Son de la Semaine

Jaime Alem, de l’orchestre à la viola solo (2/2) : « Sob o Mar » avec Nair

Quel rapport peut-il bien exister entre Madlib et la viola caipira ? Aucun ! Ou, tout bêtement le seul fait d’avoir comparé la pochette d’un de ses albums avec celle du couple Jaime & Nair, ce qui était, avouons-le, sacrément tiré par les cheveux. Nous consacrions notre message d’hier à Jaime Alem qui expliquait qu’il aurait bien aimé enregistrer un album avec un orchestre mais que cela aurait coûté trop cher et, du coup, choisit de se rabattre sur un disque solo de viola caipira, sacré contraste ! Pourtant, dans les années soixante-dix, Jaime Alem eut la possibilité de sortir ce genre d’albums aux arrangements plus riches.

Avec sa femme Nair de Cândia, ils ont sorti sous leurs deux noms Jaime & Alem (1974), Serie Talento Brasileiro (1978), exclusivement consacré au répertoire de Jobim, et Amanheceremos (1979).

« Sob o Mar », le titre retenu aujourd’hui figure sur leur premier album. Celui dont j’apprécie l’aquarelle de la pochette ! Ce disque pourrait plaire à ceux qui n’aiment pas (ou ne connaissent pas) la musique brésilienne mais préfèrent le folk. Car cet album est assurément folk, comme pouvait l’être A Barca do Sol, à savoir un folk à l’anglaise, pas loin du prog’, mais dont les inspirations sont évidemment cherchées dans les traditions locales.

Pour tout vous dire, je n’aime pas tout de cet album. Pour même être tout à fait franc, il n’y a guère que « Sob o Mar » qui déclenche chez moi un tel enthousiasme. Le reste est comme je vous l’ai décrit : folk. Mais si je souhaitais partager « Sob o Mar », c’est parce que ce titre me semble atteindre une petite forme de perfection. Le genre de morceau dont on se dit qu’il n’y aurait rien à changer. C’est le seul à être véritablement orchestral. Et Jaime Alem y a fait preuve de ses talents d’arrangeur : des cordes ni pompeuses ni mielleuses, comme trop souvent, un rythme qui est soutenu, à la différence de la plupart de leurs chansons. Le morceau est porté par un vrai souffle.Surtout, c’est un duo. Et, en particulier s’il est mixte, un duo d’emblée a vocation à multiplier l’émotion par deux*. Si l’exercice possède un charme instantané, il est cependant délicat. Encore faut-il que les voix s’accordent en contraste. Si Jaime Alem a finalement fait carrière comme maestro pour Maria Bethânia, il aurait pu persévérer comme chanteur car sa voix est très agréable. Qui fonctionne parfaitement avec celle de Nair. Un duo réussi est toujours une alchimie de timbres, quand deux voix se complètent, comme ici celles de ce couple.

« Sob o Mar » reflète son époque mais, justement, les années soixante-dix n’ont-elles pas vu naître quelques unes des plus belles musiques jamais enregistrées ? A signaler que le titre a été retenu par Gilles Peterson sur je ne sais plus laquelle de ses compilations brésiliennes. On retrouve également « Passara », un morceau de Amanheceremos, sur la compilation Brazil 70 After Tropicalia, sorti chez Soul Jazz il y a quelques années…

Jaime Alem & Nair Candia, « Sob o Mar »Jaime & Nair (1974) mp3 320kbps

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* Précision : je suis nul en maths donc l’expression « multiplier l’émotion par deux » n’est ici qu’une métaphore et, bien sûr, pas le résultat d’un savant calcul.

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