Brasil

La Nuit Couleur de Saravah Soul (Aniane, 29 juin 2011)

En même temps que la saison des festivals, commence celle des concerts gratuits dans le off de ces derniers ou dans des manifestations organisées par les collectivités pour donner un élan festif à leurs territoires. C’est dans le cadre des Nuits Couleurs en Vallée de l’Hérault que Saravah Soul vint donc ambiancer Aniane le temps d’une soirée.

Saravah Soul est une formation anglo-brésilienne basée à Londres et qui a développé une solide mixture de samba funk, samba rock, voire samba soul, à moins que ça ne soit de funk à la mode brésilienne, tantôt samba ou tantôt maracatu. Sans oublier une larme d’afrobeat. Sa signature sur le label Tru Thoughts (Quantic, Alice Russell, The Bamboos, etc…) est un sacré gage de qualité. On avait donc déjà coché la date depuis un moment d’autant que les artistes brésiliens de haut niveau sont plutôt rares dans la région.

Pour ce genre de soirée en plein air, on amène quelques provisions malgré la promesse de vin du village et de bière artisanale annoncés dans les stands disposés autour de la place. Mais comme on ne se refait pas*, un bol d’houmous mal refermé s’est renversé dans mon sac de pique-nique. Tout en était recouvert. La cata. Heureusement, un des amis avec qui je passais la soirée avait lui-même des amis qui habitaient une grande maison justement sur la place où avait lieu le concert. Impeccable. J’ai donc pu tout laver dans leur évier. Ce genre d’entrée en scène quand vous ne connaissez pas les gens vous fait sentir franchement ballot. Mais mieux vaut avoir l’air ballot en ayant pu rincer son sac que de se le trimballer dégoulinant d’houmous toute la soirée.Nous étions bien placés, aux avants postes pour suivre à l’oreille l’évolution de la soirée jusqu’à l’arrivée de Saravah Soul sur scène. La place était d’ailleurs tellement déserte à notre arrivée qu’il aurait été vain de se précipiter. Autant patienter autour d’une table devant quelques verres de blanc sec bien frais. A ce moment-là, chez ces gens que je ne connaissais pas, j’avouerai que je ne la ramenai pas trop, incident de l’houmous oblige. Du coup, j’étais quand même impatient d’entendre le groupe arriver.

Vous pensez bien que la notoriété du groupe n’avait pas atteint Aniane. Pas plus que le nom d’Aniane ne devait tilter chez les musiciens, ceci dit. D’ailleurs, l’un d’entre eux disait plutôt « merci Montpellier » entre les morceaux, après tout ! Aniane est pourtant une charmante petite ville. Même si je ne m’y étais jamais vraiment arrêté, si ce n’est pour acheter du pain ou des fruits sur la route des gorges de l’Hérault. En arrivant sur la place, dès que Saravah Soul attaqua ses premières notes, le copain qui avait la maison expliquait que, certains soirs, pour quelque fête ou concert, la place était noire de monde. L’affluence était là plus modeste, quel dommage, même si les absents ont toujours tort. J’ai tout de suite dit aux potes que le groupe aurait vraiment du mérite s’il arrivait à faire bouger son public. Eh bien, d’emblée il s’y attela sans se démonter. Mettre l’ambiance, c’est leur boulot. En particulier, celui de leur chanteur, Otto Nascarella.

Originaire de Curitiba, dans le Paraná, Otto Nascarella avait bien du mal à lancer sa carrière. Il tenta sa chance à São Paulo. Sans plus de succès. Mais parce qu’il faisait ce rêve récurrent dans lequel il était dans une cabine téléphonique à Londres, une de ces fameuses cabines rouges, et qu’il appelait sa mère, Otto Nascarella décida de s’y envoler. Dans ce rêve, sa mère lui demandait, « mais où es-tu mon garçon, ça fait des jours que je ne t’ai pas vu« . « A Londres« , lui répondait-il. On peut se dire qu’à ce moment-là de sa vie, Otto Nascarella ne devait pas trop faire le fier : quand on se laisse guider par une vision onirique, c’est qu’une approche rationnelle de la situation a déjà été mise en échec. Cette escapade sur la seule base d’un rêve ressemblait donc à une dernière cartouche à griller avant d’envisager une reconversion dans une carrière autre que musicale. Surtout quand on s’envole sans parler anglais et avec un bien maigre pécule, à peine de quoi tenir un mois !

