Entretiens Originaux/Interviews

Juremir Machado da Silva : de la Patagonie avec Houellebecq au disque caché au fond du tiroir

Sorti en septembre dernier, En Patagonie avec Michel Houellebecq est un carnet de voyage, le récit de quelques jours de vacances entre amis. Son auteur, Juremir Machado da Silva est devenu proche de Houellebecq après avoir traduit en portugais Extension du domaine de la lutte, son premier roman, publié par une petite maison d’édition de Porto Alegre, Sulina. S’il est sociologue, journaliste, professeur, traducteur, etc…, Juremir est avant tout un homme de lettres, un écrivain tout terrain. Outre de ce voyage et de littérature, j’ai quand même voulu le faire parler de musique…

Il est difficile de trouver plus francophile que le Gaúcho Juremir. S’il a déjà publié en français, notamment Le Brésil, pays du présent, chez Desclée de Brouwer, adapté de sa thèse de sociologie, il est regrettable que ses romans ne soient pas encore traduits. Car malgré toutes ses casquettes, c’est à son œuvre littéraire que Juremir est attaché par dessus tout. Juremir écrit tout le temps. On peut discuter autour de lui, il trouvera quand même le moyen d’écrire son article, ce qui est très impressionnant. Il a déjà publié une vingtaine de livres, entre romans et essais.

Je ne vais pas faire semblant : Juremir et sa femme Claudia sont mes amis de vingt ans. Ensemble, nous avons passés nos années de doctorat, entre conversations sans fins, parties de foot du samedi. Quand il est arrivé en France pour faire sa thèse, Juremir avait un sacré bagage. Il enseignait déjà à l’université à Porto Alegre, avait publié plusieurs livres dont une paire de romans. Il était ami avec Edgar Morin et Jean Baudrillard, avait déjà interviewé la plupart des grands penseurs français. En tant que journaliste adepte de la polémique, il s’était également mis à dos la moitié de la ville ! Jamais froid aux yeux, il ne craignait pas de se faire des ennemis, peut-être parce qu’en contre-partie, il a un sens de l’amitié qui dépasse celui du commun des mortels.Cela fait plusieurs années que nous ne nous sommes pas vus, aussi avons-nous fait cette interview en vidéo-conférence le soir où Criolo donnait un concert à Porto Alegre, le 1er novembre 2011. Si nous l’avions enregistré ces derniers jours, nous aurions probablement parlé de Wando. Car si nous avons évoqué ici-même le chanteur brega romantique décédé la semaine dernière, Juremir lui a rendu un bel hommage sur son blog, appréciant que celui-ci soit « brega com sentimento » !

« Morreu o cantor Wando.

Ele era muito brega.
Eu também sou.
A breguice de Wando era o romantismo meloso.
As calcinhas perfumadas distribuídas nos shows.
Assim como as rosas do rei Roberto Carlos.
Pode haver algo mais brega do que ser o “rei”?

Wando era maravilhosamente brega »

Mais nous avons eu cette conversation il y a quelque temps déjà et nous avions convenu qu’elle porte principalement sur Michel Houellebecq et ce fameux voyage en Patagonie. Mais nous avons quand même parlé de musique, y compris d’un disque secret… Un des plaisirs cachés de mon ami. Secret parce que pire que brega

O. C. : Salut Juremir, mais dis-moi, ce soir, tu n’es pas au concert de Criolo ?

Juremir Machado da Silva : Qui ça ?

O. C. : Criolo, tu connais pas ? Je croyais que c’était devenu un phénomène au Brésil. C’est la révélation de l’année. Il est à Porto Alegre ce soir. Il passe à l’Opinião, tu connais la salle ?

Juremir Machado da Silva : Oui, je la connais. C’est ton Criolo que je ne connais pas… Mais il va bientôt y avoir un concert de João Gilberto à Porto Alegre, ce qui est très rare. Et après il y aura aussi Chico Buarque.

O. C. : Chico, c’est plus sûr, parce que João Gilberto, il risque d’annuler au dernier moment.

Juremir Machado da Silva :  Mais, tu vois, pour aller voir Chico Buarque, ça coûte 200 R$, ce qui est le prix normal, et pour aller voir João Gilberto, ça coûte 1000 R$, cinq fois plus (près de 450 euros, ndla !!!) ! João Gilberto, comme il fait très peu de concerts, il peut demander des prix absurdes.

O. C. : Et puis, c’est une légende vivante !

Juremir Machado da Silva : Oui, ce sera peut-être la dernière fois. Mais, pour moi, ça sera la première (le concert a finalement été annulé, comme c’était prévisible, ndla).

