Bahia/Portrait

Mariene de Castro, ou le renouveau du samba de Bahia

Avec ce début de printemps dont la météo est estivale et où la température avoisine les 30°, quoi de plus adapté qu’un peu de samba de Bahia ? Mariene de Castro est une figure essentielle du renouveau du samba-de-roda bahianais. Elle a sorti l’an dernier un album live, Santo de Casa et son label vient justement d’en diffuser un extrait en vidéo. Il n’en fallait pas plus pour fêter en sa compagnie les beaux jours ! Mais si son talent crève l’écran comme vous pourrez vous-même le constater avec cette vidéo, le chemin vers la reconnaissance fut pourtant laborieux et long. Car cela fait déjà une quinzaine d’années que Mariene de Castro se produit sur scène. Il faut dire que le samba était pendant longtemps tombé en désuétude en ses terres et qu’il aura donc fallu une nouvelle génération pour se ré-approprier et faire revivre ses propres racines afin que les samba et samba-de-roda retrouvent l’attention des médias en même que ses lettres de noblesse.

Mariene+de+Castro+-+santo+de+cas+ao+vivoBahiaflâneur, le blog d’un Français installé à Salvador, nous a offert le portrait en français de Mariene de Castro le plus détaillé à ce jour. Celui-ci a eu la chance de la rencontrer pour l’interroger, un portrait qui a fourni une bonne partie de la matière de cet article.

Mariene de Castro est une authentique Soteropolitana, née et grandie à Salvador dans le quartier de Nazaré. L’éducation artistique est entrée très tôt dans sa vie, avec des cours de ballet classique, de théâtre  puis de chant. Elle commence à se produire dès seize ans quand elle intègre Timbalada, puis enchaîne sur la tournée qui accompagne la sortie du premier album de Carlinhos Brown, Alfagamabetizado, en 1997. J’ignore si elle suivit la tournée en Europe, auquel cas je l’aurais vu sur scène sans le savoir, ou si elle se cantonna aux dates brésiliennes.

Mais le grand saut vers l’Europe, elle l’effectua toute seule, en 1998, pour lancer sa carrière à… Agen, Lot-et-Garonne. Repérée par des émissaires du Florida, un lieu plus pointu que son nom ne le laisse supposer, elle tourna en Périgord, Agen et alentours. Remonta-t-elle jusqu’à Castillonnès, Issigeac et autres patelins quasi-limitrophes des terres ancestrales de ma famille ? Je l’ignore et, d’ailleurs, quand je dis « les terres », il faut comprendre quatre pauvres hectares. Le Périgord a beau être un pays de Cocagne, avec sa cuisine à la fois roborative et raffinée, on imagine que le choc du dépaysement fut violent pour la jeune Mariene. Néanmoins, elle découvrit là-bas le succès et cela mériterait qu’on aille fouiller les archives de Sud-Ouest, le quotidien local, pour y rencontrer articles élogieux et interviews enthousiastes. A raison : rares sont les artistes de talent à aller au fin fond de nos terroirs faire découvrir la musique brésilienne authentique.

Ce triomphe périgourdin ajouta peut-être une ligne scintillante à son cv d’artiste en devenir, cela ne lui ouvrit pourtant aucune porte à son retour à Bahia.

Tout en continuant à se produire sur toutes les scènes possibles de Salvador et de l’état de Bahia, elle participait avec son mari d’alors Jota Velloso, neveu de Caetano et Maria Bethânia, à la fondation du groupe Vozes da Purificação centré autour de la légendaire Dona Edith do Prato, vaillante nonagénaire depuis disparue. Cette aventure artistique et familiale permit à Mariene de Castro de se plonger au cœur de Bahia, dans le Reconcavô, là où les traditions tant du samba que du candomblé, sont les mieux préservées et les plus authentiques. Elle participa ainsi à cet album essentiel de la musique bahianaise et brésilienne de ces dix dernières années, l’album de Dona Edith do Prato justement intitulé Vozes da Purificação. Jota Velloso y travaillait comme producteur et si je ne connais pas son œuvre de compositeur, hormis quelques titres composés pour Mariene ou ceux dont j’ignore qu’il est l’auteur, je tiens pour précieux, vraiment très précieux, les albums qu’il a réalisé avec Paquito pour Batatinha et Riachão, deux figures historiques du samba bahainais, Diplomacia et Humaneochum, deux albums magnifiques où les artistes se voyaient rendre un hommage de leur vivant par leurs pairs. Le travail de Jota Velloso pour Dona Edith do Prato rentrait dans le même cadre patrimonial, enregistrer des artistes incarnant une tradition avant qu’ils ne disparaissent et tout ce pan de tradition avec eux.

Mariene de Castro e prato slideIl fallut attendre 2004 pour que Mariene de Castro enregistre son premier album, Abre Caminho, né de la rencontre avec Roque Ferreira, indispensable sambiste bahianais. Ces débuts furent récompensés d’un prix régional du disque sans cependant rencontrer le succès commercial qui aurait lancé sa carrière. Mais ses pairs ont su reconnaître son talent et la notoriété est venue des invitations de Beth Carvalho et Daniela Mercury à participer à leurs spectacles, ses prestations figurant sur leurs albums et DVDs respectifs et lui offrant une visibilité que son album ne lui avait pas donnée.

L’an dernier, elle enregistra un nouvel album, en live, Santo de Casa, qui reprend des titres de son premier album et d’autre du répertoire. Je ne suis pas fan de cette manie brésilienne de proposer systématiquement des enregistrements live, disponibles à la fois en CD et en DVD. Un procédé un peu trop commercial à mon goût. Certes, les spectacles sont soignés, chiadés, portés par pléthore de musiciens et ont besoin d’être amortis, l’inflation sur les tickets d’entrée n’y suffisant visiblement pas. Ainsi, Santo de Casa s’inscrit dans cette veine du concert haut-de-gamme. Ce spectacle offre une magnifique représentation du samba bahianais, empreint de la mystique du candomblé, présenté dans un véritable décor de scène et qui rend bien compte de cette dimension, autel et figurines des saints et orixas entourant Mariene et ses musiciens, tout en s’essayant à reproduire (de façon certes un peu figée) la disposition des sambas de roda.

Celle que Daniela Mercury décrivait comme l’héritière de Carmen Miranda et Clara Nunes est plus authentique que la première et aussi sincère que la seconde. Agée d’une petite trentaine d’années et déjà mère de trois enfants, Mariene de Castro est ce qu’on appelle un tempérament. Elle est une évidence. Ce seul titre en vidéo, « Vi Mamãe na Areia », devrait aisément vous en convaincre. N’est-ce pas ?

Tout ce qu’il faut savoir sur Mariene de Castro :

présentée en détail par Bahiaflâneur ;
– et par la référence absolue en matière de musique brésilienne, le Dictionnaire Cravo Albin

2 réflexions sur “Mariene de Castro, ou le renouveau du samba de Bahia

  1. obrigado ,pour le portrait de Mariene de castro cette merveilleuse chanteuse baiana que j’ai découvert a salvador il y a deux ans.
    Je suis musiciens e apaixonado da cultura brasileira
    je viens de la terre de jacquou le croquant e j’adore la farofa
    et la musique brésilienne
    merci
    thiery sonterra

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