Bahia/Disques

OQuadro : mise en abîme ou hors-cadre ?

Après quelques années d’existence, OQuadro a pris le temps de mûrir son premier album lancé il y a quelques jours. Comme Criolo, qui s’apprête à conquérir l’Europe et donner un concert exceptionnel à Paris dans le cadre du festival Paris Hip Hop, le groupe de rap OQuadro joue avec de vrais musiciens. Comme The Roots qui, également, se produira au Zénith dans le cadre de Paris Hip Hop. Mais avoir des musiciens ne fait pas tout. Il manque encore un peu de clarté et de profondeur à OQuadro et des voix suffisamment tranchantes.

OQuadroPourtant, toutes les critiques que j’ai lu jusqu’à présent signalent le remarquable travail sur le son réalisé pour ces débuts sur disque. Car le groupe originaire d’Ilhéus, au sud de l’état de Bahia, a su s’entourer. Au mixage et prise de son, on retrouve Gustavo Lenza, qui avait récemment travaillé sur l’envoûtante Bahia Fantástica de Rodrigo Campos. A la production, le sorcier de la console originaire de Récife, Buguinha Dub. Celui-ci s’est fait connaître en officiant pour  Nação Zumbi et s’est imposé depuis, comme son nom l’indique, en maître du dub. Un dub qu’il a commencé à pratiquer comme Monsieur Jourdain la prose, sans savoir qu’il en faisait, ajoutant des échos et des effets : comme il le reconnaît lui-même, les membres de Nação Zumbi ont commencé à le surnommer « Lee Perry » avant même qu’il sache de qui il s’agissait !

Du dub, pourtant, il n’est pas trop question pour OQuadro. Leurs raps s’appuient plutôt sur une base de guitares nerveuses qui mêlent le fouillis du rock à une volonté de jouer afro comme on se dirige vers un horizon : c’est encore loin.

Quant aux flows, malgré la présence de la teigneuse Lurdez da Luz sur un titre (« Seja Bem Vindo Ao Meu Lar »), ils sont plus braillards qu’acérés. A l’image du chœur viril sur « Valor de X² », un des titres les plus emballants. Mais, même si je trouve l’essai encore brouillon, façon rock garage, j’y reviens. J’écoute, j’écoute à nouveau. Au moins par acquis de conscience, et parce que c’est un peu la méthodologie qu’exige ces chroniques mais il y a quand même plus que ça. Une tension, un élan collectif et une conviction qui ne cherchent pas à rentrer dans un cadre, un quadro, trop formaté.

Ma critique est par avance invalidée : évoquer un groupe de rap sans s’intéresser aux paroles, c’est comme une partie de foot sans ballon. Pauvre de moi qui n’ai pas prêté trop attention à leur verve d’afro-guerriers de la rime alors que c’est peut-être leur meilleure contribution.

Cette lacune admise, ce que je préfère, en fait, c’est la pochette. Après tout, le groupe s’appelle bien LeTableau, non ? Cette illustration est l’œuvre d’Izolag et Anada Nahu, artistes bahianais eux aussi. Ce sont eux qui avaient également signé la pochette d’Aleluia, le nouvel album du groupe de rock bahianais Cascadura. Encore un disque dont je préfère la pochette à la musique. Quant à la mise en abîme que l’on découvre sur la pochette est-elle une façon pour le groupe de s’inscrire dans l’histoire  en dépit de sa musique ?

Encore un album en téléchargement gratuit sur le site officiel du groupe :

OQuadro, OQuadro (2012) (mp3 320kbps)

01. Balançuquadro
02. Evolui (Bem Aventurados)
03. Seja Bem Vindo Ao Meu Lar (avec Lurdez da Luz)
04. Planeta Diário
05. Valor de X2
06. Sapoca Uma De Cem
07. Tropeços/Percalços
08. Fogos de Artificio Para O Precipício À Vista
09. Tá Amarrado
10. O Soco
11. Música Das Músicas

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