Disques/Portrait/Rio

Célébration de Vinícius et ses Afro Sambas

Levons notre verre en hommage à Vinícius de Moraes ! Saravah !!!

Alors que ces dernières semaines je ré-écoutais assez fréquemment Os Afro Sambas, depuis que j’avais découvert la reprise de « Tempo de Amor » par Seu Jorge, sur son album avec Almaz, j’avais complètement oublié de mentionner le trentième anniversaire de la mort de Vinícius de Moraes, décédé à 67 ans le 9 juillet 1980.

vinicius-de-moraesMarcus Vinícius da Cruz de Melo Moraes : poète et diplomate. Authentique poète. Authentique diplomate. Avant de devenir l’auteur avec Jobim et Baden Powell de tous ces standards indémodables de la musique brésilienne. Figure centrale et fondatrice de la bossa nova. Vinícius de Moraes a toujours collaboré avec des gens beaucoup plus jeunes que lui. Jobim, Baden Powell, Toquinho le fidèle, ou Maria Bethânia, encore toute gamine quand elle chantait avec lui, etc. Il leur a apporté sa maturité, une expérience de la vie qui donne toute sa profondeur et sa gravité aux nombreuses chansons qu’il a écrites.

Le bonhomme ne faisait pas dans la demi-mesure. Pas du genre à s’économiser. Généreux, excessif, il avait l’alcoolisme assumé et joyeux. Et parmi tous les alcools, il a voué une adoration indéfectible au whisky. Au point d’avoir fait cette grande déclaration : « le whisky est le meilleur ami de l’homme, c’est du chien en bouteille » (« O Whisky é o melhor amigo do homem… whisky é cão engarrafado » ).

Si le thème d’Os Afro Sambas est la spiritualité afro-brésilienne, l’enregistrement se déroula stimulé par cet adjuvant dévastateur. Dans un état d’ivresse qui devait favoriser la transe mystique. Avec Baden Powell, le whisky, ils le buvaient par caisse ! Déjà, trois ans plus tôt, en 1963, Baden et Vinícius s’étaient enfermés près de trois mois dans l’appartement de ce dernier. Ils composèrent vingt-cinq morceaux tout en se descendant vingt caisses de whisky Haig & Haig, paraît-il rentrées au Brésil par la valise diplomatique. Un journaliste brésilien calcula que cela représentait donc 0,8 caisse par chanson. Dans ce genre de comptabilité, un chercheur (un vrai, un sérieux, même si je n’ai aucune idée de son nom) fit une étude sur la consommation d’alcool chez les philosophes : il en ressortait qu’il fallait en moyenne environ une bouteille de vin par page à un philosophe français…

Os+Afro+Sambas

« Vinícius de Moraes est le plus grand fils de pute machiste », disait Tom Zé. Peut-être. Lui, se décrivait comme « le Blanc le plus Noir du Brésil ». Ce qui à l’époque devait littéralement outrager la bourgeoisie nationale, toute engoncée dans ses préjugés. Plus encore que sa pièce Orfeu da Conceição, qui inspira le film Orfeu Negro de Marcel Camus, c’est justement sur Os Afro Sambas, enregistré en 1966, que se révèle le « cœur noir » de Vinícius (si vous me passez l’expression). C’est au moins un superbe témoignage de sa découverte du candomblé. Au début des années soixante, un Bahianais lui offrit un disque Samba de Roda e Candomblés da Bahia qui l’impressionna beaucoup. Il le fit écouter à Baden Powell. Et il commença à s’intéresser à cette religion dont la richesse et la complexité le fascinaient. Il se mit également à fréquenter les terreiros en compagnie de Baden Powell. Celui-ci également avait déjà été fasciné par la découverte de cette musique lors d’un séjour bahianais. Mais si Baden Powell était fasciné, ce n’était pas tant pour la dimension mystique de cette musique que pour la beauté de ses harmonies.

vinicius+e+baden+paris+1964

Cette plongée au cœur des racines culturelles noires du Brésil donna une réelle inspiration à Vinícius et Baden. Inspiration qui illumine ces salutations aux orixas, Iemanjá, Xangô, Exu… De ces sessions, naquit cet album empreint de spiritualité, où figurent peut-être également les plus beaux textes de Vinícius sur l’amour. Justement parce que même l’amour y prend une dimension spirituelle.

Outre le fait que Baden Powell ait à cette époque étudié le chant grégorien avec Moacyr Santos, qui y percevait des similitudes avec les cantiques aux origines africaines, cette intensité religieuse tient aussi à la présence de quatre sœurs bahianaises (blanches) lors de l’enregistrement : Cyva, Cybele, Cynara et Cylene, soit le Quarteto em Cy. Leurs voix ferventes sont une véritable épreuve pour qui voudrait se définir comme mécréant. Oui, oui, je sais de quoi je parle. Ecoutez ne serait-ce que « Bocochê » ou « Canto de Xangô » pour vous en convaincre. A ces voix enchanteresses se greffent six percussionnistes pour reproduire la puissance rythmique des musiques du candomblé.

Vinícius de Moraes avait toujours attribué au génie de Baden Powell la beauté de cet album. Mais, pour lui, il importait surtout que ressorte de son enregistrement l’ambiance spontanée et joyeuse qui les animait alors. En 1990, toujours avec le Quarteto em Cy mais sans Vinícius décédé dix ans plus tôt, Baden Powell ré-enregistra Os Afro Sambas, au plus fidèle possible de la version originale dont il regrettait la faible qualité du son, enregistrée en deux pistes en 1966. La qualité technique de la prise de son est certes meilleure mais la magie s’est quelque peu évaporée. Les Afro Sambas vues du côté de Baden Powell, c’est un autre sujet. Dont nous parlerons dans quelques semaines…

Pour illustrer le caractère spontané de l’enregistrements des Afro Sambas, l’interprétion du « Canto de Ossanha » en est une merveilleuse illustration. Baden Powell est à la guitare. Vinícius chante et le refrain est repris en chœur par l’assemblée de jeunes gens assis aux pieds des musiciens. Peut-être s’agit-il du Coro Misto qui participa à l’enregistrement de l’album, composé de proches et d’amies du duo. Peu importe, il s’en dégage un enthousiasme et une fraîcheur irrésistibles. Irrésistibles ! Et, bien sûr, Vinícius tient son verre à la main ! Allez, « vai, vai, vai, vai » !!!

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s