Rio

2 Décembre : Jour du Samba au Brésil et Journée Internationale pour l’Abolition de l’Esclavage

 

Alors que je l’ignorais, mes collègues blogueurs Thierry de BossaNovaBrasil et Vinicius Terror de Receita do Samba, tous deux en lien dans ma liste de blogs, m’en informèrent : aujourd’hui, 2 décembre, est le jour national du samba au Brésil. Certains rétorqueront que l’idée est absurde : le samba, c’est 365 jours par an, pas un de moins… S’il est partie intégrante du quotidien de beaucoup de Brésiliens, la proposition est tout aussi absurde que l’autre car elle ne regarde pas la réalité en face.

En effet, s’il est absurde d’avoir un jour du samba, comme il y a la « journée de la femme », c’est finalement l’aveu coupable que la musique la plus populaire du Brésil ne jouit pas encore du respect dont elle devrait bénéficier. Obtenir la reconnaissance des cultures afro-brésiliennes était le combat de Candeia, longuement évoqué ici il y a quelques semaines, combat que reprenait à son compte Nei Lopes trente ans plus tard, signe que les choses n’avaient guère évolué dans l’intervalle, quand il reprochait à João Cavalcanti de s’être fait un nom grâce au samba, avec son groupe Casuarina, pour mieux s’en détacher ensuite. Si sa critique est sévère et peut gêner par sa façon d’adopter la posture de qui attribue les bons points ou le veto à l’un ou l’autre, d’être le juge de la légitimité d’un artiste à s’approprier le samba, ce truc de Noirs et de pauvres, difficile de lui donner tort quand il dit « le racisme s’est organisé pour nier l’existence du racisme au Brésil« .

Bien sûr, le vénérable sociologue brésilien Roberto da Matta a beau jeu de dire combien le peuple est roi durant le carnaval… « Eux qui, dans le monde quotidien, apprennent nos règles et peuplent nos cuisines et nos ateliers apparaissent alors en professeurs, enseignent le plaisir de vivre tel qu’ils l’expriment dans le chant, la danse et le samba » (Carnavals, Bandits et Héros – Ambiguïtés de la société brésilienne). Le samba reste ce truc de Noirs et de pauvres. C’est, de fait, la distinction essentielle bien que discutable qu’établissait Candeia entre ceux de dedans, de dentro, et du dehors, de fora, qui resurgit.
Et, finalement, heureusement que le jour du samba n’a pas été placé au cœur du carnaval, ce serait non seulement nier sa diversité d’humeurs et de thèmes, mais réduire plus encore le temps où il jouit d’une place centrale dans la société brésilienne. Il est d’ailleurs curieux de connaître le motif qui fait du 2 décembre le jour du samba : c’est la date à laquelle Ary Barroso mettait, pour la première fois les pieds à Bahia. Ce jour devenait symbolique parce qu’il établissait un pont entre les deux berceaux du samba, celui de ses racines et celui de son émergence carioca. Mais il n’est pas anodin que ce soit le voyage d’Ary Barroso qui ait servi de date symbolique. En effet, Ary Barroso, comme Noel Rosa, est un indispensable passeur, un de ces compositeurs qui a donné sa dimension nationale au samba. Parce qu’il venait d’un milieu plus éduqué, il a rendu le samba plus encore qu’accessible, acceptable pour les classes moyennes. Il l’a extrait de son milieu d’origine, noir et pauvre, pour en faire l’âme de tout un peuple. Au point quen pendant l’Estado Novo de Getùlio Vargas, le samba ait pu servir d’étendard au nationalisme brésilien, au point qu’on ait parlé de samba-exaltação à propos de certaines compositions d’Ary Barroso.

Bon, il est presque minuit, le jour du samba touche à sa fin. C’était la contrainte temporelle de ce billet qui, pris par la montre, se termine un peu en queue de poisson… Alors, vive Clementina de Jesus, vive Candeia, vive Cartola, vive Paulinho da Viola, vive tous les gamins qui battent le samba sur des tambours de fortune car, comme le disait Carlinhos Brown, « les boîtes de conserve sont les pianos du Tiers Monde« , vive le samba sous toutes ses formes…

Nous honorons suffisamment les anciens tout au long de l’année pour nous tourner aujourd’hui vers la relève. Pour fêter le samba en ce 2 décembre, il faut en montrer l’expression contemporaine. Cette année, c’est à Seu Jorge que reviens l’honneur d’incarner le samba avec cet extrait de son premier album, « Pequinês e Pitbull », ici en live…

Coïncidence, le 2 décembre est également la Journée Internationale pour l’Abolition de l’Esclavage…

Un beau texte sur le 2 décembre, Dia do Samba sur Overmundo

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