Portrait

Wando : une seule « Nega do Obaluaê » et 17 000 petites culottes

Les hommages à Wando se multiplient dans la presse brésilienne : à soixante-six ans, le chanteur romantique qui vient de mourir, hier, d’une crise cardiaque avait trouvé une place bien particulière dans le cœur de ses compatriotes. Jusqu’à sa mort, j’ignorais son immense popularité. J’en étais resté à deux de ses premières chansons, en 1975, une reprise assez groovy de l’inusable « Na Baixa do Sapateiro » et « Nega do Obaluaê », découverte bien plus tard.

Si j’avais aimé ses débuts assez funky, je n’avais pas réalisé que Vanderley Alves dos Reis, dit Wando, était devenu une telle vedette. Quand j’ai vu les premières annonces de sa mort, je n’ai même pas réalisé qu’il s’agissait du même chanteur. Certes, sa silhouette avait considérablement changé. Il a été emporté par une crise cardiaque car, s’il ne buvait ni ne fumait, Wando avait des problèmes de poids. Son organisme ne pouvait supporter les 110 kg d’un type qui ne faisait pas d’exercice et qui mangeait trop gras et trop de viande… Ah, les dégâts du churrasco !

J’avais découvert sa version de « Na Baixa do Sapateiro » il y a une bonne dizaine d’années car elle figurait sur la compilation Brazil 70’s sortie à cette époque par les Disques Superclasse. Bien entendu, elle était largement outrepassée sur l’album par des morceaux de Tim Maia et Gerson « King » Combo, respectivement « Terapêutica do Grito » et « Swing do Rei ». Mais si inusable que soit le standard d’Ary Barroso, on n’en compte plus les versions superflues, d’où le mérite de Wando d’être parvenu à en faire un truc qui balance bien, inspiré de la vague du samba-rock alors en vogue.

L’année suivante, en 2001, je découvrais sans le savoir un des succès de Wando. Sur leur album Zona e Progresso, Pedro Luis e A Parede reprenaient « Nega do Obaluaê ». C’était même un de mes titres préférés d’un excellent album (album où, pour info, ils chantaient également le « Saudação ao Toco Preto » de Candeia). Je n’avais alors pas fait le rapprochement entre son auteur et l’interprète de la reprise funky d’Ary Barroso. Ce n’est que quelques années plus tard, à l’époque où des blogs de musiques brésiliennes avaient vu le jour et proposaient de vieux albums en téléchargement, que je cherchais trace de Wando et de l’album où figurait sa version de « Na Baixa do Sapateiro ». Je  pensais alors avoir à faire à un obscur chanteur de soul brésilien depuis longtemps relégué à l’anonymat. Et je fus heureux de finalement découvrir cet album de 1975, sobrement intitulé Wando, celui-là même où figurait cette reprise mais aussi ce terrible « Nega do Obaluaê » ! Que je pus donc enfin attribuer à son auteur.

Si le pittoresque du personnage appelle l’ironie, lui rendre hommage trouve tout à fait sa place ici. En effet, le morceau que j’apprécie particulièrement (qui, du coup, me trotte dans la tête depuis hier) et que j’ai choisi pour illustrer sa musique est une référence directe à un orixá. Bien sûr, c’est pour parler d’amour et de l’effet que fait une femme sur le narrateur qu’est faite une telle allusion mais il n’empêche, Obaluaê est un orixá. Celui-ci est également connu sous le nom d’Omulu. Obaluaê étant jeune et fort, Omulu plus âgé et sage. Il s’agit de l’orixá associé au soleil et aux maladies contagieuses (notamment les maladies de peau). C’est pour cette raison qu’il couvre habituellement son visage, déformé par la maladie. Dans la chanson de Wando, c’est donc une adepte d’Obaluaê, cette « Nega do Obaluaê », lui fait tellement tourner la tête qu’il en oublie son saint et son orixá. Je ne suis pas sûr que les puristes apprécient.

« Não sei quem é meu santo forte / Não sei quem é meu orixá »

Wando était donc devenu un chanteur à succès. Dans un registre qui avait fait une croix sur la finesse. Car il était chanteur romantique, célèbre pour ses chansons abordant frontalement ces choses-là. Les histoires d’amour entre hommes et femmes. Le sexe. Il avait même gagné le surnom de « chanteur le plus érotique du Brésil« , ce qui n’est pas rien. Rappeler que ses plus gros tubes s’intitulent « Fogo e Paixão » ou « Obsceno » devrait permettre de se faire une idée assez imagée de son répertoire.

Pour comprendre le déclic qui donnera son style inimitable à sa carrière, il faut évoquer son « morceau de bravoure », un geste dont il ne pourra se défaire jusqu’à la fin et que le public réclamera à chaque concert. Cela commença à l’époque de son album Tenda dos Prazeres, en 1990. Il se coiffa sur scène d’une petite culotte. A chaque artiste son indispensable accessoire, à Screaming Jay Hawkins le cercueil, à Alice Cooper le serpent, et à Wando… la petite culotte. Ce rituel bien établi lui donna une originalité probablement enviée par nombre de ses collègues.

Les culottes, il confessait dernièrement en compter plus de 17 000 dans sa collection ! De toutes tailles, formes et couleurs. Car son public féminin était généreux. Plutôt que de lui envoyer des fleurs, les femmes lui jetaient leur petite culotte. Qu’il se faisait ensuite un honneur d’humer passionnément.

Emporté trop tôt, il n’eut pas le temps de développer le blog qu’il avait lancé, un blog dédié à la petite culotte, Historias de Calcinhas. Véridique ! Il avait l’ambition d’en faire un projet interactif : « ici, je vous vous raconter mes histoires de culottes, et toi ? Tu vas me raconter les tiennes ?« . On en est malheureusement resté à la déclaration d’intention.

Wando était donc une figure, un chanteur romântico-brega, un maître du samba-joia, terme qui désigne le pendant brega du samba. Justement, c’est Gaby Amarantos, la diva du tecnobrega, qui lui a rendu le plus curieux des hommages, avec une déclaration d’une poésie toute expressionniste sinon brega : « cette homme connaissait la valeur d’un café versé dans la culotte » (« Esse homem sabia o valor de um café coado na calcinha »).

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