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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Marisa Monte…

 Désolé pour le racolage grossier d’un tel titre, je n’ai en fait aucune révélation à faire sur Marisa Monte, aucune indiscrétion à révéler. C’est uniquement le titre de son album, O Que Você Quer Saber de Verdade (Ce Que Tu Veux Vraiment Savoir) qui m’évoque cette formule aguicheuse. Un album de Marisa Monte est toujours un événement car elle est toujours particulièrement rare. Cela faisait déjà cinq ans qu’on attendait une suite au diptyque Universo ao meu Redor et Infinito Particular, tous deux sortis en 2006, une durée habituelle pour celle qui a toujours beaucoup espacé ses albums.

Avec le recul, on mesure la place qu’occupe Marisa Monte dans l’histoire de la musique brésilienne. Au début des années quatre-vingt-dix, c’est elle qui a insufflé un nouvel élan à la MPB. Elle en a d’emblée été sa diva et sa princesse, tant elle a une prestance toute aristocratique. La carrière de Marisa Monte ressemble à un sans-faute. Aucune trace de la moindre vulgarité, une élégance si indéfectible qu’elle en est presque énervante.

Faut-il rappeler combien Marisa avait, sur ses deux premiers albums en studio, Mais en 1991 et Verde, Anil, Amarelo, Cor-de-Rosa e Carvão en 1994, mis la barre très haut. Ces deux albums sont justement ceux qui ont renouvelé une MPB alors en berne, à la fois l’enracinant dans le samba et l’ouvrant sur l’extérieur. A ses côtés, on trouvait alors des figures d’une certaine avant-garde new-yorkaise tels Arto Lindsay, Marc Ribot ou Laurie Anderson. Pendant vingt ans, le parcours de Marisa Monte a incarné ce délicat équilibre entre exigence et accessibilité, entre pop et samba. Avec ses chansons sans concessions, elle a trouvé le succès et vendu neuf millions d’albums.

Parce qu’elle est rare, on attend toujours beaucoup de ses albums. Alors quand on découvre O Que Você Quer Saber de Verdade, on commence par se dire en écoutant le premier morceau que rien n’a changé. On retrouve la sophistication orchestrale, cette voix claire qui semble ne jamais forcer même quand elle monte le ton… Ce premier morceau est illustré par le clip.

Elle enchaîne, sur la deuxième piste du disque, par une reprise de Jorge Ben. Comme souvent. On retrouve décidément Marisa comme on l’aime. Cette fois-ci, c’est « Descalço no Parque » qui se voit transfiguré. Le morceau de 1964 qui figure sur l’album Ben é Samba Bom est considérablement ralenti mais, une fois encore, magnifié.

C’est après que ça se gâte. Pourtant, sur l’album, on retrouve ce partenariat avec Arnaldo Antunes et Carlinhos Brown dans l’écriture des chansons, partenariat qui a déjà accouché de tant de perles. Ce noyau tribaliste s’est imposé au cœur du travail de Marisa depuis l’époque de l’album Memórias, Crônicas e Declarações de Amor, il y aune dizaine d’années. Ensemble, le rockeur pauliste, le percussionniste 100 000 volts bahianais et la diva carioque ont inventé leur propre langage. Mais ce qu’on devinait déjà s’est révélé évident sur le DVD des Tribalistas. Que ce soit dans l’écriture des morceaux ou en studio, c’est Marisa la chef. C’est elle qui commande et qui dirige ses deux compères bonne patte. De cette triplette magique, ressortent encore quelques titres sur ce nouvel album. Dont « Verdade, uma Ilusão », interprété l’an dernier par Brown sur son album Diminuto. Un titre qui aurait pu figurer sur un précédent album de Marisa ou sur celui des Tribalistas mais proposé dans une version pas franchement inoubliable.

Autre fidèle toujours là au côté de Marisa, déjà présent à la périphérie des Tribalistas, Dadi. L’ancien bassiste du groupe (post-Novos Baianos) A Cor do Som et de Jorge Ben est, paraît-il, un voisin de Marisa. Ce qui donne ce caractère intime à sa participation. Il est toujours là pour composer, produire ou, plus modestement, prendre un instrument quand il le faut, combler un vide et, surtout, pour conseiller. Car Dadi a l’oreille de la star. André Carvalho, son fils, est aussi de la partie. Il signe l’hyper-marisamontesque « Nada Tudo », tout à fait dans la lignée de ce qu’elle a pu chanter sur ses précédents albums…

Je ne sais pas si Marisa compose, comme Duke Ellington, en ayant à l’esprit la « couleur » de ses invités mais savoir s’entourer est une qualité qui confine chez elle au talent. Sur O Que Você Quer Saber de Verdade, on croise ainsi les incontournables Pupilo, Dengue et Lucio Maia de Nação Zumbi ainsi qu’une ouverture sur la nouvelle génération de musiciens brésiliens puisque, outre André Carvalho et sa daddy-connection, on trouve parmi les participants à l’album Rodrigo Amarante (Los Hermanos) et Marcelo Jeneci. Et puisque Marisa Monte a toujours été ouverte sur les Etats-Unis, les arrangements de cordes sont signés du brillant Californien Miguel Atwood-Ferguson et du maestro argentin Gustavo Santaolalla.

Sur le papier, cette dernière production de Marisa Monte a tout pour être de la trempe de ses précédents albums. Pourquoi, à l’arrivée, notre impression est-elle mitigée ? En reprenant la chronologie de lancement de l’album, on se souvient qu’un premier clip venait anticiper sa sortie, histoire de nous mettre l’eau à la bouche. Raté. « Ainda Bem », avec ses images en noir et blanc et les tenues de soirées de Marisa et Anderson Silva voulaient jouer la carte chic mais ne dépassait pas une ambiance de mariachi de pacotille. Cette dérive brega n’a pas manqué d’être sévèrement épinglée par Thierry de BossaNovaBrasil car, dit-il, « qui aime bien châtie bien« . Le pire est toutefois atteint avec « Depois » quand Marisa ose un slow sirupeux absolument épouvantable.

Accusée, qu’avez-vous à répondre à cela ? : « je suis une chanteuse très liée à la tradition de la chanson et du chant. J’aime qu’une chanson ait un refrain, une première partie, une seconde partie. J’aime beaucoup la mélodie. Le lien entre le chant et l’amour est ancestral. Depuis les oiseaux qui chantent quand ils veulent attirer un partenaire. C’est une chose naturelle. Et, en vérité, ma préoccupation quand je chante l’amour est de parler de l’amour d’une forme contemporaine » (explique-t-elle à Adriana Calcanhotto sur son site).

Autre regret : nulle trace de samba. Alors que Marisa a toujours pratiqué la collecte de titres inédits auprès des sambistes de la vieille école, pour satisfaire son goût pour le rétro, c’est cette fois-ci un tango rendu célèbre par Dalva de Oliveira qu’elle exhume, « Lencinho Querido (El Panuelito) ». Et du fil, elle a basculé. Perdu cet équilibre qui la voyait interpréter des thèmes romantiques sans jamais tomber dans le pathos.

Le problème quand on est déçu par un album de Marisa Monte, c’est qu’on sera obligé d’attendre longtemps, des années, le suivant. De quoi, remettre celui-ci sur la platine pour essayer d’en épuiser les réussites…

Plus d’infos sur le site officiel de Marisa Monte, y compris (comme à son habitude) les accords pour jouer les morceaux, des conversations au sujet de l’album avec Adriana  Calcanhotto, Hermano Vianna…

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