Bahia/Disques

Adobró et Diminuto, ou comment deux albums ne font pas un double…

 

Carlinhos Brown est quelqu’un qui ne fait jamais les choses à moitié. On attendait la sortie imminente de son nouvel album et, comme il n’est jamais avare de surprises, il nous en offre deux d’un seul coup. Et reconnaissons qu’il y a une vraie cohérence à avoir scindé ses nouvelles chansons en deux albums différents. En effet, Adobró et Diminuto sont deux projets complémentaires. Sur Adobró, les percussions occupent le devant de la scène, on y retrouve le Brown festif, le guide du Carnaval de Bahia, tandis que sur Diminuto, c’est le versant plus intimiste et acoustique qui s’exprime.

Ceux qui suivent la carrière de Carlinhos Brown auront probablement remarqué le type de critiques qui accueillaient en général ses albums : brouillons, dispersés, trop touche-à-tout, en manque d’une vraie cohérence. C’était parfois injuste et, à côté de ces remarques, il y avait aussi de vraies louanges. Mais peut-être, en adoptant cette approche double-face, cherche-t-il à remédier à ce travers qui lui fut reproché. On pouvait aussi, comme c’était mon cas, apprécier au contraire la variété des styles et des inspirations sur un même album. C’était finalement la patte de Brown, sa versatilité, sa capacité à faire feu de tout bois…

Il ne faut pourtant pas trop s’étonner de cette option de sortir deux albums. C’est presque devenu une mode au Brésil. On se souvient, en 2006, de Marisa Monte, sa comparse Tribalista, sortant simultanément Universo ao meu redor et Infinito particular. Puis ce fut au tour de Zeca Baleiro, en 2008, avec O Coração do Homem Bomba – Vol. 1 & 2. Ou encore Moska, Nina Becker etc., et bien sûr Maria Bethânia qui, l’an dernier, avait choisi de séparer  ses nouvelles chansons en deux albums aux couleurs distinctes, Tua et Encanteria.

Si on peut comprendre la démarche, on se souviendra pourtant que le format du double-album se prête bien à la diversité de styles. S’il existe des doubles qui possèdent une vraie unité, comme par exemple le Bitches Brew de Miles Davis, fruit de sessions intenses et qui donnèrent encore, malgré les coupes, suffisamment de matière pour ce format long, on lui opposera les albums de The Clash, London Calling et Sandinista, carrément triple-LP, qui brillaient justement par leur capacité à passer du coq à l’âne… Et que dire de l’album blanc des Beatles ? Leur White Album n’est pas autre chose qu’un génial inventaire de tout ce qui pouvait s’inventer quand on est touché par la grâce de la créativité. Pourtant George Martin est même allé jusqu’à dire que cela aurait gagné à être concentré sur un seul disque. Ce à quoi Paul McCartney opposait un définitif : « c’est quand même le White Album des Beatles !!!« . Et, bon sang, il a raison ! Et Stevie Wonder ? Heureusement qu’on ne lui a pas demandé de brider son génie au moment de sortir Songs in the Key of Life !

Et puisque nous parlons double-albums, il y a une coïncidence qui fait des messages de l’Elixir un involontaire, mais heureux, jeu de « marabout d’ficelle ». Cette fois-ci, la coïncidence est que, juste avant les deux disques de Brown, nous ayons parlé de Speakerboxxx/The Love Below. Où le partage des tâches entre Big Boi et Andre 3000, chacun son disque, incarnait encore une troisième voie dans la manière d’envisager l’exercice. Sans compter que par leur durée, chacun de ces disques était un double-album en soi. Et où celui d’Andre 3000 revenait à ce principe de diversité comme essence de ce format long.

Pour revenir à Brown, cette vogue au Brésil de l’option des deux albums homogènes signerait-il l’arrêt de mort de ce foisonnement éclectique auxquels sont propices les double-albums ? Les mauvaises langues diront surtout que deux albums se vendront  toujours plus cher qu’un double-album… Pour encore une dizaine de jours, l’argument ne tient pas pour Carlinhos Brown puisque je rappelle que Diminuto est en téléchargement gratuit, jusqu’au 19 de ce mois sur le site de Natura, mécène du projet. Et c’est toujours au vinyl qu’il fait référence pour décrire sa démarche par la métaphore suivante : « nous nous sommes enfermés à trop vouloir faire des musiques à succès, je veux parier sur la Face B, sur les nouveaux rythmes« …

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