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Gaby Amarantos et sa tecnobrega, ou comment la tempête « Xirley » va frapper tout le Brésil !

 Avis aux personnes de bon goût : autant passer votre chemin tout de suite, abandonnez toute velléité de comprendre ce qui va suivre. Gaby Amarantos est dans la place, attention la tornade ! Elle arrive de Belém du Pará et s’apprête à mettre tout le Brésil à ses pieds avec sa tecnobrega incendiaire. Le vulgaire, elle l’assume et le revendique parce que c’est ainsi qu’a toujours été stigmatisée la musique dont elle se réclame.

Gaby Amarantos a déjà été surnommée la « Musa do Tecnobrega », la « Diva da Tecnomelody », voire la « Beyoncé du Pará » ! Derrière ces diverses appellations, tecnobrega, tecnomelody, une seule et même source, la musique brega, dans ses développements contemporains. A l’origine, la musique brega, apparue dans les années soixante-dix, ne désigne pas un style particulier mais les chansons romantiques qu’affectionnaient les couches populaires. S’il est fréquent que le nom d’un style musical vienne « du dehors », qu’il soit par exemple inventé par un journaliste, le terme « brega » (ringard, vulgaire, grossier) a carrément été choisi par ceux qui se moquaient des goûts de leurs domestiques, des favelados, en gros des pauvres, le public de cette musique, tous ceux qui étaient touchés par ces chansons à l’eau de rose. Depuis une dizaine d’années, c’est à Belém que l’on assume pleinement la dimension péjorative de la brega et qu’on se l’approprie pour fusionner différents styles locaux (carimbó, lambada, etc…) ou caribéens en les combinant à l’électronique pour lancer la tecnobrega.

A vrai dire, sociologiquement parlant, on retrouve dans le phénomène brega tous les éléments propres à (presque) n’importe quel style de musique populaire : la stigmatisation initiale, l’émergence au sein d’un microcosme relativement fermé, l’attrait qu’elle fait naître auprès du public des classes moyennes qui ne rêve que de s’éclater dans une ambiance canaille, et ce mouvement de la périphérie vers le centre qu’a si bien souligné l’anthropologue brésilien Hermano Vianna. Selon lui, le phénomène le plus marquant de ces dernières années au Brésil, est la connexion directe des périphéries avec l’ensemble du pays*. Auparavant, toute « périphérie », c’est-à-dire toute musique née dans un environnement paupérisé ne pouvait toucher le grand-public qu’en s’appuyant sur cet intermédiaire alors incontournable qu’étaient les gros labels et les médias de masse. Il illustrait ses propos par l’exemple de la tecnobrega du Pará qui « a développé un nouveau modèle de commerce discographique qui n’a plus besoin des labels pour se développer. Les musiques sortent directement des ordinateurs des studios de la périphérie pour atterrir aussitôt sur les étals des camelots, des vendeurs de rue et des DJs de soirées ». Une pratique habituelle pour Gaby qui offrait ses CDs aux camelôs afin qu’ils en gravent des copies pirates et les jouent à fond la caisse partout où leur petit commerce se posait, soit à chaque coin de rue, pour qu’au final, toute la population de Belém connaisse ses chansons ! Et c’est justement ce qu’on la voit faire dans le clip de « Xirley »…

Alors que Treme, son premier album solo « officiel » va bientôt sortir, cela fait déjà plus de dix ans que Gaby Amarantos arpente les scènes du Pará puis de tout le pays pour balancer son show festif. Gabriela Amaral dos Santos est né à la périphérie de Belém, dans le quartier populaire de Jurunas. Si elle est devenue une icône de la tecnobrega, elle a commencé sa carrière dans les bars où comme tant d’autres apprenti-chanteuses, elle se faisait la voix sur le répertoire de la MPB, accompagnée d’une simple guitare, ou en reprenant les standards d’Ella et Billie. C’est en intégrant le groupe Tecnoshow que sa carrière décolle. Avec la brega, elle a trouvé sa voie : « j’ai toujours assumé la brega. Déjà je trouve le nom super. Je suis brega, la façon dont je m’habille est brega, mon mode de vie est brega, mon attitude ». Ce style brega, elle le cultive donc, très extravertie. Si ses premiers admirateurs sont le public gay, elle  plaît aussi beaucoup aux enfants (« ils adorent mes tenues colorées« ). Parvenir à concilier gays et enfants est un indice qui ne trompe pas : il laisse forcément augurer d’une carrière prometteuse.