O. C. : João Gilberto et Chico Buarque, ce sont tes vieilles références musicales. Depuis que je te connais, tu m’en parles…

Juremir Machado da Silva :  Mais maintenant que tu me parles de ce Criolo, je vais chercher ! Pour savoir qui s’est…

O. C. : Depuis le temps qu’on se connaît, je suis content de voir enfin un de tes livres traduit en français. Car je sais que ce sont tes romans qui te tiennent à cœur et que tu aimerais voir publiés ici. Pour revenir à celui-ci, ce voyage en Patagonie avec Michel Houellebecq ne craignais-tu pas que ça devienne ce que tu appelles un « plan d’indien » ? C’est-à-dire un plan foireux, un truc complètement raté et improbable. Tu n’avais pas peur que le dépaysement et l’isolement fassent ressortir une tension ou une sorte d’incommunicabilité ?

Juremir Machado da Silva :  La maison d’édition m’a envoyé tous les articles qui ont été publiés sur le livre. Je les ai lus et il y en a quelques uns qui disent que c’est moi qui ai entraîné Houellebecq en Patagonie. Mais ce n’est pas vrai, c’est lui qui m’a invité à aller en Patagonie. C’est lui qui avait cette idée. Et quand on échangeait des e-mails pour organiser son voyage à Porto Alegre, il m’a dit, à un moment donné, qu’il fallait que je lui organise un voyage en Patagonie et pour savoir si j’étais partant pour qu’on y aille ensemble. Comme Claudia, ma femme, avait ce rêve d’aller en Patagonie, alors j’ai dit oui. Après, évidemment, on se demandait si ça allait marcher parce que Houellebecq est un peu replié sur lui-même. Est-ce qu’il va bavarder, ouvrir la bouche ou passer tout le temps sans rien dire ? Il y avait cette inquiétude mais l’idée, au départ, était de lui. Moi, j’aime ce type de choses, c’était une occasion intéressante pour être ensemble, discuter, bavarder avec lui, et pour voir la Patagonie. Et ça a marché à la fin. Houellebecq est vraiment différent au quotidien. Je me sentais en me promenant avec lui comme si j’étais avec un copain comme toi. On discutait. Ce n’était pas comme si je promenais avec le grand écrivain, il n’est pas comme ça. C’était comme des copains qui se taquinaient, qui disaient n’importe quoi. C’était très simple. Et il a même commencer par prendre des initiatives. Il disait par exemple, « bon, c’est moi qui me charge d’aller chercher du vin ». Nous sommes même allés acheter des chaussures. J’avais besoin d’acheter une paire de chaussures et lui, ça l’a beaucoup amusé. Nous sommes allés en Patagonie pour briser la glace et c’était chaleureux.  Maintenant, je trouve ça intéressant de voir ce qu’écrivent les journaux : il y a des clichés. Et c’est bien sûr pareil au Brésil. Les choses doivent se passer d’une certaine façon même si ce n’est pas vrai. Donc j’ai appris avec ce livre là, en lisant ce que les journaux ont écrit, que les journalistes français sont exactement comme les Brésiliens. Ils organisent la réalité d’une certaine façon et il faut que ça soit comme ils l’ont imaginé même si c’est le contraire !

O. C. : Mais ça tu ne le découvres pas, tu as vécu en France, tu sais que les clichés sont courants dans la presse.

Juremir Machado da Silva : Il y a par exemple un truc amusant. Je crois que c’est l’AFP qui a commencé ça. Et beaucoup de journaux de certaines villes françaises l’ont répété. C’est l’histoire des pingouins-manchots et des loups de mer-lions de mer. Pour nous, les oiseaux qui existent en Patagonie, ce sont des manchots. Mais j’ai lu qu’en français, on utilisait de plus en plus le même mot pour parler des pingouins et des manchots. C’est-à-dire les manchots, eux, ils peuvent voler. Tandis qu les pingouins qui sont dans le Nord, eux ne volent pas. Donc, nous, ce sont des manchots. Mais dans notre conversation, Houellebecq et moi, principalement à cause de moi, on disait ‘pingouins’. Et j’ai mis ‘pingouin’ dans le texte. Et quand Erwann le traducteur a voulu mettre manchot, je lui ai dit de laisser ‘pingouins’. Et Erwan s’est fait critiquer et a eu des remarques disant qu’il ne s’y connaissait pas en zoologie. Mais ce n’est pas sa faute, c’est moi, parce que dans notre conversation on parlait de pingouin. Et pareil pour le lion de mer. En Patagonie, on utilise les deux mots pour le même animal. Et on a une discussion dans le livre. Je dis : « est-ce que ce sont vraiment des loups de mer ou est-ce que ce sont des lions de mer ? » Et Houellebecq dit : « ce sont des lions de mer ». Et, finalement, j’ai demandé : « est-ce que ce ne sont pas des éléphants de mer ? ». Lui, il me disait, « non ». Mais, donc, on discutait sur les noms utilisés. Ce n’était pas une conversation scientifique. Et je lisais les journaux qui écrivaient : c’est dommage qu’ils aient utilisé improprement pingouins et loups de mer. Il y a même une remarque bizarre. Je ne sais pas si c’était Libération qui écrivait : « ils ont utilisé pingouin et loups de mer et le CNRS n’a même pas sourcillé » ! C’était un bavardage, c’était pas scientifique.

