Bahia/Entretiens Originaux/Interviews/Rio

Lucas Santtana, ou l’art de réinventer cinquante ans de tradition : une interview exclusive

Voici le cadeau de fin d’année réservé à nos lecteurs : une interview inédite de Lucas Santtana. Si nous avons fréquemment dit ici que Criolo est la révélation de l’année au Brésil, de ce côté-ci de l’Atlantique, c’est sans conteste Lucas Santtana qui est la révélation brésilienne de 2011. Qu’il est loin le temps où je pouvais écrire que Lucas Santtana était « le secret le mieux gardé de la musique brésilienne » !

De façon assez paradoxale puisque Sem Nostalgia, l’album qui lui a apporté cette reconnaissance, est sorti au Brésil en 2009 mais dût attendre l’été dernier pour trouver un label, Mais Um Discos, qui le sorte en Europe.

Lucas+Santtana-

Personnellement, Lucas Santtana est un artiste que j’adore depuis l’époque d’Eletro Ben Dodô, son premier album, il y a une dizaine d’années. Je l’avais même fait figurer dans mes dix disques favoris de ce nouveau millénaire : « Manifeste Afro-Tropicaliste du IIIe Millénaire » ! Et quand j’ai projeté de réaliser des interviews exclusives pour la première fois depuis une dizaine d’années, le premier musicien vers qui je me suis tourné était naturellement Lucas Santtana. Par e-mail, il m’avait donné son accord de principe et demandé de lui envoyé mes questions. Il ne s’attendait bien sûr pas à être assailli par une cinquantaine de questions revisitant l’ensemble de sa carrière, aussi me laissa-t-il sans réponse. Il fallut attendre que s’inaugure ma collaboration avec le magazine Vibrations pour que le contact soit renoué. On me demandait un article qui présente la nouvelle génération de musiciens brésiliens en recentrant mon propos sur Lucas Santtana, coup de cœur de la rédaction qui venait de le découvrir, et Seu Jorge. Et libre à moi d’y ajouter quelques noms.

Cette fois-ci, le rendez-vous fut pris par le biais de son attachée de presse en Angleterre. Ne pouvant malheureusement monter sur Paris pour son concert et l’interroger en face-à-face, nous décidâmes d’enregistrer l’interview la veille, le 1er novembre, alors qu’il était encore à Londres. Nous nous sommes retrouvés face-à-face certes, mais par écrans interposés, sur Skype, alors qu’il était dans le hall de son hôtel à siroter un soda. Ce fut un échange détendu et très sympa. Lucas devait être rassuré d’avoir à faire à quelqu’un qui connaissait bien son œuvre et, en même temps, soulagé d’avoir évité de se coltiner le fardeau de répondre par écrit à ma liste immense de questions ! En une demi-heure, nous nous sommes concentrés sur l’essentiel, à savoir son actualité, son dernier album, Sem Nostalgia, où il réinvente brillamment le format voz-violão si important dans la grande histoire de la musique brésilienne. Mais, comme vous devez bien vous en douter, je n’ai pas pu m’empêcher de glisser dans la conversation une ou deux questions sur Eletro Ben Dodô ! Et il m’a même parlé de son futur disque qui devrait sortir début 2012 !

O. C. : Quand on a connu, comme toi, le succès critique dès ses débuts, est-ce une forme de reconnaissance importante à tes yeux de pouvoir tourner en Europe et d’y voir ton album distribué ?

Lucas Santtana : Oui, c’est important de pouvoir jouer en Europe car, que ce ce soit en France, en Allemagne, en Italie ou en Angleterre, il y a un public qui aime beaucoup la musique brésilienne, qui accompagne son histoire. Il y a des gens comme toi qui connaissent ma musique depuis dix ans. Alors c’est pour cette raison que je trouve important de pouvoir venir en Europe, en raison de l’amour des gens pour la musique brésilienne. La musique brésilienne est connue dans le monde entier.

Avec internet, enfin, tout semble plus proche. Il ne faut plus penser le Monde séparément avec le Brésil, l’Europe mais penser le monde comme un seul monde. On parle des langues différentes mais nous avons quand même des langages communs. La musique est une langue universelle. Et, finalement, je n’ai pas tant l’impression de lancer un disque en Europe. Je pense que je suis en train de lancer un disque dans plus de pays, d’atteindre d’autres lieux.

O. C. : C’est peut-être ton disque le plus international, on y trouve plusieurs chansons en anglais, penses-tu que cela le rende peut-être plus accessible ?

