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« Cara Palavra », ou comment faire rocker la casbah selon Karina Buhr !

 Il faut un certain culot pour tourner son clip au milieu de la foule d’un souk marocain, la tête voilée d’un foulard mais le corps agité de soubresauts comme une rockeuse hystérique balançant des coups de tatanes dans le vide. De culot, Karina Buhr n’en manque pas. Elle a improvisé le tournage du premier clip de son deuxième album Longe de Onde, lors d’un séjour à Casablanca. Des images fortes et une musique énervée : avec « Cara Palavra », Karina Buhr vient de réussir son « Rock The Casbah »…

De Récife à São Paulo, Karina Buhr se trouve depuis quinze ans au cœur des effervescences artistiques brésiliennes. A Récife, elle a participé à l’explosion du mangue-beat, elle y a collaboré avec les groupes Bonsucesso Samba Clube ou Eddie, a chanté pour DJ Dolores. Elle a également eu une révélation  pour le maracatu, découvert tardivement, mais s’est alors mise à voyager dans l’intérieur du Pernambouc en compagnie de Siba et Helder Vasconcelos, membres de Mestre Ambrosio, pour y creuser vers les racines. Elle a joué avec les « nations » de maracatu Piaba de Ouro et Estrela Brilhante, avant de fonder le groupe féminin Comadre Fulozinha. Une formation demeurée emblématique qui s’attaquait au répertoire régional des cirandas et autres cocos, où les voix s’appuyaient principalement sur les percussions. Puis, en s’installant à São Paulo, elle a répondu à l’invitation de José Celso Martinez Corrêa, le fameux Zé Celso, et a intégré plusieurs années durant à la compagnie Teatro Oficina, compagnie qu’il a lui-même fondée. Tout en lançant sa carrière solo. Déjà un sacré parcours.

Karina Buhr est aussi celle qui est en train de dévergonder la douce Teresa Cristina et lui donne envie de renouer avec ses premières amours rock, alors qu’elle a construit toute sa carrière en faisant redécouvrir le samba à ses jeunes compatriotes. Elles ne savent pas encore si leur collaboration deviendra un album ou un spectacle mais l’anecdote en dit long. Karina Buhr est convaincante et elle est la plus rock de sa génération de chanteuses. Doit-on y voir une rupture avec la musique de ses débuts ? Non, elle dit aimer « le rock’n’roll avec basse, batterie et guitare et le coco seulement avec percussions et voix !« .

Longe de Onde est plus rock que coco. Dans une interview accordée à Márcio Bulk pour son excellent blog Banda Desenhada, une interview comme d’habitude longue et passionnante, elle était interrogée sur le risque que son clip soit accusé de recycler les éternels clichés sur le monde arabe. Nous sommes pourtant loin des préjugés de la novela O Clone, diffusée il y a une dizaine d’années, et qui accumulait les poncifs à la tonne. Il faut au contraire un vrai courage pour se prêter au jeu dans ces conditions.

« S’il y a bien une chose que le clip n’est pas, c’est cliché. Sauf en le regardant avec mauvaise foi. Quand on l’a fait, on a fait très attention mais, même comme ça, on savait qu’il y aurait toujours quelqu’un pour trouver ça cliché. On est allé jouer au Roskilde Festival, au Danemark, et au retour, on a décidé de s’arrêter et prendre une semaine à Casablanca. Nous avions l’impression que ce lieu avait beaucoup à voir avec l’idée de l’album et, particulièrement, de « Cada Palavra ». Et si nous avions tourné au Danemark ? Est-ce que ça aurait posé un problème ? Là, ça ne sonnerait pas comme des préjugés ? On était là, au Maroc, on se baladait avec les mêmes vêtements que tout le monde, on ne fantasmait pas. C’est une question d’attention et de respect, de ne pas vouloir établir une séparation« .

Mais les fantasmes de la presse, eux, sont bel et bien figés. « Tu devais bien t’y attendre« , lui demandait Márcio ? « A ma façon, j’ai voulu questionner l’idée de l’Occident normal et l’Orient exotique, répondait-elle. Le problème, c’est que des reportages ont été publiés où on me traitait de « kamikaze »,  de mulher bomba. Kamikaze ?! Tout ça parce que j’avais un voile sur les cheveux. Ils trouvaient que ça faisait déguisement ! Ali Baba et les quarante voleurs ! Aladdin et la lanterne magique ! Et ce clip n’a rien à voir avec l’Irak ! Il y a beaucoup de gens qui se sont embarqués dans ce cliché jusqu’à affirmer que j’étais en burqa ! Il se trouve que j’ai porté ce voile plusieurs fois pour me promener en ville. Et ce genre de remarques me rend tellement dingue que j’ai arrêté de lire ce qui était écrit sur moi. Tu n’as aucun contrôle là-dessus et tu vas te retrouver avec des jugements débiles qui réduisent ton travail à tout ça« .

S’arrêter à ça serait effectivement stupide, qu’elle ait fait une provocation de ce maquillage outrancier et de ce foulard, c’est indéniable, mais le symbole est pourtant clair : ce voile, elle l’arrache ! Et ce serait aussi dommage de passer à côté du joli raffut de guitares, œuvre d’Edgard Scandurra et Fernando Catatau. Et sur le souk, entre indifférence et tolérance, personne ne bronche pour demander à cette foldingue de se calmer…

L’album est en téléchargement gratuit (un peu chiche : un petit mp3 160 kbps !) :

Karina Buhr, Longe de Onde (2011) @ Musicoteca

01. Carapalavra
02. A Pessoa Morre
03. Não me Ame Tanto
04. Guitarristas de Copacabana
05. Sem Fazer Idéia
06. Para Ser Romântica
07. Cadáver
08. The War’s Dancing Floor
09. Copo de Veneno
10. Amor Branco
11. Não Precisa Me Procurar

Toutes les citations sont extraites de « Agitando a Casbah », l’interview de Karina Buhr par Márcio Bulk pour Banda Desenhada

Le site de Karina Buhr…

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