Acre/Clips/France/Portrait

Nazaré Perreira, de Xapurí à Paris

 Il faut être honnête et rendre à Nazaré Pereira la place qui lui revient dans la généalogie de mes découvertes de la musique brésilienne. En effet,  nous avons plusieurs fois évoqué la révélation que fut d’entendre pour la première fois la voix de Caetano Veloso. Avant cela, il y eut João Gilberto, par le biais de son album avec Stan Getz. Mais, pour être tout à fait honnête, mon premier contact avec la musique brésilienne eut lieu grâce à une interprète infiniment moins célèbre que ces deux maîtres. Il s’agit de Nazaré Perreira. Ce qui n’est guère original car, il faut le préciser aux plus jeunes qui l’ignorent probablement, elle a fait la majeure partie de sa carrière en France, et y était peut-être même plus connue qu’au Brésil. Au début des années quatre-vingt, vous étiez donc susceptibles, comme moi, de voir Nazaré Pereira dans une émission de variétés. Et depuis, ils ne sont pas légion les Brésiliens à s’être produits dans des programmes de télévision grand public, type prime time. Pour moi, à cet âge-là, l’image de Nazaré Pereira avec des fleurs dans les cheveux se confondait avec celle des Vahinés, ou de la vague image que je pouvais me faire des Vahinés.

Nazare Pereira - amazonia

Puis, quand j’ai commencé à m’intéresser aux musiques brésiliennes, j’ai probablement considéré que Nazaré Pereira n’était qu’une figure mineure de cette grande constellation et n’y ai plus prêté attention. Ce n’est que quelques années plus tard que j’ai acheté un de ses albums. Un 33Tours d’occase, super pas cher, Amazônia. J’étais très content de retrouver ses chansons et, en plus, la pochette est superbe. Il y a quelques semaines j’ai vu Amazônia mis en ligne par Toque Musical, le blog qui pratique la fouille archéologique à seule fin d’exhumer des vinyls de musique brésilienne, et je me suis dit que cela méritait bien un petit mot par ici. Pour l’enchantement de cette première fois où je l’ai vue à la télé.

De nombreux artistes brésiliens se sont installés en France et y ont fait carrière, sans que cela leur procure nécessairement une reconnaissance dans leur pays d’origine. Citons pêle-mêle, sans distinction de réussite ou d’inspiration : Pixinguinha, Baden Powell, Mônica Passos, Les Etoiles, Marcio Faraco, Rita Macedo, etc…

Nazaré Pereira est originaire de l’Acre, un état au fin fond du pays, proche de la frontière avec le Pérou, en plein cœur de l’Amazonie. L’autre grand artiste qui vienne de ce état perdu est João Donato (déjà présenté ici). C’est à Xapurí qu’elle voit le jour, en 1940. Nazaré est issue d’un milieu modeste, son père était seringueiro* (il récoltait le latex des hévéas) et sa mère lavandière. La mort de son père alors qu’elle n’a que quatre ans, bouleverse l’équilibre de la famille. A l’âge de sept ans, c’est un crève-cœur pour la petite Nazaré, la famille quitte sa ville de Xapurí pour s’installer à Belém, dans l’état de Pará, toujours une région amazonienne. Très jeune, elle est contrainte à la débrouillardise. Elle parvint à boucler ses études pour devenir enseignante mais, à la fin des années soixante, s’installe à Rio où elle suit des cours de théâtre et obtient divers rôles dans des novelas.

Quand elle s’installe en France, c’est d’abord à Nancy. Elle y poursuit son apprentissage du théâtre. Cette fois-ci avec… Jack Lang ! Devenu ministre, il la fait Chevalier des Arts et Lettres, en même temps que Chico Buarque et Jorge Amado, pour son soutien à la culture brésilienne en France. A Paris, elle chante et danse. Et commence aussi à enregistrer. Ses albums sont publiés en France par le label Cézame avant d’être repris par Top Tape pour le marché brésilien.

La musique de Nazaré Pereira est sans prétention, ancrée dans les traditions populaires. Les orchestrations sont simples, entièrement acoustiques. L’accordéon occupe souvent une place centrale. Sur Amazônia par exemple, enregistré à Paris en 1979, on retrouve des morceaux du répertoire, une reprise de Luiz Gonzaga, deux du fidèle partenaire de celui-ci, Humberto Teixeira, dont un « O Baião em Paris » tout à fait de circonstance. On y trouve aussi sa première composition « Xapurí do Amazonas ». Si le morceau évoque sa ville natale, le clip a été tourné à Icaoraci, dans le Pará.

Si parce que la simplicité de sa musique lui confère une vraie évidence, vous souhaitez découvrir cette artiste, suivez le lien ci-dessous…

Nazaré Pereira, Amazônia (1980) @ Toque Musical

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* L’autre grande figure de Xapurí était Chico Mendes, seringueiro lui-même, qui lutta pour la préservation de la forête amazonienne avant d’être assassiné en 1988.

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