Bahia/Disques/Documentaires/São Paulo

La Bahia Fantástica réinventée depuis São Paulo par Rodrigo Campos

« Pour un Bahianais, dire Bahia, c’est déjà de la poésie » a coutume de dire mon ami Juremir*. Imaginez donc s’il dit « Bahia Fantástica » ! Sauf qu’ici, c’est un Paulista qui s’exclame et qu’il s’agit du titre de son nouvel album. Rodrigo Campos s’apprête à sortir son deuxième disque et il nous le présente par le biais d’un petit film où on le retrouve en studio avec les musiciens qui participent à son enregistrement, à savoir des acteurs de cette scène pauliste indépendante ayant un pied dans le samba et l’autre dans les explorations diverses : Romulo Fróes, Marcelo Cabral, Thiago França, Mauricio Takara et Mauricio Fleury et l’omniprésent Kiko Dinucci. Egalement présente, Luisa Maita, la compagne de Rodrigo.

« Bahia n’est pas un lieu géographique ». Après avoir consacré son premier album à une évocation de São Mateus, le quartier périphérique de São Paulo où il grandit, le très remarqué São Mateus Não É um Lugar Tão Longe Assim (2009), c’est désormais Bahia qui fournit à Rodrigo Campos une source d’inspiration. Mais loin de lui l’idée de composer un portrait musical fidèle de ce qui se joue là-bas. Quand il dit que Bahia n’est pas un lieu géographique, c’est parce qu’il cherche d’elle ce qui se trouve ailleurs dans tout le pays. Parce que « le Brésil vient de là, de cette petite graine de Bahia qui a germé partout dans le pays ».

Rodrigo+Campos

Cette vidéo nous donne un avant-goût d’un des albums les plus attendus de l’année au Brésil, signé d’un jeune compositeur parmi les plus doués de sa génération. Cette vidéo recueille les témoignages de chacun des musiciens participant au projet. Tous sont unanimes pour dire, Rodrigo le premier, qu’il s’agit d’un véritable travail collectif. Lui vante les talents d’improvisateurs de ses amis, souligne qu’ils avaient leur propre lecture de ses compositions, eux louent la place qu’il leur laisse et rappellent que ce sont ses propres émotions qui s’expriment. « Rodrigo a cette sensibilité pour l’espace, il crée une structure, un squelette, au sein de laquelle on peut créer », explique Kiko. Mais ce casting haut-de-gamme vient dissimuler les contraintes qui touchent les musiciens. Dans l’entretien que nous venons de traduire, Kiko Dinucci expliquait que pour survivre à la crise, il fallait travailler sur plusieurs supports et disciplines. C’est Romulo Fróes, parfois présenté comme le théoricien de cette clique, qui le rappelle ici. Il souligne que si les liens artistiques qui unissent ces musiciens sont très forts, qu’il existe entre eux une véritable amitié, il y a aussi une nécessité. « Il y a cette nécessité basique où pour survivre l’un va jouer de la guitare pour l’autre même s’il est batteur, ou l’inverse, l’un écrire des paroles », dit Romulo, directeur musical de l’album. Ce système de dons-contres dons est la condition pour créer des œuvres marquantes dont on ignore en les découvrant qu’elles ont été réalisées avec si peu de moyens.

Pour l’anecdote, un détail, frappant je dois dire, illustre les liens qui unissent tous ces musiciens : le port de la barbe y est presque de rigueur. Nous ne sommes pas chez Iron & Wine, Grandaddy ou je ne sais quel groupe d’Americana lo-fi, nous sommes à São Paulo et le musicien indépendant s’y montre tout aussi farouchement trichophile.

A l’heure où Mariana Aydar, une autre Paulista, a demandé au Bahianais Letieres Leite (Orkestra Rumpilezz) de produire son dernier album, Cavalo Selvagem Aqui Te Sigo, on est face à un curieux paradoxe qui nous rappelle combien Bahia, si elle est une source d’inspiration, est une belle endormie. Puisse cet album la réveiller dans son amour propre et l’inciter à laisser libre cours à ses expressions musicales les plus variées et les moins formatées.

Bahia Fantástica témoigne une nouvelle fois de ce qui se trame à São Paulo et avec quelle incroyable créativité. A l’exemple de ce que réalise ici Rodrigo Campos. Si, comme l’explique Thiago França, la véritable matrice esthétique de cet album est le samba, c’est un samba transfiguré, trempé dans un bain de soul déjanté. Car le plus surprenant, c’est que Rodrigo lui-même dit s’être inspiré ici de Funkadelic, de la dimension viscérale de cette musique, de ce funk sous acide qui dialogue avec le rythme.

L’album n’est pas encore sorti mais les quelques extraits de chansons que l’on découvre dans ces images m’ont rendu impatient de le découvrir. J’ai déjà « Cinco Doces », le premier extrait, qui me trotte dans la tête… A suivre, non ?

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* Que l’on va très vite retrouver ici pour évoquer son dernier livre…

Une réflexion sur “La Bahia Fantástica réinventée depuis São Paulo par Rodrigo Campos

  1. Comme j'attends ce disque avec impatience ! Son "Sao Mateus .. " a enchanté mes oreilles ces deux dernières années. Je suis aussi très emballé par les extraits ! Charles

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