Disques/Documentaires/São Paulo

Mariana Aydar à la poursuite du cavalier sauvage

Il n’est pas tout à fait un hasard que l’on parle de Cavaleiro Selvagem Que Te Sigo, le troisième album de Mariana Aydar ces jours-ci. D’abord il vient de sortir mais, surtout, il est produit et arrangé par Letieres Leite dont nous venons de présenter le projet Rumpilezz. Mariana Aydar fait partie des rares artistes brésiliennes de sa génération à bénéficier d’une distribution internationale, un avantage évident procuré par sa signature avec Universal. Il y a probablement des contraintes à ce partenariat, mais pas forcément de compromis artistique. Au contraire, il lui donne les moyens de réaliser son album dans des conditions rêvées : réunir une équipe de musiciens brillants et embaucher Letieres Leite, un maestro à la fois rôdé au format pop et porté sur des structures plus complexes.

Mariana+Aydar+-+cavaleiro+selvagem

Pour Mariana Aydar, une des ambitions de ce nouveau projet est d’y acquérir ses galons de compositrice. C’est devenu un passage obligé. Comme s’en amusait Romulo Fróes, une des figures les plus originales de cette nouvelle scène pauliste et, accessoirement, un des compositeurs à qui Mariana fait régulièrement appel : « dans cette génération, tout le monde compose. Tu ne peux plus être une chanteuse si tu ne composes pas. (…) Une chanteuse comme Mariana Aydar qui est spectaculaire, brillante et pourrait avoir tous les compositeurs à ses pieds, moi le premier, même elle se met à composer, parce qu’elle pense que c’est nécessaire. Il n’y a plus de Maria Bethânia qui, de son Olympe, pouvait dire : ‘s’il vous plaît, faites appeler les compositeurs' ».

Si elle compose, ce n’est jamais seule et ce ne sont que quatre chansons sur l’album. Mais elle a raison, elle s’exprime. Parmi ses compositions, signalons « Floresta », écrite avec (Guilherme Held et) Tiganá Santana, un de ces quelques nouveaux musiciens bahianais à suivre de près, titre qu’ils interprètent en duo. Ou « Cavaleiro Selvagem », composée avec le rappeur Emicida, et qui est portée par un beau souffle orchestral. Sur les autres chansons de l’album, on en trouvera bien sûr une qui porte la patte de Romulo Fróes (« Porto ») mais aussi quelques reprises comme le « Nine Out of Ten » de Caetano (un des titres de son exil anglais), une autre de Zé Ramalho ou « Vai Vadiar » de Monarco et Ratinho. Ce « Vai Vadiar » est d’ailleurs un de mes favoris de l’album, si on ne retrouve plus grand chose du samba d’origine, la version a au moins le mérite de l’originalité. Très réussi également le forró de « l’homme à la jambe de bois » (qui dansait mieux ainsi), « O Homem da Perna de Pau », une composition du vétéran Edson Duarte, très entraînant et porté par la guitare électrique de Guilherme Held…

Il arrive parfois qu’avant même d’écouter un disque, on en soit impatient au vu des musiciens qui y participent. C’est le cas avec Cavaleiro Selvagem Que Te Sigo. Si la seule présence de Letieres Leite est en soit suffisamment excitante pour qu’on se dise qu’il s’agit peut-être d’un des albums de l’année. Sans même parler du grand accordéoniste Dominguinhos, invité sur un titre, le reste de l’équipe est à l’avenant. A la batterie, également co-producteur de l’album comme il l’était du précédent Peixes Pássaros Pessoas, Duani Martins poursuit sa collaboration avec sa compagne. A ses côtés, un des grands bassistes brésiliens, un master groover Mariana+Aydarcomme on en fait peu : Robinho Tavares (ici assez discret, malheureusement). La guitare électrique, très présente sur tout l’album, est celle de Guilherme Held, un de ces jeunes musiciens surbookés qu’on a déjà croisé aux côtés de Romulo, Kiko, Criolo ou Lanny Gordin (si, si, le vrai). Sans oublier le formidable percussionniste bahianais Gustavo di Dalva. La présence de ce dernier, mais aussi celle de Tiganá, illustre également la volonté de Mariana Aydar de réaliser un album qui soit inspiré par l’influence séminale (à moins que ça ne soit subliminale) de Bahia. Et, pour y parvenir, c’est à Letieres Leite qu’elle a confié les clés de la réalisation. Grand bien lui en a pris, tant il a tissé une toile riche de mille nuances, une belle trame orchestrale dont tout exotisme est banni.

Avec ce Cavaleiro Selvagem, et son goût très sûr pour bien s’entourer, Mariana Aydar confirme allègrement qu’elle est une des chanteuses majeures de sa génération. A suivre un cavalier sauvage, on avance plus vite…

Pour déjà se faire une idée de cet album, rien ne vaut un petit making-of

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