O. C. : Je me rappelle très bien ce passage, ça fait presque deux ans que je l’ai lu,  quand tu m’avais envoyé le manuscrit. Je m’en rappelle. C’était un des plus amusants du livre donc ça ne m’a pas étonné que la presse reprenne les anecdotes et cite les passages où Houellebecq parle du mauvais exemple que donnent les loups de mer et le bon exemple que donnent les pingouins.

Il y a une question que j’ai envie de te poser depuis des années mais tu ne m’as jamais vraiment répondu quand je t’en parlais. Alors qu’on insiste souvent sur la dimension sordide pour évoquer Houellebecq et ses livres, il y a un des aspects de ses romans qui me semble complètement sous-estimé : ils sont drôles ! Il fait partie des auteurs les plus drôles que je connaisse. Et, franchement, il est assez rare de vraiment rire lors d’une lecture. En raison de ton amitié avec Michel Houellebecq, je t’ai demandé plusieurs fois de lui poser la question mais tu ne m’as jamais répondu : rigole-t-il lui même pendant qu’il écrit ? Cherche-t-il à être drôle ? Tu m’as souvent dit que vous rigoliez bien ensemble, qu’il avait de l’humour mais comme romancier, est-ce une dimension de son œuvre à laquelle il est attaché ?

Juremir Machado da Silva : Tu as raison, Houellebecq, c’est quelqu’un qui cherche l’ironie et la satire. Il veut vraiment trouver les mots qui blessent mais, en même temps, qui font rire. Je suis toujours étonné de voir qu’on dit que son écriture était plate. Son but n’est pas d’enjoliver les phrases mais d’être caustique, sarcastique. Il nous a raconté que ça donne beaucoup de travail d’arriver à provoquer cet effet sarcastique. Donc je trouve que c’est un style difficile à construire. Il faut avoir l’inspiration, trouver les mots et il les trouve ! Son but n’est pas de faire des phrases difficiles ou jolies…

O. C. : Mais la question c’est : est-ce qu’il rigole tout seul en écrivant ?

Juremir Machado da Silva : Ca, je ne sais pas. Je crois. Moi, je rigole énormément en lisant Houellebecq. Je trouve ça intelligent, ça fait rigoler. Je trouve ça étonnant quand j’entends qu’il a une mauvaise humeur incroyable, qu’il n’aime rien du tout, qu’il déteste tout le monde. Non ! C’est un mec qui s’amuse énormément. En discutant du monde, il se moque. Il y a eu aussi un journaliste qui a critiqué en disant qu’il s’attendait à beaucoup plus d’informations sur la façon dont Houellebecq travaille, comment il construit les personnages. Mais, pendant ce séjour, je crois qu’il ne voulait pas trop parler de ça.

O. C. : Ben, il était en vacances !

Juremir Machado da Silva : Je crois que ça n’est pas venu. Moi, j’étais là pour faire un livre, je n’étais pas là pour faire des entretiens. On parlait. J’ai simplement raconté ce dont on parlait de façon spontané. On s’amusait, on bavardait, on buvait. Donc je ne posais pas des questions en me disant, « tiens, il me manque ça ». C’est après coup que je me suis dit : tiens, mais, finalement, je peux écrire un livre sur ça.

O. C. : Pour parler de musique. Ce que j’ai remarqué en lisant le livre, c’est que vous aviez un goût en commun. Vous êtes tous les deux admiratifs du style de Charles Trénet.

Juremir Machado da Silva : Moi, j’adore Charles Trénet. Et Houellebecq, il était gentil, vraiment sympathique. Il le chantait pour moi. Mais je ne sais pas s’il aimait vraiment.

O. C. : Parce que Trénet, on voit plus le côté positif, presque premier degré, alors que si Houellebecq est plus cynique, sarcastique… Ou alors il aime ça au second degré, il rigole de tant de naïveté ?

Juremir Machado da Silva : Peut-être… Je sais qu’il connaissait les chansons, les paroles et qu’il les chantait très bien. Et ça m’a beaucoup amusé, ça m’a fait plaisir parce qu’il chantait pour moi des trucs que j’aimais bien. Et moi, j’aime vraiment Charles Trénet. Moi, je suis un paysan, j’aime ce côté nostalgique, la « Douce France », « Que Reste-t-il de nos amours », ces choses-là… Je ne pensais pas que Houellebecq sache chanter des choses comme ça, je pensais qu’il était très sophistiqué. Et ça a animé nos soirées. Des petits concerts de Houellebecq juste pour nous.