Lucas Santtana : Oui, peut-être. Mais quand j’ai fait le disque, qui contient plus de chansons en anglais qu’en portugais, ce n’était pas pensé ou destiné au marché international. C’est une coïncidence…

O. C. : C’est peut-être aussi l’influence d’Arto Lindsay avec qui tu as composé plusieurs titres de l’album ?

Lucas Santtana : Oui, j’ai toujours fait des musiques pour mes disques avec Arto. Alors, cette fois-ci, quand je lui ai dit, « viens, on va écrire des musiques pour nouvel album », il avait déjà deux chansons prêtes en anglais, encore inédites, qui n’avaient jamais été enregistrées. Mais je trouve ça important. Dans tous mes disques, il y a toujours une ou eux chansons en anglais. Et j’aime bien la langue anglaise pour chanter, c’est quelque chose qui se passe naturellement.

lucas-2010-02-24-00101

O. C. : Il est difficile de t’associer à une scène précise tant ta musique est originale et suit sa propre voie… Tu es Bahianais mais tu vis à Rio. A quels artistes cariocas es-tu lié, dans quels lieux vas-tu jouer ? Quelle est l’importance de Rio pour toi ?

Lucas Santtana : Pour moi, Rio a été important parce que, quand j’habitais à Bahia, internet n’existait pas encore. Aussi il était très difficile pour moi d’avoir accès à l’information. Pour que je puisse découvrir Fela Kuti, il avait fallu qu’un ami ramène un LP d’Europe puis qu’il le copie en cassette pour les amis. Vraiment, c’était très difficile d’avoir accès à l’information. Et quand je me suis installé à Rio, j’ai eu accès à beaucoup plus de choses. J’ai pu voir beaucoup de films, trouver beaucoup de disques, découvrir de nouveaux styles musicaux qui n’arrivaient pas jusqu’à Bahia. Pour toutes ces raisons, ça a été important pour moi d’aller vivre à Rio. Parce que c’est un centre culturel du Brésil plus riche.

O. C. : Plus riche que Salvador ?

Lucas Santtana : Salvador possède sa propre richesse et elle est la seule à l’avoir. Mais quand j’y vivais, il était plus difficile d’y assimiler ce qui venait d’ailleurs. C’est différent aujourd’hui. Avec internet, n’importe qui, en n’importe quel point du globe, peut accéder à tout. A mon époque, pendant mon adolescence, ce n’était pas le cas et Rio a été très important.

O. C. : Mais quand je regarde ton agenda de concert, j’ai l’impression que, chaque mois, tu joues dans tous les coins du pays mais assez peu à Rio, que tu ne sembles pas forcément y être attaché à un lieu particulier…

Lucas Santtana : C’est le problème depuis un moment, il n’y a pas assez de lieux où se produire. L’endroit où je joue le moins de tout le Brésil, c’est Rio ! C’est pareil pour beaucoup d’artistes qui vivent à Rio et qui jouent le plus souvent ailleurs qu’à Rio. C’est le même problème. Parce qu’il n’y a pas assez de lieux adaptés et qu’ils ne paient pas bien, alors ça ne vaut pas la peine de s’y produire. Sauf pour les festivals qui sont des événements bien organisés qui paient correctement. Là, une nouvelle salle vient de s’ouvrir, le Studio RJ qui est un bon lieu pour jouer.

O. C. : Peut-être aussi que Rio reste encore très branché sur le samba, et notamment une interprétation assez classique du samba, ta musique étant plus originale et inclassable…

Lucas Santtana : Oui, il y a aussi ce côté-là. Ceux qui font du choro ou du samba peuvent jouer plus facilement à Rio. Mais si tu fais une musique plus originale, un travail d’auteur si je puis dire, tu auras moins de lieux où te produire à Rio. Et aussi, à Rio, tu as aussi ce côté « estival » : les gens vont voir un concert mais, pour eux, c’est aussi l’occasion d’aller boire des coups, draguer les filles. Ils vont au concert mais il y a des choses aussi importantes que le show lui-même. A São Paulo, le show, c’est le show, les gens sortent pour aller au concert, tu vois ! (rires).

O. C. : Sur Sem Nostalgia, tu te confrontes au format voz-violão. Mais tu subvertis la contrainte, en quelque sorte. Les sons de guitares peuvent être samplés, tu joues des percussions sur la caisse… Comme si tu avais voulu casser le format.

