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Lucas Santtana, la nostalgie comme inspiration : une interview pour Sounds & Colours

 Bon, je peux vous le dire : j’ai gagné. Gagné le nouvel album de Lucas Santtana présenté ici-même il y a quelques jours. C’est en participant au tirage au sort organisé par Sounds & Colours, l’excellent site britannique dédié aux cultures sud-américaines, que j’ai été sélectionné. Je recevrai donc prochainement Sem Nostalgia. Il viendra compléter ma discothèque* puisque j’ai déjà ses deux premiers CDs. Coïncidence, sacrée coïncidence, hier soir, je traduisais « Nostalgia was my Inspiration », un entretien que Lucas avait accordé à Russ Slater, la plume de Sounds & Colours pour tout ce qui y est consacré aux musiques brésiliennes.

Il y a quelques jours, nous avons présenté Sem Nostalgia, le quatrième album de Lucas Santtana, reprenant d’ailleurs une chronique écrite deux ans plus tôt. Si cela vous a rendu curieux d’en découvrir plus sur son auteur, un des plus brillants musiciens de sa génération, autant lui laisser la parole et traduire cette interview.

Russ Slater (Sounds & Colours) : Tout d’abord, félicitations pour la sortie en Grande-Bretagne de Sem Nostalgia. Est-ce le premier de tes albums à y être distribué ?

Lucas Santtana : Oui, c’est ma première sortie en Europe, et aussi en Australie, Nouvelle-Zélande et Allemagne. Sem Nostalgia va aussi sortir en Argentine, en Uruguay et au Chili ce mois-ci. Auparavant, 3 Sessions était sorti au Japon et en Amérique du Sud (Argentine, Uruguay, Chili), mais c’est la première fois en Europe.

R. S. (S&C) : Quelle était l’inspiration ou l’idée derrière Sem Nostalgia ?

L. S. : J’ai utilisé la nostalgie comme source d’inspiration. Ce qui m’a inspiré, c’est le format du violão, le format classique de la guitare brésilienne. La réalité, c’est que João Gilberto est arrivé avec ce style de jeu de guitare il y a cinquante ans et que, depuis, rien n’a changé, personne n’est venu chahuter ce style, tout le monde le respecte avec dévotion. C’est le même format depuis toujours, juste guitare et voix. Alors j’ai pensé que je pourrais faire un disque de guitare brésilienne mais différemment, en jouant avec l’idée de tradition, montrer qu’avec ces deux instruments (guitare et voix), on pouvait utiliser des tas de sons différents. Mais quand j’ai commencé à présenter Sem Nostalgia comme un disque de guitare, les gens n’étaient pas convaincus par l’idée d’un disque juste avec plein de guitares. Pour eux, un disque normal est un disque où il y a plusieurs instruments. J’ai donc dû les convaincre qu’il fallait le faire, qu’on pouvait faire un disque seulement avec des guitares.

R. S. (S&C) : Et comment était le processus de réalisation, ou plutôt, est-ce qu’il était différent de celui des albums précédents ?

L. S. : C’était intense. La musique était très bonne, vraiment riche. J’ai travaillé avec beaucoup de producteurs différents et chacun m’a aidé à définir le son pour chaque morceau.

R. S. (S&C) : Comment s’est faite la collaboration avec Arto Lindsay ?

L. S. : A l’origine, Arto était un partenaire, nous avions composé des chansons ensemble. Tout ça parce qu’à la fin des années quatre-vingt-dix, j’ai joué sur quelques uns de ses albums. Sur pratiquement tous ses albums de cette époque, j’étais présent comme musicien. Sur 3 Sessions in a Greenhouse, nous avons enregistré « Into Shade », une chanson que nous avions écrite ensemble et que nous avions déjà enregistré sur son album Salt, en 2004. Puis nous l’avons aussi enregistré pour mon disque.

En fait, ça fait déjà une dizaine d’années qu’on fait de la musique ensemble et, cette fois-ci, nous avons fait « Night Time in the Backyard », « I Can’t Live Far From my Music » and « Hold Me In ». Arto est un ami et aussi un partenaire musical. Ensemble, nous faisons toujours de la musique.

R. S. (S&C) : Penses-tu que Sem Nostalgia soit plutôt un disque brésilien ou international ?

L. S. : C’est un disque qui est très brésilien mais qui est aussi du reste du monde. Peut-être est-ce la raison pour laquelle les gens hors du Brésil peuvent apprécier les chansons, en particulier celles en anglais. Je crois aussi qu’avec internet, les distances se sont resserrées, tout le monde peut avoir un accès à tout, tu peux lire les magazines publiés dans d’autres pays, etc.

R. S. (S&C) : Pourquoi chantes-tu en anglais (alors que, précise Russ, Lucas a demandé à réaliser cette interview en portugais) ?

L. S. : C’est comme ça. Il y a des chansons en anglais sur chacun de mes disques, peut-être parce que l’anglais est très présent dans la culture brésilienne. Les gens regardent des films en anglais, ils écoutent des bouts de chansons en anglais. L’anglais a un son que j’aime, qui est présent dans la vie de mes amis, de mon fils qui apprend l’anglais à l’école. Et dans le cas de ce disque quand je parlais à Arto de faire de la musique, on fait toujours de la musique en anglais. Ensemble, nous n’avons jamais fait de chanson qui ne soit pas en anglais. C’est aussi à propos de la place de la mélodie. En anglais, les mots ont beaucoup de phonèmes, c’est donc beaucoup plus facile de trouver une petite mélodie. C’est pour ça que nous avons fait « Who Can Say Which Way ? ». En portugais, c’est beaucoup plus difficile.

R. S. (S&C) : Travailles-tu sur un nouvel album ?

L. S. : Oui, j’ai fini de l’enregistrer et nous sommes en train de le mixer. Si tout va bien, il devrait sortir en janvier prochain.

R. S. (S&C) : OK, maintenant pour comprendre tes influences, pourrais-tu nommer cinq artistes contemporains qui t’aient influencé ?

L. S. : Céu, Curumin, Hurtmold, Gui Amabis, Do Amor...

R. S. (S&C) : Et cinq classiques ?

L. S. : Jorge Ben, Tom Zé, Novos Baianos, Nação Zumbi, Dorival Caymmi.

C’est déjà ça, non ? En attendant que je lui fasse une demande d’interview et qu’il veuille bien accepter !

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* Ce n’est pas tout à fait exact puisque, si je possède bien ses deux premiers disques, je n’ai pas le CD de son album dub, 3 Sessions in a Greenhouse, qu’il offre en téléchargement gratuit sur son site, Diginois.

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