Bahia/Portrait

Jaime Alem, de l’orchestre à la viola solo (1/2) : seul avec les dix cordes brésiliennes

En 2009, après plus de quarante ans de carrière, Jaime Alem lançait son premier disque solo, Dez Cordas do Brasil, un album instrumental de viola caipira ! Jaime Alem est un musicien chevronné, arrangeur et « bras droit » de Maria Bethânia depuis près de vingt-cinq ans, qui, dans les années soixante-dix, avait sorti avec sa femme quelques albums sous le nom de Jaime & Nair. Mais pourquoi avec un tel renom, Jaime Alem se condamne-t-il à une telle confidentialité ? Un disque entier de viola caipira !!! La raison invoquée est on ne peut plus honnête, comme vous pourrez le constater…

Et quelle mouche nous pique donc d’évoquer un album à la confidentialité garantie ? Un faisceau de coïncidences, encore une fois. L’une d’entre elle provient très indirectement de Madlib, comme nous le verrons demain, mais tout a commencé quand nous évoquions récemment la place essentielle occupée par la viola caipira dans la musique de Roque Ferreira. Puis, nous montrions une vidéo tournée dans la famille Velloso où nous voyions Maria Bethânia chanter « Foguete », accompagnée de Jaime Alem à la viola. La viola caipira est rustique. Cette guitare à dix cordes de métal, cinq cordes doublées, répandue dans tout le Brésil, se retrouve en particulier dans les zones rurales et le Sertão.

Jaime Alem en a fait son instrument de prédilection. Comme il l’explique à Garota FM*, « la viola s’infiltrait dans mon quotidien quand j’étais enfant, à Ouro Fino, et ensuite plus grand à Jacarei. Ces choses de l’enfance vous marquent. J’aimais les Beatles et les Rolling Stones mais j’écoutais aussis Dolores Duran, Tom Jobim, de la musique française, de la musique italienne. J’aimais jouer de la guitare mais la viola m’attirait. Et à dix-huit ans, c’est à elle que je me suis dédié« .

Jaime Alem cherche cependant à dissiper tout malentendu sur sa façon de jouer. « Je ne suis pas un joueur de viola traditionnel. Je suis un musicien qui a appris à jouer de la viola. Vraiment, en vérité, je ne suis pas un joueur de viola. Je sors des sons avec l’ongle, une baguette, une pièce de monnaie… Mais je ne vais quand même pas mettre de distorsion ni prendre des chorus ! J’explore la viola d’une manière différente de celle d’un caipirinha légitime« .

Et s’il s’est autorisé cette escapade solitaire, c’est avec la bénédiction de la patronne : « Bethânia et moi avons un lien fort. Nous sommes pluggés l’un dans l’autre. Outre les arrangements que je lui écris, j’arrive parfois à transformer en musique les idées qu’elle exprime. Elle est une des personnes ayant le plus encouragée ma viola« . Au point que l’instrument fait maintenant partie intégrante de la musique de Maria Bethânia. « Elle se contente de dire : ‘Jaime, prend ta violinha’. Bethânia est très créative et a toujours plein d’idées. Nous avons beaucoup d’affinités« .

Il demeure qu’on s’interroge sur le choix de ce dépouillement extrême de la part de quelqu’un habitué aux orchestrations soignées, de la part d’un maestro. La réponse de Jaime Alem est à la fois d’une humilité et d’un pragmatisme sidérants : « la vérité, c’est que je ne me considère pas comme un soliste. Je suis plus attaché aux orchestrations. J’adore écrire pour un orchestre et j’aurais rêvé de faire un disque avec des musiciens. Mais le coût est élevé. Tom Jobim a vendu une maison à Rio pour pouvoir enregistrer Stone Flower. Je n’ai pas ce courage, ni ce talent. Mais c’est ici qu’intervient l’histoire de la viola. J’ai commencé à en jouer sur scène avec Bethânia. Elle m’encourageait. Et on a commencé à me dire : ‘mais pourquoi tu ne ferais pas un disque ?’ « .

« Le coût est élevé » ! Ou comment les projets artistiques d’un musicien viennent se fracasser sur les dures contingences économiques pour, finalement, rebondir avec beaucoup de spontanéité sur un autre projet.

Si cela ne vous dérange pas de rendre à Jaime Alem les contingences économiques encore plus dures, vous pourrez trouver son album sur Um Que Tenha.

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* Toutes les citations sont extraites de cet entretien publié par Garota FM, « Arranjador de Bethânia há 25 anos, Jaime Alem lança primeiro disco solo »

3 réflexions sur “Jaime Alem, de l’orchestre à la viola solo (1/2) : seul avec les dix cordes brésiliennes

  1. Bonne idée d'avoir présenté ce vieux Jaime. Décidément ton ouverture d'esprit ne se dément pas !A noter que Marcio Faraco fait un usage important de la viola caipira dans son nouvel album. Bientôt chez toi à Montpellier je crois.Amitiés.

  2. Oui, je me souviens que Marcio Faraco parlait de son utilisation de la viola caipira dans l'entretien que tu avais réalisé.Je crains par contre de ne pas aller le voir samedi : il y a un certain Barça-Manchester ce soir-là et le football n'est pas un plat qui se mange froid.

  3. Pingback: Entrevista de Jaime Alem ao GarotaFM é citada em site francês « GarotaFM

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