Bahia/Disques

Riachão et ses invités : Humaneochum

Il y a une dizaine d’années, les producteurs Paquito et Jota Velloso ont décidé de rendre hommage à deux sambistes légendaires de Bahia en permettant à chacun d’enregistrer un disque qui revisite son répertoire entouré d’invités prestigieux. Batatinha participa à l’enregistrement de Diplomacia, sorti en 1998, mais ne vécut pas assez pour fêter sa sortie. Deux ans plus tard, c’était au tour de Riachão de se voir célébrer par un nouvel album, Humaneochum. L’idée était toujours la même, permettre à Riachão de réenregistrer ses morceaux les plus emblématiques dans de bonnes conditions et accompagnés d’invités de renom pour les interpréter en sa compagnie… La mort de Batatinha leur a-t-elle fait accélérer les choses, histoire que la sortie de celui-ci ne soit pas posthume, je l’ignore ? Il n’aurait plus manquer qu’un album avec Ederaldo Gentil pour clore la trilogie mais hélas les troubles de santé de ce dernier rende le projet impossible*.

Ces deux enregistrements sont de très beaux disques et on peut difficilement imaginer deux personnalités aussi opposées que celles de Batatinha et Riachão. Batatinha, c’est une douceur mélancolique sans pareille, l’élégance d’un sourire pour cacher les peines. Riachão, à l’inverse, est intenable. Rien ne semble pouvoir contrarier sa bonne humeur. Comme pour Batatinha, c’est très certainement un masque social mais son entrain inusable m’en fait douter. Il est peut-être comme ça au naturel, sans se forcer. Toujours à faire le pitre et sautillant. Ce doit être usant pour l’entourage proche mais c’est ce tempérament joyeux qui a fait sa légende. Plus encore que son répertoire.

Parce qu’il a eu quatre-vingt-dix ans hier, et après l’avoir présenté pour l’occasion, aujourd’hui nous partageons sa musique en présentant Humaneochum. Un album où figurent bien sûr ses plus grands succès et où il les interprète accompagné d’une distribution de choix, comme il n’en probablement jamais vu… Y participent, en effet, Caetano Veloso, Tom Zé, Roque Ferreira ou Carlinhos Brown. Pour eux, par leur présence, il lui rendent hommage et saluent son importance.

L’album est long, dure une heure et rassemble 19 titres. Le premier invité que l’on croise est Caetano. On sait bien que le samba n’a jamais été le style où il se sent le plus à l’aise. Sur la version de « Vai Morar com o Diabo » en duo, on sent qu’il court après le débit mais s’en sort ma foi pas si mal. Mais c’est à Tom Zé d’interpréter « Cada Macaco no seu Galho », le titre le plus connu de Riachão parce que deux fois enregistrés par Caetano et Gilberto Gil.

Un des pics de l’album est le duo avec Carlinhos Brown sur « Pitada de Tabaco ». Ces deux-là se sont trouvés pour faire une belle foire et chanter en chœur, avec trombone et accords de guitare glissés. Mais tout seul, il se débrouille très bien. Son « Portrait de Bahia », « Retrato da Bahia », est une véritable carte postale. Les restaurants locaux auraient dû financer son enregistrement tant sa manière de vanter la cuisine locale au goût de dendê fait saliver : « cozinha gostosa de dendê, acarajé ô ô ô » ! Ailleurs, c’est en version choro qu’il loue les talents festifs du Brésilien, genre y’en a pas deux comme lui pour faire la fête et ambiancer, son « Choro n°1 » est effectivement très enlevé.J’ai découvert cet album à Salvador en 2002, de la même manière que j’y avais découvert le Diplomaciade Batatinha quelques années plus tôt. Tout simplement, chez les amies qui m’accueillent là-bas.Les quatre-vingt-dix ans de Riachão méritaient bien cet hommage en guise de partage.

Riachão, Humaneochum (2000) (mp3 320 kbps)

01. « É vai, Riachão ! »
02. « Camisa Molhada »
03. « Cantina da Lua »
04. « Retrato da Bahia »
05. « Vá Morar com o Diabo » (avec Caetano Veloso)
06. « Cartinha »
07.  » Os Bichos : Baleia da Sé / Tartaruga 70″
08. « Bochecha Grande »
09. « Vida da Semana »
10. « Choro n°1 » (avec Armandinho, mandoline)
11. « Quem é o Dono dessa Mulher » (avec Roque Ferreira)
12. « Humaneochum »
13. « Somente Ela » (avec Paquito et J. Velloso)
14. « Camisinha »
15. « Pitada de Tabaco » (avec Carlinhos Brown)
16. « Pot-Pourri São Joanino : Bochechuda / Papuda / Vamos Pular, Gente ! »
17. « Cada Macaco no seu Galho » (avec Tom Zé)
18. « Não Fale Comigo Agora »
19. « Até Amanhã » (avec Dona Ivone Lara)

____________________________________

* Comme nous l’avions signalé il y a quelque temps lors d’un article consacré à Ederaldo, son vieux complice Edil Pacheco avait bien organisé Perolas Negras, un album hommage reposant sur le même principe où des invités prestigieux venaient interpréter ses compositions. S’il est triste que lui-même n’ait pu y participer, il est également regrettable que le son de l’album soit aussi toc. Surtout comparé aux albums de Paquito et J. Velloso pour Batatinha et Riachão…

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s