copa Libertadores, la grande coupe des clubs d’Amérique du Sud.

Une telle victoire méritait bien un hommage en musique. BiD et Rael da Rima s’en sont chargés en adaptant « Corintiá », un morceau que Gilberto Gil avait justement composé en hommage au club. Cette reprise vient du cœur : ce n’est pas une version destinée à être commercialisée, seulement le geste gracieux de supporters fidèles.

Peut-être suis-je d’humeur footballistique parce que Criolo serrait son fanion, ou parce que Thiago Silva vient de signer au PSG… Toujours est-il que cette victoire en finale de la Copa Libertadores nous offre un nouveau prétexte pour rendre hommage à Gilberto Gil à l’occasion de ses soixante-dix ans. Dans ce morceau « Corintiá », composé en 1993, il y résumait dès la première strophe l’essence même de cette passion : supporter un club est une souffrance consentie. Presque un masochisme.

« Ser Corinthiano
É decidir que todo ano
A gente vai sofrer »

Parfois, on gagne à la fin mais on n’est pas un torcedor pour la victoire. On est derrière son équipe, un point c’est tout, même quand elle perd beaucoup. D’ailleurs, du côté de Marseille, avec la période de disette qui s’annonce, on ferait bien d’en prendre de la graine et réfléchir à ce que signifie soutenir son équipe dans les moments difficiles. Supporter, « c’est décider que toute l’année on va souffrir » !

Ce qui est sûr, c’est que les supporters rennais n’ont pas eu le temps de beaucoup encourager Emerson en 2007. En une saison dans le club breton, l’attaquant brésilien n’a joué que 27 minutes en championnat. De retour au pays, après de nombreux allers-retours vers le Qatar, pays dont il a même pris la nationalité pour jouer avec la sélection nationale (une seule fois), c’est lui qui a marqué le doublé qui donne aux Corinthians la victoire en finale face à Boca Juniors.

Par ce doublé, Márcio Passos de Albuquerque, dit Emerson, est donc entré dans le panthéon des joueurs emblématiques des Corinthians, aux côtés de Socrates, Rivelino ou Ronaldo qui y termina sa carrière (quand il était déjà devenu Gronaldo).

Socrates occupe bien entendu une place à part dans l’histoire du club, outre ses incroyables talents de footballeurs*, en pleine dictature militaire, l’homme (voir l’hommage dans So Foot) a été le principal meneur pour introduire dans le club un mode d’auto-gestion unique dans l’histoire du football, la fameuse « democracia corintiana ».

Rivelino

Quant à Rivelino, la plus célèbre moustache du football brésilien, s’il n’a pas le charisme de son cadet, il est l’inventeur d’un  geste technique que tout grand joueur se doit désormais de posséder dans sa panoplie de dribbles : l’elástico. Ce qu’on appelait banalement à l’époque un double contact, un crochet extérieur-intérieur, est devenu maintenant la virgule, le flip flap en anglais. Mais aussi le ghoraf en arabe, un geste que l’Algérien Salah Assad prétend avoir lui aussi inventé.

Roberto Rivelino précisait avoir appris l’elástico de Sergio Asigo, un coéquipier des Corinthians, et avoir perfectionné le geste. Quoi qu’il en soit, les Ronaldo et Ronaldinho en ont fait un de leurs tours les plus spectaculaires. En voici une illustration par Rivelino en personne, même s’il porte alors le maillot de Fluminense et non celui des Corinthians.

PS : En matière de virgule, Zlatan Ibrahimovic se débrouille aussi pas mal…

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 * Je ne l’ai vu jouer qu’une seul fois, au Parc des Princes, lors d’un match amical France-Brésil où son association avec Zico avait fait des merveilles…

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