Lucas Santtana : Oui. Ce format existe au Brésil depuis au moins cinquante ans. La borne serait João Gilberto, en 1958. Et, en cinquante ans, ce format n’a jamais évolué. Alors que si tu prends un autre format établi comme le power trio dans le rock, à savoir guitare-basse-batterie, c’est le cas. Si, dans cette configuration, tu écoutes un enregistrement des années soixante, puis un enregistrement des années-soixante-dix, et des années quatre-vingt, tu remarqueras que le même format musical s’est transformé avec les années. Parce que sont apparues de nouvelles pédales pour les guitares, de nouveaux sons, de nouveaux micros pour capter différemment le son de la batterie. Et tu trouves des formations guitare-basse-batterie qui ne jouent que du jazz, que du rock… Donc le même groupe d’instruments sert à plein de choses différentes. Mais, au Brésil, les artistes qui ont chanté en s’accompagnant à la guitare n’ont rien changé de cette formule. Alors, j’ai voulu faire un disque de voz-violão mais je voulais y amener quelque chose de nouveau. Je me suis demandé de quelle manière je pourrais y parvenir. Comment faire que ce voz-violão sonne de plusieurs manières différentes. Donc, l’idée c’était de faire un disque de voz-violão mais qui ne sonne pas comme un disque de voz-violão.

O. C. : Te confronter au format voz-violão, c’était peut-être aussi une façon de t’inscrire dans une filiation de Bahianais qui l’ont pratiqué et sont allés poursuivre leur carrière à Rio comme Dorival Caymmi ou João Gilberto ? Surtout que tu considères encore ces artistes comme des influences.

Lucas Santtana : Bien sûr, ils m’ont beaucoup influencé : Caymmi, João Gilberto, Caetano, Gil, Jorge Ben. Et quand je fais le « Super Violão Mash-Up » ou le « Violão de Mario Bros », c’est fait exclusivement à partir de samples des guitares de Jorge Ben, Caymmi, etc… C’est comme de leur rendre hommage mais sans trop les respecter non plus. C’est un hommage à ma façon.

O. C. : J’adore vraiment ton premier album, Eletro Ben Dodô, il est comme un portrait musical de ta ville, de Bahia. Tu y fais référence à toutes les formations du cru : les Muzenza, Timbalada, Olodum, Ilê Ayiê, Apaches do Tororó, etc… C’est un disque qui reflète la musique de Salvador au début des années 2000, quand s’inventait un nouveau langage de percussions et que tu as mis en avant sur ton disque mais c’était quoi l’idée ? Est-ce que c’est parce que tu en étais déjà loin à Rio, que tu en avais la saudade

Lucas Santtana : J’avais conscience qu’il existait une culture de la percussion à Bahia, une culture de la rue. Mais je percevais aussi autre chose. La culture afro y était très intériorisée et j’ai voulu la faire communiquer avec des éléments extérieurs. L’idée de ce disque, c’était que tous les instruments aient une fonction rythmique. La guitare ne fait pas d’harmonie, elle joue une rythmique. La basse fait du rythme, la voix fait du rythme. Comme si tous les instruments étaient de percussions. C’est mon idée de départ. Et l’autre idée, c’était de montrer aux jeunes de Salvador qu’ils pouvaient faire une musique de percussions mais pensée d’une manière plus globale et pas seulement locale.

O. C. : L’an dernier, tu participais au disque de Baiana System. Je parlais justement avec Roberto Barreto il y a deux jours, pendant qu’il était à Copenhague pour le WOMEX. Leur concert a fait un tabac et ils devraient pouvoir faire une petite tournée en Europe l’an prochain. Pour moi, leur projet n’est pas seulement de moderniser un instrument presque tombé en désuétude comme la guitarra baiana mais c’est aussi, comme l’avait fait Eletro Ben Dodô, de moderniser la musique percussive de Bahia, tout en gardant son langage, ses timbaus qui claquent.

Lucas Santtana : Ce que fait Baiana System est excellent. Comme tu le dis, il ne s’agit pas seulement de sortir la guitarra baiana des trio elétricos, il l’amène à la surf music, à la cumbia, vers d’autres univers musicaux. Et aussi il prend ce langage de la percussion, le mêle à l’électronique. Et lui donne une dimension urbaine. Ca cesse d’être une musique folk, ou traditionnelle, pour devenir une musique urbaine. Et c’est ça qui est très intéressant.

