Bahia/Portrait

Retour vers les doux rivages de Dorival

 

« Quem vem pra beira do mar, ai
Nunca mais quer voltar« 

J’avais bien une petite idée derrière la tête quand j’ai mis en ligne mon précédent post. Cette minute essentielle de João Gilberto était aussi l’occasion de rendre hommage à Dorival Caymmi. Je savais en effet que je ne pourrai le faire le 16 août , jour du deuxième anniversaire de sa mort, puisque sans connexion internet pendant ces vacances.

De retour, je célèbre une nouvelle fois Dorival Caymmi, le « Buda Nagô », comme l’avait affectueusement surnommé Gilberto Gil dans une de ses chansons. Comment ne pas aimer cet homme et son œuvre ? J’avais découvert ses compositions devenues des « standards » par la voix d’autres interprètes avant de pouvoir entendre sa voix, inimitable. Et je l’ai alors beaucoup écouté. Y compris la veille de sa mort, comme si son esprit s’était manifesté jusqu’à nos rivages méditerranéens. Après tout, la mer était si présente dans son univers que, ce jour-là, sur le dos de Yemanjá, ou sur celui d’un dauphin, son esprit vint me susurrer : « é doce morrer no mar ». Et j’écoutais ce jour-là avec beaucoup d’émotion cette chanson, ignorant que de l’autre côté de l’océan, il était en train de rendre l’âme.

Cette année, nous évoquerons Dorival Caymmi en reproduisant le texte écrit pour l’hommage que je lui avais rendu dans mon émission Goutte de Funk (sur Divergence-FM), il y a deux ans donc :

Dorival Caymmi occupait une place si particulière dans le cercle très restreint de mon Panthéon personnel. L’œuvre de Caymmi est fondatrice d’une partie de la musique brésilienne contemporaine, bahianaise en particulier. João Gilberto le citait comme sa référence absolue, plus importante encore que celle de Jobim, dont il aura pourtant donné aux chansons les traits qui traverseront les époques. Bahianais comme lui, il retrouve derrière sa trompeuse simplicité, l’identité de son peuple. Caymmi, l’homme, sous ses airs débonnaires, sa réputation de paresseux, était un sage. Bahianais, installé depuis les années quarante à Rio, il a su donner de « son peuple » le portrait le plus touchant, avec le même amour que son grand ami le romancier Jorge Amado. De son vivant, il avait déjà une place à son nom dans le village de pêcheurs d’Itapoã, en bordure de Salvador, tant il a littéralement immortalisé son ambiance, la rudesse de la vie de ses hommes de la mer dans son album Canções Praieiras. Itapoã, d’où l’on voit encore les plus rudimentaires des jangadas partir en mer. Caymmi, pourtant, la mer il l’admirait par la contemplation avant tout, d’ailleurs il ne savait même pas nager.

Mais si nous ressentons, le besoin de lui rendre hommage, c’est aussi que son esprit nous a visité. Cet été, j’eus un jour la soudaine et irrépressible impulsion d’écouter quelques unes de ses chansons, ce que je n’avais pas fait depuis plusieurs mois. Il s’agissait justement des Canções Praieiras qui me touchèrent alors en cet instant avec une forte émotion. En particulier, « E Doce morrer no mar » (« il est bon de mourir en mer »). Le lendemain matin, j’appris qu’il venait de mourir la veille, à 94 ans. L’esprit de cet homme était si fort, que dans ses derniers souffles, il circula ainsi jusqu’à nous. Ce fut une impression troublante. A posteriori bien sûr. Pour finir l’histoire, quelques jours après, j’appris que Stela Maris, sa femme depuis 1939, venait également de s’éteindre, exactement une semaine plus tard.

Dorival Caymmi ne composa en tout et pour tout qu’une centaine de chansons de toute sa vie. Mais nombre d’entre elles sont devenues des standards que vous connaissez peut-être sans en savoir l’origine ni l’auteur. Il en va ainsi de l’ « âme des poètes » qui pourtant nous accompagne par-delà les ans.

O.C., septembre 2008

Alors, à quand les ré-éditions de ses albums originaux ? A quand Canções Praieiras, Eu Vou Pra Maracangalha, Caymmi e seu violão, etc… enfin accessibles ? Il y a deux ans déjà, j’avais entendu dire que Natura Musica, par le biais d’un de ces mécénats culturels qui sont des aubaines pour qui souhaite défiscaliser, devait ressortir toute sa discographie. Introuvable encore à ce jour ! Alors, allez les chercher sur la toile…

A défaut, Natura a cependant participé à la création d’archives en ligne de l’œuvre de Dorival Caymmi, un vrai travail patrimonial, sous le nom d’Acervo Caymmi. Même si tout un volet du site ne semble pas encore disponible, c’est l’occasion de voir de nombreuses photos, ainsi que des reproductions de ses toiles, puisque Caymmi passait probablement autant de temps à peindre qu’à composer de nouvelles chansons. Au grand désespoir de sa femme Stella qui constatait que cette activité était bien moins lucrative que la musique. Peintre, Dorival Caymmi se décrivait comme un « lyrique », à l’écart des querelles entre abstraction et figuration : « eu acompanhei toda essa querela entre o Abstracionismo e o Figurativismo, mas não cheguei a uma posição definitiva. Sou um lírico em pintura ».

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