Bahia/Clips/Portrait

Dois em Um, la mélancolie indie en version bahianaise

Il y a parfois des coïncidences incroyables. Il y a trois semaines, j’ai reçu un message de Luis Pereira qui souhaitait me faire connaître son groupe, Dois em Um, originaire de Salvador, Bahia. Pour être franc, je n’en avais jamais entendu parler. Je m’apprêtais alors à poster un texte sur Ederaldo Gentil, une des figures majeures du samba de Bahia. En me documentant, je lisais un article de Jaime Sodré, « Ederaldo, por gentileza » où j’apprenais qu’Ederaldo avait offert un cavaquinho à son neveu mais que celui-ci, Luizão préférait le rock au samba. Et qu’il avait depuis créé le groupe Dois em Um, ça alors ! Aussitôt, j’envoyais un message à Luis Pereira, lui demandant s’il était bien ce neveu d’Ederaldo. Ce qu’il me confirmait. Nous avons convenu de réaliser une interview. Celle-ci s’est faite par écrit. J’en finis la traduction et la mettrai en ligne demain. Il m’a semblé bienvenu de d’abord vous présenter Dois em Um avant de découvrir les propos de Luis, vous montrer combien leur musique est d’une belle finesse…

Dois+em+Um

Si vous passez par ici régulièrement, vous aurez peut-être remarqué qu’au sein de cette vaste constellation que sont les musiques brésiliennes, j’ai un faible pour celles de Bahia. J’aime bien sûr ce langage moderne des percussions, mais j’aime, peut-être plus que tout, les sambas de roda et autres chulas. La musique de Dois em Um en est à mille lieues.

Dois em Um, comme son nom l’indique est un duo : Fernanda Monteiro chante et joue du violoncelle, Luis Pereira parfois chante aussi, il joue surtout de la guitare et même de tout le reste. Il compose et produit. Ce duo à la scène est également un couple à la ville. Ce nom, Dois em Um, prend alors tout son sens.

Quand j’ai écouté la musique de Fernanda et Luis pour la première fois, la référence qui me vint spontanément à l’esprit venait d’un autre époque et d’un ailleurs loin de Salvador. J’ai pensé aux Cocteau Twins, à la voix éthérée de Liz Frazer et aux arpèges cristallins de Robin Guthrie. Puis, cette première référence s’est aussitôt dissipée et j’ai écouté Dois em Um sans plus penser à quiconque tant cette musique possède une sincérité touchante. Sa douceur mélancolique se soucie peu des étiquettes.

Mais comme le duo n’est pas sans ignorer que la presse a besoin de ce genre de répères, pour réducteurs qu’ils soient, il a devancé les choses en proposant sa propre appellation, ainsi la musique de Dois em Um est de la bossa indie rock. Un cocktrail à vrai dire inédit mais qui a le mérite de décrire assez fidèlement cette musique. Bossa, car le filet de voix de Fernanda n’est pas sans rappeler Nara Leão. Indie, tout simplement parce que Dois em Um n’est pas signé sur une major et cultive une esthétique raffinée et sans concessions à l’égard des canons des musiques commerciales. Rock, parce que c’est aussi leur culture, que derrière la douceur de leur musique, la guitare de Luis est aiguisée, discrète mais tranchante, d’une sacrée maîtrise.

Dès les premiers morceaux mis en ligne sur leur Myspace, Dois em Um a rencontré son public, pour une bonne partie hors du Brésil à sa plus grande surprise. Ce qui lui permis, chose peu courante, de bénéficier d’une sortie américaine sur le petit label Souvenir Records et qui leur valut d’être considéré par la presse (un article de Leonardo Lichote pour O Globo) comme de la « MPB para exportação, na versão 2.0« . Dois em Um préfère s’en amuser.

Car cet album qu’a enregistré le groupe en 2009 avait peu à voir avec ces considérations. Il témoignait d’un besoin urgent de traduire en musique des émotions intimes. Notre couple-duo l’a enregistré à la maison. A eux deux, Luis et Fernanda ont tout fait. Mais leur musique ne s’inscrit pas dans le réalisme du quotidien mais, au contraire, se libère des pesanteurs de celui-ci, s’évade pour évoquer l’amour dans toutes ses fragilités, comme si en s’imprégnant de la tristesse de sa finitude, il transcendait l’instant présent. Toujours à fleur de peau, toujours sur le fil, Dois em Um nous fait ressentir combien il n’y a rien de plus précieux et fragile qu’un bel amour partagé, et touche une corde universelle susceptible de résonner en chacun de nous.

Avant de vous présenter, l’interview que m’a accordée Luis, voici un premier extrait de ce bel album. Pour illustrer la chanson « E Se Chover ? », les images de Michael Dudok de Wit, extraites de son court-métrage Father and Daughter, se prêtent à merveille aux climats créés par le groupe. D’ailleurs, ce célèbre réalisateur de films d’animation est un grand amateur du duo.

A suivre…

 

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