O. C. : Il a enregistré des disques, tu sais ?

Juremir Machado da Silva : Oui, mais je n’ai jamais vraiment écouté vraiment, juste un peu sur internet…

O. C. : Bon, j’ai un CD à la maison mais je dois bien dire que je ne l’ai jamais écouté. Et toi, pourrais-tu envisager de faire comme lui, d’enregistrer un disque. Et si c’était le cas, quelle musique choisirais-tu comme accompagnement ?

Juremir Machado da Silva : Ce serait impossible pour moi parce que je chante tellement faux…

O. C. : Mais Houellebecq, il ne chante pas non plus, il dit ses textes sur un fond musical…

Juremir Machado da Silva : Bon… J’aimerais chanter mais c’est tellement faux. Cette année, j’ai fait beaucoup de conférences à propos de mes livres. Souvent elles étaient organisées par des mairies. J’ai fait cinquante-trois villes et à chaque fois, il fallait chanter l’hymne national. Mais là aussi c’était tellement faux que j’ai arrêter de chanter. Même l’hymne national.

O. C. : Je sais que c’est un secret mais j’aimerais que tu me parles de ce disque que tu caches au fond d’un tiroir de ton bureau. On parle beaucoup de musique brésilienne dans nos colonnes et quelques lecteurs en sont de vrais connaisseurs mais je suis sûr que, même parmi les plus incollables d’entre eux, personne ne le connaît.

Juremir Machado da Silva : (rires) José Mendes. Ca fait longtemps que je ne l’ai pas écouté. (Il cherche parmi ses disques à portée de main). Ah, ça s’est important : Charles Trénet. Et ça aussi : Yves Simon.

O. C. : Yves Simon ? Mais ça, tu l’écoutes seulement parce que c’est un de tes amis !

Juremir Machado da Silva : Non, non, j’écoute. Et je trouve ça bien. (Brandissant enfin le CD) Ah, voilà José Mendes. Je vais te faire écouter ça. C’est un chanteur de musique régionale, de la musique gaúcha. C’est, disons, très ringard mais j’aime quand même. Tu entends ? C’est sa chanson la plus célèbre. L’accordéon et la façon de chanter sont typiques de l’Uruguay et d’ici, de cette partie du Brésil. C’est aimé par l’équivalent brésilien des lecteurs de Chasse, Pêche, Nature et Traditions. Très ringard.

O. C. : Il y a un accordéon mais c’est quoi comme style ?

Juremir Machado da Silva : Ca s’appelle de la musica gaúcha ou de la musica gaúchesca. C’est la musique traditionnelle du Rio Grande do Sul.

O. C. : Et même parmi tes amis, il n’y a que toi qui écoute ça ?

Juremir Machado da Silva : Mais bien sûr ! Ils trouvent ça horrible (rires) !

O. C. : Pour en revenir à ton livre, il a été bien accueilli par la critique. Cela t’a-t-il permis de nouer des contacts avec des éditeurs pour faire traduire tes romans puisque je ne pense pas que les Editions du CNRS publie de la littérature ?

Juremir Machado da Silva : Si ça se vend bien peut-être que j’aurai des ouvertures pour publier mes romans. Au niveau de la presse, ça se passe bien. Je crois qu’il y a déjà eu une trentaine d’articles dans les journaux, même si ce n’était des gros papiers mais plutôt des petites notes. Mais il y a eu quelques avis très positifs. Christophe Bourseiller, Le Figaro, Le Point…

O. C. : Et tu es déjà sur d’autres projets ?

Juremir Machado da Silva : Oui, je vais écouter Criolo !


A lire : 
Juremir Machado da Silva, En Patagonie avec Michel Houellebecq, CNRS Editions (2011)


On a beaucoup écrit sur Houellebecq, souvent en quête de scabreux ou de sensationnel. Voici le récit de moments partagés, dans une certaine forme d’intimité, dans un vrai rapport d’amitié. Houellebecq a accepté la publication du texte de Juremir, sans y opposer la moindre correction, sans lui demander de supprimer les passages qui évoquent le mouchoir qui lui sert de doudou. C’est aussi un beau livre sur la littérature à travers ces échanges entre deux écrivains passionnés. Et c’est l’occasion de découvrir le style de Juremir. Pour le connaître, je le retrouve bien là. Et j’en suis d’autant plus impatient de voir ses romans traduits en français.


Vous pouvez également retrouver Juremir Machado da Silva sur son blog hébergé par le Correio do Povo, un des quotidiens de Porto Alegre.

Et voir son incroyable bibliographie sur sa page Wikipédia, déjà une vingtaine de livres publiés.

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