Disques

Les Disques de 2011

D’accord, proposer une sélection de ses albums préférés de l’année, c’est : 1. arbitraire, 2. paresseux, 3. ça ne vole pas très haut, etc… Ceci posé, comme une année ne se passe heureusement pas sans coups de cœur, je souhaite une fois de plus les partager après les avoir déjà présentés plus en détail tout au long de 2011. Autrement dit, quand on n’aime pas, pas de palmarès ! Or, cette année, quelques albums m’ont beaucoup plu, touché ou fait vibrer.

Etant entendu que cette sélection vaut à un instant T, j’ai, comme l’an dernier, laissé la place à l’inconnu et au changement d’opinion en ne proposant qu’un Top 9 ! Et comme il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, si je devais refaire aujourd’hui cette sélection 2010 (publiée sur L’Elixir du Dr. Funkathus*) elle serait considérablement différente de celle proposée alors !

Il n’y a pas eu cette année un album très largement au-dessus des autres. Il y en a eu deux que j’ai bien du mal à départager et, à vrai dire, je m’en fous un peu. Ce genre d’exercice est déjà suffisamment bêta pour ne pas y rajouter de la mesquinerie. Voilà : il y a deux albums que j’adore plus que les autres. Metá Metá de Kiko Dinucci, Juçara Marçal et Thiago França et Nó Na Orelha de Criolo. Et, hormis, ces deux-là, l’ordre n’a aucune espèce d’importance. Je ne suis pas encore assez maniaque pour tenir compte d’un critère subsidiaire positiviste, le compteur de lectures de mon juke-box virtuel ! Et je précise aussi que ce n’est pas non plus contradictoire que la liste que j’ai proposée à Vibrations soit sensiblement différente de celle-ci. Pour Vibrations, j’avais adopté un point de vue plus objectif, ou vaguement, avec l’idée de relever des albums « qui comptent » sans être trop exclusivement brésilo-centré.

Enfin, chose extraordinaire, sept de mes neuf albums préférés de l’année ont été proposés en téléchargement gratuit (mp3 320 kbps) par leurs auteurs !

1. Kiko Dinucci, Juçara Marçal et Thiago França, Metá Metá (Desmonta)

En trio acoustique, Kiko, Juçara et Thiago ont signé un album fantastique d’une profonde spiritualité, très inspiré par le candomblé et les religions afro-brésiliennes. Ils jouent une musique qui tend vers l’élévation, qui excelle tant dans la détente que dans la tension. Une musique qui passe de ballades tout en apaisement apollinien à des montées hypnotiques évoquant les figures d’orixás dans la fièvre d’un afrobeat réinventé et porté par la voix sublime de Juçara. Essentiel.

Lire : la chronique et un entretien exclusif et la chronique adaptée pour le site de Vibrations…

A télécharger gratuitement sur le site de Kiko ou sur la Musicoteca

et

1. Criolo, Nó Na Orelha (ôLôKo Records)

Si Lucas Santtana est la grande révélation brésilienne en Europe, c’est Criolo qui est la véritable révélation de l’année au Brésil ! Le rappeur de Grajaú, quartier périphérique de la Zona Sul de São Paulo, a signé un album magnifique qui le voit endosser un rôle de chanteur, voire même de crooner ! Grâce à l’appui, le talent et les encouragements de Daniel Ganjaman et Marcelo Cabral, ses producteurs, il a sorti un disque d’une grande variété, brassant le rap avec l’afrobeat, le samba ou le reggae. Bouleversant et toujours à fleur de peau. Et, il faut bien le dire, avec cette mue, il a probablement dû réaliser que sa voix de chanteur est bien meilleure que sa voix de MC !  « Linha de Frente » et « Bogotá » sont aussi parmi mes chansons préférées de 2011.

Lire : la présentation de l’album…

A télécharger gratuitement sur le site de Criolo ou sur la Musicoteca

3. Passo Torto (Kiko Dinucci, Marcelo Cabral, Rodrigo Campos et Romulo Fróes) (YB)

C’est la loi de la survie dans le monde de la musique brésilienne : les musiciens sont dans la nécessité de mener plusieurs projets de front. D’un impératif économique, on ne s’attendrait pas à trouver un tel niveau d’excellence. Ainsi, notre bande de jeunes musiciens paulistes se configure et re-déploie en une multitude de formations à géométrie variable et en albums passionnants. Ensemble ou séparément, on retrouve donc Kiko Dinucci, Marcelo Cabral, Thiago França, Rodrigo Campos, Guilherme Held, ou Romulo Fróes trustant cette sélection de mes albums favoris de 2011. Passo Torto, c’est la rencontre de trois compositeurs qui ont écrit à quatre mains les chansons de ce disque, accompagné d’un formidable contrebassiste qui, de son archet, donne une belle profondeur au son de l’ensemble. Un disque de cordes, uniquement : guitare, cavaquinho et contrebasse. Contrairement à Metá Metá, l’autre disque de Kiko Dinucci sorti  cette année, il n’est plus question ici d’élévation mais de spleen urbain.  De désenchantement plus que de foi. Avec la qualité du son YB, produit par Mauricio Tagliari et mixé par Carlos « Cacá » Lima. Un album dont se détache la chanson « Cidadão », absolument magnifique. Romulo n’a peut-être jamais aussi bien chanté que sur ce titre.

