Ao Vivo/Rio

Hamilton de Hollanda et André Mehmari aux Mandolines de Lunel

A Montpellier, vous êtes pris entre deux feux. A équidistance de chacun. D’un côté vers l’Ouest, vous avez le muscat de Frontignan. De l’autre, vers l’Est, le muscat de Lunel. S’il y a plusieurs capitales du muscat, il n’y en a qu’une seule de la mandoline. En créant son festival Les Mandolines de Lunel, la ville a choisi une manière originale de s’inscrire sur la carte du monde. Et même plus : de devenir une capitale mondiale ! Pour à sa huitième édition, déjà, le festival met cette année à l’honneur ses deux parrains : Mike Marshall et Hamilton de Holanda. D’ailleurs, comment imaginer un festival dédié à la mandoline sans la présence indispensable chaque année d’Hamilton…

Je m’y rends donc pour la soirée brésilienne. Jeudi 27 octobre. Elle a lieu à a salle Georges Brassens et les « têtes chenues » forment la grosse majorité du public. En première partie, Elisa Meyer e Choro das 3. En vedette, Hamilton de Holanda et André Mehmari qui viennent interpréter leur album GismontiPascoal.

Dans la musique brésilienne, s’il est un style où la mandoline, le bandolim, occupe une place centrale, c’est bien le choro. Musique des « années folles », née à la fin du XIXe en ajoutant des syncopes aux danses européennes, polkas et valses en tête, le choro est le ferment de l’identité musicale brésilienne. C’est aussi une musique populaire érudite où l’approximation n’est pas admise, exigeant la virtuosité instrumentale de ses interprètes. Laquelle virtuosité s’exprime notamment par la vélocité, sur des accélérations stupéfiantes, quelque peu agonistiques que les bords.

Elisa Meyer e Choro das 3, c’est une histoire de famille. Trois sœurs : Elisa à la mandoline, l’aînée Corina à la flûte et Lia à la guitare 7 cordes. Sans oublier le père Eduardo au pandeiro. Les jeunes filles ne prétendent à rien d’autre que faire vivre le répertoire classique du choro, glissant quelques compositions d’Elisa entre leurs interprétations de Jacob do Bandolim, Luperce Miranda, Pixinguinha ou Ary Barroso. A seulement dix-sept ans, Elisa Meyer est une virtuose en devenir. Quand Maria Gadú, qui vient de sortir un double-album live avec Caetano Veloso, composait à dix ans une bluette bien de son âge, « Shimbalaiê », aujourd’hui un tube, à neuf ans, Elisa composait, elle, une polka, « Bolinha de Gude ». Si le titre, « Jeu de billes », évoque l’enfance et que la brièveté du thème trahit le jeune âge de son auteur, il dit aussi que même gamine, la petite Elisa avait des préoccupations qui n’étaient déjà pas tout à fait celles des enfants de son âge.

Charmante attention, Elisa et sa sœur Corina ont pris la peine d’écrire un texte en français qui présente les thèmes interprétés, et donnent quelques indications sur le choro. A la fin de chaque morceau morceau, en réponse aux applaudissements, Elisa ne pouvait s’empêcher, après avoir dit « merci », de partir d’un petit rire de souris timide. Un tic qui s’imposait bien comme un bien involontaire comique de répétition.

En raison de leur jeune âge, il semble évident qu’Elisa Meyer et ses sœurs soient promises à un bel avenir. Et si les jalousies viennent déchirer la formation, après tout entre sœurs !, Elisa devrait vite pouvoir voler de ses propres ailes.

Passée cette entraînante première partie et la légèreté du choro, l’affiche était bien évidemment le concert de Hamilton de Holanda et André Mehmari. Cela fait déjà longtemps qu’Hamilton a dépassé le seul cadre du choro pour développer les possibilités de la mandoline. Pour élargir sa palette, il a ajouté une cinquième double corde à son instrument. Certes, la mandoline appartient à la catégorie des instruments modestes, il fait néanmoins partie de ces musiciens d’exception qui révolutionnent l’approche de leur instrument, inventant un champ des possibles inouï. André Mehmari est lui aussi un virtuose, de la même trempe. S’il lui est bien impossible de révolutionner le piano, il est au moins aussi à l’aise dans le classique que le jazz, aussi à l’aise dans l’interprétation que l’improvisation.

Ensemble, ces deux musiciens d’exception ont choisi de revisiter en duo quelques pièces du répertoire d’Egberto Gismonti et Hermeto Pascoal, y ajoutant quelques unes de leurs compositions inspirées par l’univers de ces géants. Egberto et Hermeto ? Probablement, dans le jazz, les deux compositeurs brésiliens vivants les plus importants. Après qu’Hamilton se soit lui aussi confronté au classique en composant la Sinfonia Monumental, et après l’avoir joué et enregistré avec orchestre, on peut imaginer que le duo fasse office de salubre cure en voie d’essentiel.

De la virtuosité, on allait en trouver, bien sûr, mais on se tromperait en la soulignant. Non, ce qu’on découvrait hier soir, c’était deux musiciens dont le jeu se mettait au service des œuvres interprétées. Sans esbrouffe, simplement avec la jouissance et le plaisir que leur procure la musique. Et, ceci dit, je n’ai plus rien à en dire tant il est peu courant d’écouter des musiciens de ce niveau. Bouche bée, emporté.

 

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