O. C. : Il y a une chose étonnante en ce moment au Brésil. Même si la crise du disque y est la même que partout dans le Monde, on a l’impression que les musiciens y vont de l’avant et positivent. C’est incroyable de voir que Kiko Dinucci, Criolo, Romulo Fróes, Baiana System, etc… proposent leurs disques en téléchargement gratuit. Alors, bien sûr, la situation est différente. En Europe, il n’y a pas suffisamment de lieux pour que les artistes puissent se produire régulièrement alors qu’au Brésil, faire connaître sa musique permet d’obtenir une plus grande notoriété et donc de jouer plus souvent. Sans vendre de disques, les artistes peuvent vivre de leur musique. Mais la situation est malgré tout difficile et nécessite de l’imagination pour inventer un nouveau schéma…

Lucas Santtana : Au Brésil, pour les gens de ma génération, pouvoir télécharger la musique a été un truc super important. Parce qu’il y a encore une dizaine d’années, il était encore impossible de faire connaître ta musique par le biais de la radio. Aujourd’hui, on entend plus des gens de ma génération passer à la radio mais il y a dix ans, ce n’était pas le cas. Alors internet était le seul moyen d’atteindre le public et il fallait donc laisser notre musique pour qu’elle soit téléchargée et puisse se disséminer rapidement. Et c’est vrai, du coup, que les disque ne se vendent plus beaucoup mais on gagne notre vie grâce aux concerts, en composant une musique pour un film, et tout ce qu’on peut imaginer de cet ordre-là. Et pour dire vrai, ça valait le coup d’offrir son disque en téléchargement gratuit parce que ça permettait de se faire connaître et, du coup, faire plus de concerts, plus de travail grâce à ce disque. Au Brésil, on vit grâce aux concerts.

O. C. : Il y au aussi des lois, comme la Loi Rouanet, qui incitent les entreprises à pratiquer le mécénat culturel en échange d’exonérations fiscales, mais on entend parfois dire qu’il n’y a que les artistes les plus célèbres qui en profitent.

Lucas Santtana : Non, je ne crois pas que ce soit le cas. Il y a beaucoup d’artistes indépendants qui parviennent à être publiés s’ils obtiennent des subventions. Et il en existe au niveau national, mais aussi régional, municipal. Et si tu obtiens ces subventions, ça t’aide beaucoup. Parce qu’enregistrer un disque coûte cher, ce n’est pas vrai qu’on puisse faire un disque bon marché. Alors ça permet aux artistes de faire des disques de qualité et de payer tout le monde, les musiciens, l’ingénieur du son, le graphiste qui fait la pochette. C’est de l’argent qui circule dans le milieu musical. Après, c’est vrai ce que tu me dis mais uniquement dans le cas du mécénat d’entreprises. Celles-ci ne veulent financer que des artistes qui sont déjà très connus, pour ne pas prendre de risques. Mais il existe plein d’aides possibles.

O. C. : Bon, je t’ai expliqué que Vibrations m’a commandé un article centré sur toi mais où il sera aussi question de quelques autres artistes. Pourrais-tu me dire en quelques mots ce que tu pensent d’eux ? De Seu Jorge pour commencer ?

Lucas Santtana : C’est une des plus belles voix du Brésil, c’est un grand crooner, un grand interprète. C’est un très bon chanteur avec un timbre de voix très spécial. Et aussi un grand acteur, un grand artiste vraiment.

O. C. Et Kiko Dinucci et son trio Metá Metá ? Lucas Santtana : Kiko est un très bon guitariste. J’ai beaucoup aimé Metá Metá parce qu’ils parviennent à retrouver cette sonorité des vinyles, des vieux disques brésiliens. Par les arrangements, les sonorités. C’est un peu comme ça que j’ai conçu Sem Nostalgia, même si c’est plus tourné sur le futur, où que le passé est lié au futur. Metá Metá actualise le passé d’une manière organique.

O. C. : Criolo ? Tu as participé avec lui au disque de Gui Amabis, Memórias Luso-Africanas.

Lucas Santtana : C’est un très bon disque. Il a rassemblé beaucoup de monde. Criolo, Céu, Tulipa, Curumin, et moi. Il est très bon. C’est un travail de samples, presque tout est fait à partir de samples mais ils sont utilisés presque comme si c’était joué, c’est très sophistiqué. Ce n’est pas comme dans le hip-hop où tu as un sample et un beat par-dessus, là, c’est très sophistiqué, c’est accordé. C’est un travail d’artisan avec les samples.

