Portrait/Rio/São Paulo

Nonato Buzar : quand l’habit ne fait pas le moine

 Dès lors que le nom de Nonato Buzar est évoqué sur un blog brésilien, c’est pour le classer en troisième division de la bossa nova. Ce qui est, reconnaissons-le, malgré l’excellence de la première division, une approche péjorative. Alors, bien sûr, Nonato Buzar n’est qu’une figure mineure de la musique brésilienne, il fut pourtant l’instigateur d’un de ses mouvements collectifs, quoique mineur lui-même : la Pilantragem ! Mais, à vrai dire, la seule raison pour laquelle nous parlons de Nonato Buzar tient à une photo, une seule photo. Voyez l’animal !

C’est arrivé à tout le monde d’acheter un disque pour sa pochette et d’être déçu à l’écoute. Dans le cas d’un téléchargement, au moins ne plaint-on pas sa cagnotte si la musique n’est pas à la hauteur de nos attentes. L’essentiel est peut-être d’être surpris. Dans le cas de Nonato Buzar, l’image précède le son. Dès que j’ai vu cette photo, j’ai eu envie d’écouter la musique de ce type au look terrible.

Ce qui frappe d’abord, outre la tenue, c’est de constater que le bonhomme semble déjà trop vieux pour revêtir pareil accoutrement. A-t-il pris le train en marche, s’est-il déguisé uniquement le temps de la photo qui allait illustrer la pochette de son disque ?

L’image est forte. Les lunettes crèvent l’écran. Des demi-globes qui couvrent la moitié du visage d’un reflet bleuté. Des chaînes à médaillon autour du cou, une ceinture de cuir sur l’épaule. Un large bouc sans moustaches. Avec une telle dégaine, il place la barre très haut, semble nous promettre une mixture bien barrée.

Mais si, comme moi, vous soupçonniez trouver quelque sorte de rock psychédélique, vous vous trompez. Sur cet album, son premier en solo, sorti chez RCA en 1970, les ballades dominent, à la limite de l’easy listening. Alors si le look est bien de son époque, la voix de Nonato Buzar semble encore d’un autre temps. Mais, rassurez-vous, il y a bien un titre ici qui me ravit tout particulièrement, comme on le verra plus bas.

Au Brésil, la notoriété d’un artiste se mesure au nombre de chansons qu’il a réussi à placer dans une novela. Ainsi, les titres de Nonato Buzar les plus célèbres sont ceux qui ont touché le grand public rivé à sa télévision à l’heure de cette messe cathodique quotidienne. Pour Nonato Buzar, les sésames vers le succès allaient être « Verão Vermelho », présent sur ce premier album, choisi en 1970 comme thème de la novela du même nom, et « Irmãos Coragem », qui figure sur un autre album des années soixante-dix, enregistré celui-ci à Paris.

Mais ne précipitons pas le cours de l’Histoire. La famille Buzar est originaire du Liban, Nonato, lui, est né dans le Maranhão, à Itapecuru-Mirim. Mais c’est à Rio et São Paulo que sa carrière se développe. Et, plutôt que de l’associer aux médiocres de la troisième division de la bossa nova, il serait plus gratifiant de le reconnaître comme chef de file d’un mouvement certes mineur mais néanmoins emblématique de son époque, la Pilantragem. C’est lui qui, dans les années soixante, fonda le groupe A Turma da Pilantragem. A l’origine, on retrouvait une bande, une turma, qui comprenait, entre autres, Carlos Imperial, Cesar Camargo Mariano, grand pianiste du Sambalanço Trio puis de Som Três, accessoirement mari d’Elis Regina (et donc père de Maria Rita), et la vedette : Wilson Simonal.Indépendamment de ses succès musicaux, Wilson Simonal était alors le seul Noir brésilien à présenter une émission de télévision, la bien nommée Show em Si… monal. Avec pilantragem, il tenait une de ses expressions favorites. Il  l’a même placée en intro de son célèbre « Nem Vem que Não Tem », irrésistible de swing nonchalant : « Ha, ha, ha, vamos voltar à pilantragem !« .

Avant de se décrire comme ceux de la pilantragem, la joyeuse bande avait commencé par qualifier sa musique de samba jovem, parce qu’elle avait adopté la guitare électrique, presque un blasphème en ces temps de protectionnisme culturel, et adapté la cadence du samba à la musique nord-américaine. Si l’on devait chercher un équivalent à cette bande de la Pilantragem, on irait le chercher du côté du Rat Pack : même goût pour la fête, le collectif éméché, la déconnade. Ainsi que l’avait décrété son initiateur, Carlos Imperial, « la pilantragem est l’apothéose de l’irresponsabilité consciente« . Vaste programme dont on peine à mesurer la dose de subversion en temps de dictature militaire.

J’ignore s’il y fut contraint pour des raisons politiques mais, peu de temps après ce premier album solo, Nonato Buzar s’envolait pour Paris où il vécut quelques années au cœur des 70’s. Il y enregistra un autre disque : Nonato Buzar & O Pais Tropical via Paris. Album qui se conclut sur ce morceau sans paroles au titre évocateur « Le Premier safari de Caroline de Monaco » (sic) mais dont le contenu, berimbau à l’appui, n’a heureusement aucun rapport avec les fastes monégasques. Ce que je sais c’est que, cette fois-ci, la pochette où il arbore fièrement une moustache plus fournie encore que celle de Magnum, n’auait pas fait naître chez moi la moindre once de curiosité.Si son premier album contient quelques morceaux agréables et enjoués, un seul m’enthousiasme sans retenue. D’une kitscherie innommable, certes, mais d’autant plus frais et irrésistible : « mira, que película !!! ».

J’ai découvert cet artiste et cet album il y a quelques années grâce à Loronix, c’est donc à Zeca Louro,  son fondateur disparu, que l’on doit le rip que voici…

Nonato Buzar, « Que Película », Nonato Buzar (1970) mp3 320

Une réflexion sur “Nonato Buzar : quand l’habit ne fait pas le moine

  1. Buzar, vous avez dit Buzar ? Comme c'est étrange… 3ème division, tu es sûr ? Pas la Division d'Honneur ? En tous cas c bien fun, et puis ça me détend de la semaine João Gilberto 😉

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