Quand on sait que Kassin (+ 2, Orquestra Imperial) et Berna Ceppas (fondateur de l’Orquestra Imperial) ont participé à la production de ce premier album, on est assuré que Gaby Amarantos sera une vraie coqueluche en même temps qu’elle gagnera dans cette collaboration une caution qui manquait encore à la tecnobrega (quand Pio Lobato, autre Paraense, avec sa tecnoguitarrada jouit déjà d’un vrai culte auprès de ses pairs branchés).

A cette étape de sa mise en orbite, notre « Beyoncé du Pará » explique que, si elle adore Beyoncé, elle préfère être elle-même (« Beyoncé est merveilleuse mais j’aime mieux être Gaby Amarantos« ). La ressemblance physique étant tout sauf frappante, elle n’avait qu’à pas adapter « Single Ladies » en « Hoje Eu Tô Solteira », après tout ! Question tempérament, là encore la comparaison tourne court. Gaby, c’est un sacré caractère, elle assume tout, ses couleurs criardes et ses cuisses potelées, ses seins qui débordent du maillot sans crainte d’un nipplegate et ses airs effrontés. Bien dans sa peau !

Pour ce premier extrait de son album, elle a choisi une reprise. « Xirley » est un morceau de Zé Cafofinho e Suas Correntes, formation originaire du Pernambouc et qui l’avait enregistré sur son album Dança da Noite (je suis ravi de le préciser depuis que mon pote Cyril de Niteroi me tanne le cuir pour que j’écoute ce Zé-là !). Mais si on compare les versions, l’originale semble d’un mollasson, mais d’un mollasson… Parce que quand Gaby s’empare de « Xirley », elle le transfigure, survitaminée et teigneuse. On croirait que le morceau a été écrit sur mesure. Et dans ce clip, même quand elle sort du champ, on ne voit qu’elle, si je puis dire…

En attendant de voir le film que Vincent Moon lui a consacré dans sa collection Les Petites Planètes, voici la vidéo de « Xirley ». Elle est réalisée par Priscilla Brasil (dont nous avions déjà présenté le travail avec le clip de Macaco Bong, « Shift », dont nous disions qu’il était un bel exercice de style, une leçon pour apprendre à filmer le rock).

Très marrant, à la fin, ce discours moralisateur : le piratage est un crime, c’est aussi un péché. Kitsch et ironie revendiqués. Car venant de Gaby Amarantos, on rigole : vendre des disques, elle semble n’en avoir carrément rien à foutre ! D’ailleurs, le titre est en téléchargement gratuit sur son Soundcloud ! Et le refrain, vous l’avez entendu ? « Eu vou samplear, eu vou te roubar ! » : je vais sampler, je vais te voler !

« Xirley », un tube ? Un sacré tube, oui ! Laissez-moi une place sur le dancefloor, j’arrive !

Gaby Amarantos, « Xirley » @ Soundcloud(mp3 192 kbps)

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* Hermano Vianna évoque notamment le sujet dans un article « Central da Periferia » (2006) qui, malgré sa pertinence, lui a attiré quelques critiques. Et pour cause, il intervient dans un programme de Globo, également intitulé « Central da Periferia ». Il aurait voulu contredire sa thèse qu’il ne s’y serait pas mieux pris ! Ou, pire encore, on pourra l’accuser de participer à la récupération par le système des formes culturelles indépendantes ! S’il a bien cherché le retour de bâton, on n’évacuera pas pour autant d’un revers de la main les travaux de référence de quelqu’un qui étudie de près les musiques populaires depuis près de trente ans !

3 réflexions sur “Gaby Amarantos et sa tecnobrega, ou comment la tempête « Xirley » va frapper tout le Brésil !

  1. Rien ne sera épargné à nos lecteurs ! Mais à côté de DJ Cremoso, Gaby, c'est quand même la Rolls du tecnobrega !

  2. Pingback: Tremblez, Gaby arrive « Afro-Sambas

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