O. C. Et l’album de Criolo ?

Lucas Santtana : Il est très bon. Criolo, ça fait vingt ans qu’il est dans le truc. Et ça n’arrive que maintenant mais c’est bien de voir un type qui n’a jamais renoncé. Et c’est intéressant également parce que les groupes de rap au Brésil ont toujours beaucoup imité les Américains avec les mêmes beats. Là, c’est bien de voir le rap se mélanger avec le samba, la musique brésilienne. C’est quelque chose de salutaire pour le rap brésilien, qu’il ne reste pas à toujours imiter le rap américain.

lucas-2010-02-27-(0043)O. C. : Y a-t-il quelque chose qui t’a frappé en Europe ? Une anecdote ? C’est la première fois que tu viens ?

Lucas Santtana : L’an dernier, je suis déjà venu mais c’était seulement à Lisbonne.

O. C. : Ah, Lisbonne, c’est toujours la porte de l’Europe pour les Brésiliens !

Lucas Santtana : Hier, c’était le premier concert en Angleterre, demain le premier à paris. Ce sont mes débuts ici. Ce que j’ai ressenti ? La première fois que je suis venu en Europe, c’était quand je jouais avec Gilberto Gil, j’avais vingt-trois ans. Je ne connaissais encore rien du Monde et l’Europe me paraissait vraiment très différente. Mais aujourd’hui, je remarque surtout tout ce qu’il y a en commun : les rues, le métro, les boutiques, la nourriture. Chaque lieu a ses caractéristiques, sa personnalité mais même si l’architecture est différente, je ne ressens pas tant de différences dans le monde.

O. C. : Notamment grâce à internet et aux réseaux sociaux, où chacun peut se connecter par centre d’intérêt ?

Lucas Santtana : Exactement, exactement. Et aussi parce qu’il y a beaucoup plus de migrations. De plus en plus, les grandes villes sont cosmopolites et rassemblent des gens venus du monde entier. Le monde se rapproche, et c’est plutôt bien.

O. C. : Je ne pourrai malheureusement pas assister à ton concert parisien mais j’ai compris que tu devais déjà revenir l’an prochain pour faire plus de concerts. J’ai bon espoir de te voir enfin sur scène !

Lucas Santtana : Oui, je vais revenir l’an prochain ! 

O. C. : J’ai cru comprendre que ton prochain album était déjà presque prêt, qu’il était déjà enregistré.

Lucas Santtana : Oui, il est en phase de mixage.

O. C. : Et à quoi va-t-il ressembler, sera-t-il dans une continuité avec Sem Nostalgia ?

Lucas Santtana : C’est un disque qui est très centré sur le groupe, en train de jouer live. Mais il y a aussi beaucoup de samples symphoniques. Parce que quand j’étais adolescent à Bahia, j’écoutais beaucoup de musique classique symphonique. Je suivais cette éducation classique et donc, même si j’écoutais de tout, il y avait beaucoup de musique symphonique. Et ça a beaucoup influencé ce que je fais. Mes quatre disques sont tous très différents entre eux. Mais ils ont tous une chose en commun qui est la recherche de textures musicales. Tous mes disques sont composés de chansons mais leurs arrangements recherchent des textures de sons superposés, des textures particulières. Et c’est quelque chose que l’on retrouve dans la musique symphonique. En raison de la variété des instruments de l’orchestre, chaque combinaison produit une texture particulière, différente. Puis, j’ai arrêté d’écouter du classique pendant longtemps. J’y suis revenu l’an dernier et ça a beaucoup influencé le prochain album.

O. C. : Mais ce sera à partir de samples ?

Lucas Santtana : Oui, ça va être samplé mais certains sons seront joués.

O. C. : Parce que les samples, c’est moins cher que d’avoir un orchestre ?

Lucas Santtana : Tu m’étonnes ! Un orchestre ? Ca, c’est impossible (rires) !

Un grand merci à Lucas pour cet échange. Sem Nostalgia figure parmi les meilleurs albums de l’année pour de nombreuses publications. Cela lui permettra, pour son retour l’an prochain, d’avoir  plus de dates de concert. Personnellement, après qu’il l’ait invité dans son émission sur la BBC, je caresse l’espoir qu’il soit programmé par Gilles Peterson dans le Worldwide Festival qui se déroule à Sète. Autant dire à deux pas. D’ici là, vous pourrez découvrir prochainement une interview de Lewis Hamilton, alias Mais Um Gringo, le jeune Anglais qui a fondé le label Mais Um Discos qui a sorti Sem Nostalgia en Europe. Et j’apprends à l’instant que le cinquième album de Lucas sortira en mars et s’appelle O Deus.

Une réflexion sur “Lucas Santtana, ou l’art de réinventer cinquante ans de tradition : une interview exclusive

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s