A Londres, les choses n’ont pas traîné. Dès la première semaine, il commença par jouer dans un groupe de samba de raiz au Guanabara, boîte brésilienne. C’est là qu’il rencontre le bassiste Matheus Nova, le batteur Dudu Marques et le saxophoniste Marcelo Andrade, autrement dit la moitié brésilienne de Saravah Soul. La moitié anglaise du groupe, Otto la rencontra à l’issue d’un concert. Quand il prit son courage à deux mains et qu’avec ses rudiments d’anglais, il alla brancher le producteur, celui-ci l’interrompit de suite et lui dit : « tu es Brésilien et tu veux monter ton projet ici, alors va voir ce type« … Lequel était le guitariste Kiris Houston qui rameuta les pièces manquantes, Jack Yglesias, flûte et congas, Chris Webster, trombone, et Graeme Flowers, trompette. Saravah Soul était alors au complet et se mit bien vite à travailler un répertoire à base de samba rock et autres déclinaisons de cette matrice essentielle. Se produisant naturellement sur la scène du Guanabara.

Depuis, Saravah Soul a même tourné au Brésil, juste retour des choses, et sorti deux albums sur Tru Thoughts. Le titre du deuxième donne une idée de leur programme : Musica Impura !

Hier soir à Aniane, Otto Nascarella, gabarit poids plume, barbe et casquette, tenue vintage 70’s de rigueur, s’adressa tout de suite au public en même temps qu’il enchaînait les pas de danse. Otto est bon communiquant, parle bien français et mêle portugais et anglais pour préciser son propos. Il « parle communication« , comme dirait Carlinhos Brown.

A mesure que Saravah Soul déroulait les titres de son répertoire, l’ambiance se réchauffait. Otto passait du xequerê au zabumba, des cloches agogô à la guitare, chantait, dansait, parlait. Ce n’est pas parce que le concert était gratuit et que la place du village seulement à moitié pleine qu’il faudrait lésiner ! Non seulement, le tempo ne faiblit pas mais la tension monta même de quelques crans à mesure que le concert avançait.

Otto ne voudrait pas partir sans nous donner la recette du samba, la receita do samba. En même temps qu’il faisait mine de touiller, il détaillait les ingrédients et leur dosage : une livre de batterie, une livre de basse, 250 grammes de guitare, 300 grammes environ de perçus. Ah, et puis vous pouvez rajouter 5 kilos de basse ! Il faisait mine de tendre une cuillerée de sa mixture aux personnes les plus proches de la scène, lesquelles jouaient le jeu et d’un hochement de tête faisaient comprendre que c’était bon.

Sur la fin, son agogô à la main, il envisagea même un programme qui semblait alors démesurément ambitieux. « Dans toutes les religions, expliqua-t-il, on appelle les esprits avec des cloches, appelons-les« . Rien que ça ! Puis, pour leur reprise du « Fire » de Jimi Hendrix, il se mit en basket, expliquant que ce n’était pas possible de danser le frevo en boots ! Et là, on ne le tenait plus !

Puis Onda Maracatu, une batucada locale, se mit de la partie au son de leurs zabumbas. Saravah Soul les rejoignit au milieu du public armés de percus, joyeux raffut, avant de les inviter avec eux sur scène pour toute la fin du concert. Ce n’était même plus nécessaire d’avoir des rappels après pareille apothéose.

On pouvait reprendre quelques discussions dans la maison des amis devant un bon marc de muscat, détendus d’un tel bon moment, mes soucis d’houmous n’étaient plus que de l’histoire ancienne !

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* Imaginons que vous m’invitiez à dîner, évitez ce soir-là de sortir les verres en cristal. C’est plus prudent, après vous risqueriez de m’en vouloir.

 

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