Lire : la chronique de l’album « La Mélancolie à nu »

A télécharger sur le site de Passo Torto ou sur la Musicoteca

4. Seu Jorge, Músicas para Churrasco, Volume 1 (Universal)

Après son album « américain » avec le groupe Almaz, signé sur le label californien Now Again, Seu Jorge est retourné au Brésil et il consacre donc un album, voire même une trilogie, à une institution nationale au Brésil : le barbecue ! Et pour ça, il balance un disque hyper funky où il continue de brailler de sa voix éraillée d’écorché ! La « musique pour barbecue » est-elle fonctionnelle, demandais-je à son propos cet été ? Elle l’est devenue, oui, mais pas pour cuire ma viande : c’est le disque que je fous à fond quand je fais les sols et passe balai et serpillière. Le truc qui donne du cœur à l’ouvrage : « Olé Olé » !!!

Lire la chronique « Le Barbecue de Seu Jorge »

5. Mariana Aydar, Cavaleiro Selvagem Aqui Te Sigo (Universal)

Pour le plus formidable travail d’orchestration de l’année. Entouré de musiciens brillants, le maestro bahianais Letieres Leite (Orkestra Rumpilezz) tisse une toile instrumentale de grande classe.

Lire la chronique

6. Pipo Pegoraro, Taxi Imã(YB)

Pipo Pegoraro - Taxi Imã

L’afrobeat commence à faire naître des vocations au Brésil et le phénomène est récent. C’est sa rythmique élastique qui donne sa cadence au disque de Pipo Pegoraro. Entouré d’une floppée de musiciens, il prend le temps de faire durer les morceaux et y pose sa voix en douceur. Le genre de disque qu’on réécoutera volontiers avec le retour des beaux jours.

Lire la chronique « Ou comment Pipo Pegoraro imagine l’afrobeat tropicaliste »

A télécharger sur la Musicoteca

7. Anelis, Sou Suspeita Estou Sujeita Não Sou Santa (Scubidu Records)

Après avoir fait partie du groupe Dona Zica, Anelis Assumpção se lâche enfin et sort son premier album. Depuis son adolescence, Anelis chante, depuis qu’elle accompagnait sur scène son père, Itamar Assumpção. C’est d’ailleurs avec la voix d’Itamar et une de ses compositions encore inédite que s’ouvre le disque, provoquant une étonnante continuité de l’œuvre familiale avec le fantastique « Mulher Segundo Meu Pai ». Et cet album est une œuvre ambitieuse, longue comme un double-LP, qui la place d’emblée parmi les artistes de sa génération à suivre de près.

Lire la chronique « Ou comment la fille d’Itamar Assumpção s’est fait un prénom »

A télécharger sur la Musicoteca

8. Romulo Fróes, Um Labirinto em Cada Pé (YB)

Romulo Fróes aimerait que l’on oublie parfois sa réputation de penseur de la musique brésilienne actuelle pour que l’on se concentre sur ses disques, pour ne pas que ses analyses pointues fassent de l’ombre à sa musique. Sur cet album produit par Mauricio Tagliari, aucun risque qu’on soit distrait de la musique : les textures sonores sont suffisamment denses avec les guitares de Guilherme Held, le cavaquinho de Rodrigo Campos et le saxophone de Thiago França, et la voix de Romulo a gagné en assurance. Ouf, il peut continuer à être bavard quand il parle de musique, on l’écoutera et le lira toujours avec intérêt, cela ne nous distraira pas de l’essentiel !

Lire la chronique « Comment traverser les murs du labyrinthe »

A télécharger sur son site ou sur la Musicoteca

9. Caçapa, Elefantes na Rua Nova (Garganta Records)

Il fallait un album « difficile » dans la liste, lequel se révélait très vite hypnotique. Un disque instrumental qui va savamment dénicher le psychédélisme au fin fond d’un tradi-moderne idiosyncrasique. C’est tout ça qu’explore les trois violas dinâmicas polyphoniques de Caçapa.

Lire la chronique « Caçapa et la finesse des éléphants »Le site très didactique de Caçapa.

Festoyez bien !

* Plus généraliste mais aussi plus foufou, L’Elixir du Dr. Funkathus n’était pas exclusivement dédié aux musiques brésiliennes même si elles y occupaient déjà une place prépondérante…

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