Bahia/Portrait

Jazz-Candomblé (2/2) : Letieres Leite & Orkestra Rumpilezz

L’apparition sur la scène musicale brésilienne de l’Orkestra Rumpilezz fondé par Letieres Leite n’a pas manqué de faire sensation. Avec ses quinze cuivres et cinq percussionnistes, ce big band ne risquait évidemment pas de passer inaperçu. L’influence musicale du candomblé ou d’autres religions afro-brésiliennes a nourri l’inspiration de plusieurs générations d’artistes. Voici donc aujourd’hui, le deuxième volet de notre série où un traitement jazz est appliqué à ces musiques religieuses. Après après avoir évoqué Guga Stroeter et son orchestre HB, voici Letieres Leite & Orkestra Rumpilezz. Une évocation très à propos puisque Letieres Leite et sa nombreuse troupe viennent d’embarquer pour l’Europe où ils se produiront la semaine prochaine dans le cadre du festival Europalia…

Fondé à Salvador en 2006, l’Orkestra Rumpilezz fait souffler un vent de fraîcheur sur Bahia, lui amenant un peu de la créativité qui commençait à lui manquer, au point que cet orchestre ait été qualifié de « Vanguardia Baiana », d’avant-garde bahianaise ! Dès le premier disque, encore le seul à ce jour, la reconnaissance et l’enthousiasme pour la musique de Rumpilezz atteignaient tout le pays. Car, finalement, les Bahianais n’auront trouvé que deux façons de conquérir le Brésil entier : par la musique la plus riche qui soit, comme avec Rumpilezz, ou par la plus commerciale, avec l’axé et sa star Ivete Sangalo… Le parcours de cette chanteuse honnie des puristes mériterait d’ailleurs une attention plus soutenue : pendant des années, le chef d’orchestre de son groupe Banda do Bem et son arrangeur n’était autre que… Letieres Leite ! Je ne vais pas vous mentir, le jour où je l’ai appris, j’ai moi-même réécouté en boucle son tube « Festa » !

Avec Letieres Leite, le titre de maestro n’est pas usurpé. Mieux, il l’incarne comme peu de musiciens de sa génération peuvent le prétendre. Alors qu’il a commencé à apprendre la musique en autodidacte, alors qu’il suivait  des études en arts plastiques, il a vite entrepris d’approfondir son bagage, sa formation allant jusqu’à se poursuivre au sein du prestigieux conservatoire Franz Schubert de Vienne où il passera six ans. De retour au Brésil, c’est la musique commerciale qui lui offre la notoriété. Mais tous les tubes d’Ivete Sangalo n’y pourront rien changer, il poursuit un rêve, un rêve qui résume son ambition musicale et qui le taraude depuis ses années viennoises. C’est lors de son retour au Brésil, quand il fonde, dans le quartier d’Amaralina, l’Academia de Música da Bahia, spécialisée dans l’enseignement des musiques populaires de Bahia, que vient le déclic, « c’est à ce moment-là que je suis parvenu à réunir les deux mondes, la tradition des terreiros et l’apprentissage au sein du conservatoire », explique-t-il.

Le nom de la formation qui allait incarner ce vieux rêve ne doit rien au hasard. Orkestra Rumpilezz. Orkestra avec un K, pour renvoyer à sa racine grecque. Rumpilezz parce que les trois tambours du candomblé sont les atabaques  rum, rumpi et et que les deux Z sont ceux du jazz ! Tout un programme. Qui ne semble pas si éloigné de celui de Guga Stroeter, présenté dans la première partie de notre série Jazz-Candomblé. Tirer le meilleur de chaque monde, inventer un langage qui combine les harmonies européennes et les pulsations rythmiques afros !

Cet Orkestra fonctionne sur le mode du big band. Si les musiciens ne sont plus en smoking mais vêtus de blanc, ils ont toujours un pupitre sous les yeux et suivent les arrangements très écrits du maestro Leiteres.

Pour être exact, les influences de Rumpilezz ne sont pas seulement celles du candomblé mais plus généralement celles de l’univers percussif bahianais, entendez par là Olodum aussi bien que les sambas traditionnelles du Recôncavo. D’ailleurs, parmi les percussions, on trouve à côté des atabaques quelques timbaus, leur version profane et moderne.

A la différence des musiques de Guga Stroeter, portées par des voix venues directement des terreiros, celles de Leiteres Leite, parce qu’elles sont instrumentales, sont plus abstraites. Imaginez que vous les découvriez lors d’un blind test, vous auriez probablement du mal à en identifier la provenance. C’est ce qui est arrivé à Joe Ferla, le célèbre ingénieur du son new-yorkais : « un ami écoutait le disque, Joe qui passait par là demanda ce que c’était. Il croyait que c’était un groupe afro-cubain, puis se dit que c’était peut-être quelque chose qui venait du Nigéria. Cet ami lui a donné un exemplaire du disque et, une semaine plus tard, il se proposait pour faire le mixage ». Sachant que Letieres Leite, profitant de son compagnonnage avec Ivete, a remis un disque de Rumpilezz en mains propres à Beyoncé, parce qu’il avait toujours entendu dire qu’elle avait l’esprit très ouvert en matière de musique, on se demande si elle va bien finir par l’appeler ! De l’intérêt de donner ses disques…

Dans le cadre du festival Europalia, basé en Belgique et alentours, Leiteres Leite & Orkestra Rumpilezz se produiront :

le 19/10 à Borgerhout
le 20/10 à Amsterdam

Pour plus d’informations sur cette formidable manifestation, dédiée cette année au Brésil, le site BossaNovaBrasil en a déjà présenté la programmation. Thierry, son auteur, s’y trouve même ce week-end pour le concert de Teresa Cristina et de la Velha Guarda da Portela : on attend son compte-rendu !

Pour le programme complet, le site officiel d’Europalia

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